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Mes réponses

 

 

 

 

 

  

ça s’est passé comment ?

Rencontres et portraits

 

 

  

On trouvera sous ce titre le bref récit de quelque rencontre notable

qu’il m’a été donné de faire, ou le portrait de quelque personne,

à mes yeux remarquable, qu’il m’a été donné de croiser.

 

 

 

 

Frère de lait

 

On lui avait tellement dit qu’il ressemblait à cette vedette du théâtre et du cinéma qu’il avait fini par se demander, lui qui n’avait pas de père connu

 

 

 

 

Les récits précédents :

 

 

 

Ivan Levaï, ou la mémoire qui flanche  

 

Je lui dis « Salut Ivan ! » Il me regarde avec surprise. Il ne me reconnaît pas.

Il faut dire qu’on ne s’est pas vu depuis quarante-cinq ans !

Pendant ce temps je dois avoir changé.

Autrefois grand et maigre, dégingandé, si j’en crois quelques photos anciennes aux bords dentelés.

Elles montrent d’abondants cheveux frisés, un visage mince et pointu, un sourire éclatant.

Le vieux qu’il regarde aujourd’hui ne me ressemble pas. 

Lui, bien sûr, s’il a changé cela ne se remarque pas, on a vu son aspect lentement évoluer au long des années, on l’a entendu, regardé…

Si bien qu’il ressemble encore, en mon souvenir, au jeune garçon brun de mes dimanches d’enfant.

Car je l’ai connu enfant, je me souviens, j’ai quelques années de plus que lui.

Nous nous trouvions, tous les dimanches, au même endroit, à la même heure.

Écoutant les mêmes histoires, la même leçon.

L’apprenant, la répétant avec d’autres enfants.

Chantant les mêmes chants, regardant les mêmes images, nous taisant lors des mêmes prières.

Et il attirait déjà le regard.

S’il ne me reconnaît pas, c’est peut-être simplement que malgré toutes ces similitudes, nous n’étions pas d’un même monde.

Il y a tant de gens qu’on ne voit pas.

    6 février 2012

 

 

 

La leçon de courtoisie

 

Ces gens-là n’étaient pas du tout des intégristes, juste de bons musulmans. Par exemple, ils ne buvaient jamais d’alcool, et vu les habitudes locales, ils y avaient du mérite !

C’est que les naturels de l’endroit, non content d’être souvent liés professionnellement à la vigne – Les Costières du Gard –, étaient très portés sur le pastis. Pour la plupart d’entre eux, pas une occasion n’était manquée quand il s’agissait de se rincer collectivement la dalle au jaunet !

Mais les gens auxquels je pense appartenaient à quelques familles d’ouvriers agricoles marocains, installées pour quelques années dans ce village languedocien.

Les hommes y travaillaient dans les vignes au service de plusieurs propriétaires, et les femmes s’occupaient de leur maison et de leurs nombreux enfants, scolarisés dès six ans à l’école communale du village.

L’idée était qu’après quelques années ils retourneraient au pays. Ils n’étaient pas des immigrés à proprement parler, juste des travailleurs migrants, hébergés dans un petit quartier composé de ces typiques "maisons de vendangeurs" en tuf – une salle commune en rez-de-chaussée et une chambre à l’étage.

Ce qui nous avait tracassés à leur propos, c’était que les enfants retourneraient un jour au Maroc sans avoir été scolarisés dans la langue de ce pays. C’est pourquoi, avec l’aide d’un journaliste égyptien, nous avions organisé pour eux avec succès un cours d’arabe – écriture et lecture –  qui se tenait tous les mercredis après-midi.

Pour lancer la chose, j’ai dû bien sûr en parler aux parents, raison pour laquelle je me suis trouvé un jour à l’entrée de l’une de ces maisons, sachant qu’elle abritait au moins l’un des gamins intéressés.

Une grande fille me fait entrer, une dame à l’embonpoint conséquent, en robe longue et foulard multicolores, la mère de famille, me propose une chaise, les autres enfants sont groupés au pied de l’escalier et me regardent en silence. Bien sûr, ils savent tous pourquoi je suis là. Je m’assieds. Le bonhomme, appelé à grand cri, entre et fait de même.

Il est sec et grisonnant, brûlé de soleil. Il me regarde et me sourit. Puis il se tourne vers sa femme et lui dit en français : « Sors le pastis ! » Et se tournant vers moi : « Excuse, Monsieur, ici y a pas les glaçons. »

La dame place deux verres sur la table, apporte une cruche d’eau et une bouteille de sirop pour son mari, puis elle se dirige vers un placard qu’elle ouvre. Sur une planche, tout en haut, elle attrape avec peine, en se haussant, une bouteille de pastis qu’elle apporte.

La bouteille est poussiéreuse, elle a dû rester sur sa planche pendant longtemps, sans doute plusieurs années, et, à l’évidence, elle est inentamée.

Elle est là pour le cas où quelqu’un du pays rendrait visite…

27 février 2012

 

 

 

Où le péché émigre

 

Dans ce village languedocien, l’histoire religieuse était complexe.

Depuis la Grande Guerre, les vignerons protestants n’y étaient plus seuls maîtres, des ouvriers agricoles catholiques étaient descendus des Causses, devenus à la longue, eux aussi, propriétaires.

Puis, après la Deuxième Guerre, des ouvriers marocains, musulmans, les avaient remplacés dans les vignes.

Et ce n’était pas tout, il y avait les darbystes.

Ceux-là étaient artisans ou travaillaient à la ville, ils avaient vendu leurs terres, selon la parole de l’un de leurs prophètes pour lequel la terre n’appartenait qu’à Dieu, ce qui interdisait aux humains d’être propriétaires.

Les darbystes descendaient de protestants normaux, dont l’un avait été séduit au XIXème siècle par la prédication d’un sieur Darby, un Anglais, pour lequel l’Église réformée aurait dû s’appeler Église déformée.

L’une des particularités de ces darbystes-là, c’est qu’il refusent de posséder des images de quelque nature qu’elles soient, obéissant ainsi à la Parole de Dieu, qui interdit cela :

« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. »

Le domicile de l’un de ces darbystes se tenait à côté de celui de mon ami Marcel, un parpaillot.

Deux grosses maisonnasses tout en bordure de rue, le potager derrière.

Marcel avait la télévision, l’autre, bien sûr, ne l’avait pas.

Certains soirs, il se glissait en silence, par derrière, d’un jardin à l’autre, et frappait à regret à la porte de la cuisine de son voisin.

Pour regarder le match.

– Et pourquoi tu t’achètes pas un poste ? lui disait Marcel.

– Bé c’est que c’est un péché !

– Aussi tu n’as pas de honte, que tu me le fais porter !

    2 juillet 2012

 

 

 

Ivan Levaï, ou la mémoire qui flanche

 

La leçon de courtoisie

 

Où le péché émigre

 

 

 

 

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