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Théo-logique

 

Je présente ici plus ou moins régulièrement un extrait tiré des pages

Suite théo-logique ou Caté de ce site.

 

 

 

  

LES TEMPS DE LA PRÉSENCE

ou le temps dans la Bible hébraïque   

     

Un seul terme, côlâm, dit en hébreu biblique à la fois le temps illimité, les temps indéfinis d’autrefois et de l’avenir, et le monde (somme de tous les temps des êtres divers qu’il contient). La racine d’où vient ce terme évoque ce qui est secret, inconnu, caché au regard, à la connaissance, à la mémoire, ce qui s’évade et se dérobe.

C’est pourquoi il y a dans la Bible hébraïque des temps, des âges, des générations, non le temps. Il y a des commencements, ou des recommencements, et des fins, qui sont plutôt des finalités, des visées.

On dit souvent que cela vient de l’absence d’une pensée abstraite, de concepts. Là où le temps n’est pas un concept, il n’y aurait pas de véritable conception du temps, seulement des dits de sagesse portant sur le vécu. Mais il faut se demander si le temps peut être un concept, si l’on peut le concevoir ? Il semble que les écrivains bibliques pensaient autrement. Peut-être ainsi :

 

Comment définir le temps, puisqu’on est dedans, enclos en lui, incapable de le surplomber – et que de plus on est enclos dans les limites de la parole, qu’on est aussi dedans, incapable aussi de sortir d’elle ? Qu’on n’est pas Dieu...

On ne connaît que le temps de sa propre parole, le temps de son commencement et la maîtrise aléatoire du temps qu’il faudra pour parvenir à sa fin, atteindre sa visée. Un temps qui d’ailleurs s’allonge et se rétrécit, s’éclaircit et s’opacifie suivant l’intensité des énergies mises en œuvre. On ne connaît que le temps de sa propre vie, inaugurée dans l’inconscience, tournée vers l’inconnu, mais vécue comme présence.

De même que l’on habite le monde, on habite le temps, pas de différence. La vraie différence est dans la qualité de cette habitation, de cette présence. Avec des temps forts qui rythment la vie : familiales ou collectives, fêtes et pèlerinages...

Car mon temps n’est que celui des miens. Si je suis comme l’herbe qui passe, il s’agit d’une herbe issue d’une graine, et qui fournit sa graine. J’habite le temps qui va d’une graine à une graine, d’un temps à un temps. Et ces temps sont bien souvent d’intensité diverse : le temps de mes pères qui fut graine par excellence n’est pas le temps de ceux qui furent de basse intensité – Roboam n’est pas David, Abdias n’est pas Jérémie. Je m’enracine dans Abraham, Moïse, David, je suis pleinement en eux, je défaille avec d’autres. Il en ira de même pour les graines qui me feront suite, certaines seront grosses pour des vies plus lointaines. Entre temps, je serai peut-être moi-même une forte graine, ou non, pour ceux qui suivront. De quelle qualité sera ma présence ?

 

Il nous est difficile de concevoir ce temps où la présence n’est pas notre présent – ce point vide situé entre un avant et un après – mais la qualité fluctuante d’une vie qui va vers un accomplissement en un sens déjà présent, à partir de temps passés... très actuels ! Or la conjugaison de l’hébreu biblique est déjà là, faite d’aspects, de modes, plus que de temps, jouant avec les temps. Dieu – seule vraie Présence – ne peut y être dit « éternel », mais en trois seuls mots brûlants (èhyèh achèr èhyèh) il y dit tout ensemble : « Je serai qui je serai », « Je suis qui je serai », « Je serai qui je suis », « Je suis qui je suis »...

 

 

 

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