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Requiem pour un monde 

 

 

Il s’agit d’un ensemble de sept poèmes

composant le premier jet de cet ensemble

dont l’écriture n’est pas encore au point…

ce qui fait que vous lisez ci-dessous

une version déjà remaniée plusieurs fois.

 

Ces poèmes ont été écrits pendant l’été 2017, en un temps

où apparaissaient conjointement des tremblements de terre,

des ouragans et des inondations catastrophiques,

mais où sévissaient aussi des conflits sanglants, des attentats meurtriers,

des déplacements massifs de population, des menaces nucléaires...

Autant dire la routine.

 

On a vu là les signes irréfutables d’une action destructrice

liée à la violence propre à l’espèce humaine.

Violence sur elle-même et sur son monde.

 

Cela vous parle-t-il ?

J’aimerais savoir ! Vous pouvez donner votre avis : jean.alexandre2@orange.fr

 

Cliquez ici pour lire vos remarques et mes réponses

 

 

 

 

 

 

Requiem 1 

 

elle est morte la ville

ne se relève plus

éboulis et cratères

on la survole

ainsi les charognards

et plus rien à ronger

nos amours envolées

 

et les champs ont brûlé

ainsi venaient au feu les veuves

et l’odeur de cramé

l’odeur de chair grillée

la fumée en montait 

vers les dieux affamés

qui riaient

 

aujourd’hui rient les hyènes

en quête de provende

dans la ville amoncelée

où rôde encore le rire

l’écho des rires envolés

fumée

de risettes enfantines

 

oh le monde où les tours

orgueilleuses

montent

montent jusqu’au ciel

quand au loin des obus

leur parlent d’avenir

et tous fuient

 

venu le jour

parti l’amour

nos amours dévastées

au loin volent les morts

le monde est clos

les églises murées

effondrées les mosquées 

 

tu étais belle

et tu es noire

non comme l’ébène en sa splendeur

noire de suie

plus jamais tu ne verras le ciel

les morts

sur toi veillent les morts

 

ô ma terre

ô ma prolifique

ma faiseuse de blés

ma porteuse d’enfants

cacheuse de trésors

sur tes yeux courent les mouches

car ils sont morts

 

 

Requiem 2

 

elle a le feu au cul 

elle a le feu partout

la planète a très chaud

son désir envolé

la planète est en nage

non pas pour le plaisir

non pas pour le bonheur

 

juste pour brûler

juste pour mourir

brûle sa chevelure

brûle son manteau

elle est nue la planète

elle est chauve la terre

elle n’a plus rien dessus

 

velue

je l’aimais mieux velue

elle ne me plaît plus

mais elle n’en a cure

elle vit mal sa vie

tenez elle s’en fout

se laissera mourir

 

la banquise a fondu

fondue la taïga

en roulant l’Iénisseï

soulève des poisons    

les lichens ont pourri

et le renne est gazé

il s’enlise

 

plus loin

cherchait l’ara

dans la forêt du monde

une branche où chanter

qu’il se hâte 

des machines géantes

au loin vont le chasser

 

ma terre

ton avenir

est celui du désert

il s’étend

il ronge la savane

fait son grain de toute chose

qui vit sous le soleil

 

ô monde tu te perds

en perdant ton pelage

et le vert et le vierge

les cendres y voltigent

faisant appel à ton bûcher

tu brûleras

règne la cendre

 

 

Requiem 3

 

innocents criminels

hommes cruels

hommes d'argent

terres mortelles

hommes de la douleur

hommes du malheur

des autres

 

nations fictives

empires virtuels

vagues sont vos yeux

vides vos cœurs

planent sur vos écrans 

des avenirs tremblants

dans l'éther des bilans

 

noirs goélands

pères et mères de violence

accoucheurs de la mort

en vos palais de verre

nageant sur l’irréel

immatériels

dictateurs dictant

 

entendez

entendez le chant

les chants de l'univers

et prêtez votre oreille

ensommeillée

au souffle court

au souffle du vivant

 

au loin vont les messages

un seul doigt les envoie

ils tuent pourtant

et qui s’en souciera

qui les plaindra

les morts

n’avaient pas de nom

 

j’achète

j’achète et je vends

en jubilant je gagne

qui ne comprend que cela

n’est qu’un jeu

d’argent

volant

 

coule la terre

et brûle la mer

sombre le monde

resteront dans l’éther

des richesses éternelles

qui tourneront

en des crânes de vent

 

 

Requiem 4

 

cités ensauvagées

un garçon déambule

où aller si le monde

est ainsi

ai-je vu sa ferveur

ai-je vu sa peur

sa capuche le cache  

 

aux banlieues bleues de lune

ma vie

frère écoute

sœur écoute-moi

elle est rouge de feu

elle est blême au matin

elle est verte de peur

 

un chant      

qui me l’aura transmis

c’est l’esclave enchaîné   

c’est le chanteur de blues

le malfrat repenti

car il chante le vent

promesse d’ouragan  

 

ô cet humain

quêtant sa délivrance

avec ce qui lui reste   

et rêvant de marcher

sur les hautes montées,

sur les chemins bleutés  

côté ensoleillé

 

terres de béton

jardins de macadam

cités

niches de l’enfance

où tu ne sais ne peux

te sortir sans la honte

vivre sans ciel

 

juste il attend

d’aimer

quand on n’offre que haine

au long des avenues

et que vienne

quand l’aube est claire

un matin bleu

 

homme écoute-moi

femme dis-moi

est-ce ainsi qu’on vivra

et si je meurs

si je combats

me diras-tu un train

qui ne déraille pas

 

 

Requiem 5

 

triant vont les petits

assis sur les déchets

cassant

sont les mères accroupies

de ces rocs

on fera du ballast

femmes de poussière

 

porteuses de briques

empilées sur leur tête

de hautes princesses

leur port

leurs pieds nus

qui foulent les tessons

rougis

 

quelques pièces

au soir

en leur main sèche

gagnées ce jour

au loin de proche en proche

des trésors se construisent

de leur peine

 

pensez-vous que cela dure

que leurs fils

ne se forment au cœur

une colère

qu’eux aussi ne ramassent des pierres

à jeter

pierres dures

 

dormez-vous

vos rêves vous portant

ne sachant que l’orage se forme

en quelque endroit

un lieu sans éclat

avant qu’elles n’éclatent

vos bulles

 

dormez-vous

vos pensées s’enchaînant

systèmes élégants

ignorants d’une logique pure

et simple

qui dit à qui veut

fini ce temps

 

quand les princes gauchers

fuient le cocon

et s’en vont épouser des princesses

de chantier

reines pauvres

aux yeux de colère

pour vous tuer

 

 

Requiem 6

 

et qui dira 

si les pierres se lancent

que jamais on n’oublie 

de les bâtir aussi

abri de pierres

assemblées par plaisir 

ou par nécessité

 

car point de hasard

construisez

construisez

dans le temps même de détruire

avec les mêmes pierres

ce sont hommes

des cités de justesse

 

avec les mêmes pierres

dissemblables 

chacune contondante

chacune confondante

chacune elle-même

construisez une maison

de bonheur éphémère

 

car il se peut

que vous mourriez vous tous

avec la terre 

et le soleil flamboie

et la lune rougeoie

vos étoiles s’effondrent

en vos yeux obscurcis

 

alors il n’est que mort

absence

et l’on vous cherchera

et vous ne serez plus

et votre souvenir

oubli

et tout sera silence

 

croyez-vous

que tout cela est songe

et folie

et votre rêve

est-il songe

votre fureur folie

aujourd’hui est le jour

 

ô ville de la lune

à l’odeur de jasmin

qu’es-tu devenue

quand les femmes riaient

quand les enfants jouaient

près de pères tranquilles

quand la table était mise

 

 

Requiem 7

 

qui le dira  

sous la chanson de tristesse

sourd un commencement

qui le croira

plus de peuple qui avance   

car c’est douleur

et rancœur  

 

au loin monte la mer

montent les eaux

faut-il au monde un sens

les vagues répondent non

nous noyons tout

notre passage

crée la boue

 

sous les eaux

comme sous les bombes

purs ou non

ils mourront et mourra

la vierge effarouchée

elle qui porte un voile

pour n’être pas touchée

 

juste comme injuste

croyante ou incrédule

avec elles périra

qui ne s’aime plus

n’aime sa vie

n’aime la vie du monde

qu’en un récit

 

quand le souffle

tel une vague

se propageant

t’emportera

comme l’emporte

tel un orgasme

l’explosion de ta ville

 

mais que tourne la colère

en rêve de paix

soif bienheureuse

sur la terre abandonnée

terre damnée

cette fois retournée

enfin devenue belle 

 

le voudra-t-il

celui qui tourne les abîmes

en mondes de beauté

en premier jour renouvelé

le dira-t-il

et l’un de ses prophètes a répondu

"peut-être"

 

 

 

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