Retour à la page d’accueil

Retour à la page Ecrire

Vos remarques : jean.alexandre2@orange.fr

Mes réponses

 

 

 

 

Simple rencontre

 

 

Une histoire tirée de Simples rencontres, cinquante-deux récits plus un

parus en feuilleton sur ce site, du 1er décembre 2006 au 28 novembre 2007.

Ils présentaient chacun une personne qui, parfois sans que cela s’explique,

m’avait paru alors remarquable, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

 

 

 

D.R.

 

 

L’ombrelle de Madame Paris

  

Elle était déjà âgée, c’était dans les années cinquante.

Elle s’appelait Paris (prononcer le s) de son nom de jeune fille mais elle avait été mariée.

Elle était sage-femme et pratiquait en libéral.

C’était encore un temps où certaines femmes accouchaient à la maison, dans le lit conjugal, mais cela devenait rare.

De toute façon Madame Paris était pour ainsi dire à la retraite, mais elle acceptait d’assister quelque femme inquiète, pour peu que la famille soit connue d’elle.

C’est qu’elle avait accouché toute la rue, et qu’elle était renommée pour exceller dans les cas difficiles.

Je me souviens bien d’elle, je la voyais passer devant notre fenêtre, nous étions en été, telle un navire de haut-bord (j’étais passionné de récits corsaires, les hauts-faits de Robert Surcouf avaient accompagné mon enfance).

Elle était majestueuse, le nez conséquent, de couleur aubergine, levé comme pour humer l’air marin (mais nous étions rue d’Avron, Paris XXe), la stature importante avançant proue en avant, le corsage de sa robe légère, aux tons mauve et lilas, gonflé comme une voile de misaine, le chapeau de paille noire portant haut une fleur, d’ailleurs inconnue des herbiers, évoquant un marin en vigie…

Elle avançait, surmontée de cet immense parapluie vert olive qu’elle tenait pour une ombrelle, n’acceptant aucune atteinte du soleil, seul ennemi de sa majestueuse personne.

Nul n’aurait souri, la rue la respectait.

Le 1er de l’an, ma mère m’emmenait, enfant, lui porter une fleur en pot.

 

 

Retour au haut de page