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réagir : jean.alexandre2@orange.fr
Mes
réponses
On trouvera sous ce titre le bref récit de
quelque rencontre notable
qu’il m’a été donné de faire, ou le portrait
de quelque personne,
à mes yeux remarquable, qu’il m’a été donné
de croiser.
La leçon de
courtoisie
C’est que les naturels de l’endroit, non content d’être souvent liés professionnellement à la vigne – Les Costières du Gard –, étaient très portés sur le pastis. Pour la plupart d’entre eux, pas une occasion n’était manquée quand il s’agissait de se rincer collectivement la dalle au jaunet !
Mais les gens auxquels je pense appartenaient à
quelques familles d’ouvriers agricoles marocains, installées pour quelques
années dans ce village languedocien.
Les hommes y travaillaient dans les vignes au service
de plusieurs propriétaires, et les femmes s’occupaient de leur maison et de
leurs nombreux enfants, scolarisés dès six ans à l’école communale du village.
L’idée était qu’après quelques années ils
retourneraient au pays. Ils n’étaient pas des immigrés à proprement parler,
juste des travailleurs migrants, hébergés dans un petit quartier composé de ces
typiques "maisons de vendangeurs" en tuf – une salle commune en rez-de-chaussée
et une chambre à l’étage.
Ce qui nous avait tracassés à leur propos, c’était que
les enfants retourneraient un jour au Maroc sans avoir été scolarisés dans la
langue de ce pays. C’est pourquoi, avec l’aide d’un journaliste égyptien, nous
avions organisé pour eux avec succès un cours d’arabe – écriture et lecture
– qui se tenait tous les mercredis
après-midi.
Pour lancer la chose, j’ai dû bien sûr en parler aux
parents, raison pour laquelle je me suis trouvé un jour à l’entrée de l’une de
ces maisons, sachant qu’elle abritait au moins l’un des gamins intéressés.
Une grande fille me fait entrer, une dame à
l’embonpoint conséquent, en robe longue et foulard multicolores, la mère de
famille, me propose une chaise, les autres enfants sont groupés au pied de l’escalier
et me regardent en silence. Bien sûr, ils savent tous pourquoi je suis là. Je
m’assieds. Le bonhomme, appelé à grand cri, entre et fait de même.
Il est sec et grisonnant, brûlé de soleil. Il me
regarde et me sourit. Puis il se tourne vers sa femme et lui dit en
français : « Sors le pastis ! » Et se tournant vers
moi : « Excuse, Monsieur, ici y a pas les glaçons. »
La dame place deux verres sur la table, apporte une
cruche d’eau et une bouteille de sirop pour son mari, puis elle se dirige vers
un placard qu’elle ouvre. Sur une planche, tout en haut, elle attrape avec
peine, en se haussant, une bouteille de pastis qu’elle apporte.
La bouteille est poussiéreuse, elle a dû rester sur sa
planche pendant longtemps, sans doute plusieurs années, et, à l’évidence, elle
est inentamée.
Elle est là pour le cas où quelqu’un du pays rendrait
visite…
27
février 2012
S’il ne me reconnaît pas, c’est peut-être simplement
que malgré toutes ces similitudes, nous n’étions pas d’un même monde.
Il y a tant de gens qu’on ne voit pas.
Ivan Levaï, ou la mémoire qui flanche