Retour à la page d’accueil 

Retour à la page Écrire

 

Pour réagir : jean.alexandre2@orange.fr

Mes réponses

 

 

  

 

Simples rencontres

 

 

 

Un texte tiré de cinquante-deux récits plus un,

parus en feuilleton sur ce site, du 1er décembre 2006

au 28 novembre 2007.

Ils présentaient chacun une personne qui, parfois sans

que cela s’explique, m’avait paru remarquable,

que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons.   

      

Équipe – Robert Kneschke – Adobe Stock


 


Frau Mayer âgée

   

Ma mère ne pouvait pas croire qu’il puisse exister un tel point commun entre elle et une Allemande.

Pourtant c’était vrai, Madame Mayer et son mari avaient résisté, jeunes encore, à l’idéologie nazie.

Ils l’avaient combattue, prenant des risques à une époque où cela était réellement dangereux.

Le pasteur Mayer avait été membre, avec son épouse, de la fameuse "Église confessante" qui s’est opposée au nazisme dès 1933.

Ils avaient rejoint le séminaire pastoral de Dietrich Bonhoeffer à Finkenwalde, où Mayer avait fait des études de théologie.

On sait que Bonhoeffer devait payer de sa vie son opposition active à Hitler.

Les Mayer avaient échappé aux camps de concentration promis aux pasteurs confessants, sans doute parce qu’il était incorporé dans l’armée et n’avait pas encore eu de responsabilité directe dans l’Église.

Hélène, ma femme, connaissait les Mayer depuis l’enfance, elle avait passé des vacances chez eux, près de Cologne, pour parfaire son allemand, puis nous avions eu très tôt, elle et moi, diverses occasions de nouer des relations avec Madame Mayer, devenue veuve.

Ensuite ce fut le silence pendant trente ans.

Un jour, l’un de ses fils l’a amenée chez nous pour quelques jours.

Elle était maintenant une très vieille dame.

Elle n’était plus la grande femme droite et vigoureuse que j’avais connue, mais une petite grand’mère fragile et malhabile.

Je lui fis un petit cadeau, et je la vis me témoigner une reconnaissance éperdue.

Elle le recevait, je pense, comme le signe d’un pardon enfin accordé à l’Allemande qu’elle était.

Cela m’a fait mal, j’avais voulu l’honorer.

J’avais toujours pensé qu’il est plus estimable de combattre la Bête quand elle est de chez soi.