Fil - Peintures acryliques poétique par Huynh Duy - www.artpeople.net - DR

 

 

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De janvier 2015 à décembre 2016, les réflexions habituelles

sont devenues un journal, dont voici la deuxième année.

C’est le journal d’une retraite, terme à prendre en deux sens.

Il s’agit d’une part du journal d’un retraité.

Et d’autre part de pensées survenues chez un type qui vit

dans un hameau retiré.

 

(On pourra trouver les textes de l’année passée à la page du

Journal 2015)

 

 

 

 

journal 2016

 

Pour réagir : jean.alexandre2@orange.fr

 

 

Du 26 au 31 décembre   

 

Lendemain de réveillon

Il y aurait tellement de vœux à faire, sur tellement de sujet et pour tellement de gens, que, sale feignant que je suis, je vais m’abstiendre. Que chacun, en lisant ceci, sache cependant que tous mes vœux pour du bon et du bien lui sont adressés ! Sans dec ! En tout cas jusqu’au 31 décembre prochain. Au-delà je ne réponds de rien.

 

Aborigènes

« Quittez la France, ce n’est pas votre pays », dit Netanyahou aux Juifs français. Il faudrait quand même lui faire savoir que les Juifs étaient déjà installés en Gaule avant l’ère courante, soit il y a plus de deux mille ans…

 

Bon cœur

Je m’entraîne à formuler des vœux pour 2017 à l’usage de tel ou tel. Exemple : Je forme le vœu que M. Ghosn parvienne à passer par le chas d’une aiguille. Je trouve que, pour lui, ce serait déjà un bon commencement. Rien de personnel, bien sûr.

 

Lexique

Inexorable, selon l’étymologie, évoque ce qui ne dépend pas de la parole, ce sur quoi ta parole, quelle qu’elle soit, n’a pas de prise.

Exorable, si ce mot était encore usité de nos jours, pourrait s’appliquer désormais à tout ce qui peut dépendre de la parole, devenue acte, muée en une pratique.

Et il serait intéressant de chercher à ce que, notre parole dite, ce qui la suit soit exorable, toujours exorable, parfaitement exorable...

 

Syrie

Ce que veut le Russe, c’est que l’Étasunien s’écrase et lui laisse la place. Ce que veut l’Iranien, c’est que le Sunnite, quel qu’il soit, s’écrase. Et ce que veut le Turc, c’est que le Kurde s’écrase. Ce sont des gens qui cherchent à écraser.

L’Étasunien, quant à lui, en assez d’écraser, il a trop écrasé, d’ailleurs sans discernement. Petit à petit il s’en va. Le Britannique l’avait fait avant lui.

Sans eux, le Sunnite émirati ne peut plus guère écraser qu’à la marge, il enrage. Et quand le Sunnite enragé devient fanatique, il se prend pour Dieu, il veut punir tous les autres et mourir.

L’Allemand et le Français se partagent les rôles. L’Allemand héberge les réfugiés chassés par la guerre. Par la guerre dont il n’a pas les moyens, le Français cherche à détruire les Sunnites enragés. Il n’a pu protéger ses alliés démocrates.   

Le Kurde combat pour lui-même.

 

Clandestin

Et donc, Dieu nous a visités. Une fois de plus. Mais comme d’hab’ nous étions occupés ailleurs. Jusqu’à ce qu’il meure. Qu’il en meure et qu’on dise Dieu est mort. Et qu’il vienne. Chassé par la porte qu’il vienne par la fenêtre. Et qu’il est doux d’avoir en soi une fenêtre ouverte !

 

Annonce

Quand tu commences à croire que ton Dieu, celui qu’il te convient de respecter, n’est pas, alors en toi les dieux se déchaînent, eux qui ne dorment jamais.

 

Les sur-contemporains

Il y a ceux qui saisissent plus ou moins ce qui se passe dans ce temps de mutation/bouleversement parce qu’ils sont aux endroits qu’il faut pour le pouvoir, pour le savoir. C’est pourquoi ils parviennent à bénéficier du mouvement de l’histoire contemporaine.

Les autres forment la masse des dépourvus. Ils ne comprennent pas ce qui se passe et dont ils se sentent les victimes. Ce qu’ils ont tendance à ressentir, c’est alors que les premiers sont les responsables de leur marasme.

Ces premiers ne peuvent donc ni les éclairer ni les aider, le voudraient-ils.

Ces deux groupes forment l’ensemble des contemporains, qui ne savent ensemble faire société. D’autres travaillent à installer graduellement les conditions d’un temps neuf, dont tous ignorent la configuration à venir. Ils ne le savent pas, personne ne le sait vraiment, mais ils sont les contemporains des temps futurs, les sur-contemporains, comme les appelait Ernst Bloch, l’auteur du Principe Espérance. 

 

Impertinence

J’espère pour elles que les modistes regardent les émissions religieuses. La période dite des fêtes s’y prête largement. À l’occasion, on y trouve en effet des modèles de chapeaux pour homme fascinants et très originaux, du plus simple au plus élaboré.

 

Du 19 au 25 décembre

 

Parole

Hérode n’ayant pas pu bombarder Bethléem faute de flotte aérienne, il s’est contenté de faire massacrer les enfants du lieu. Bêtement, comme d’habitude, car il a raté celui qu’il visait. Moyennant quoi l’Occident de ce temps-là a accueilli pour une fois le petit réfugié et sa famille. Comme quoi il y a toujours de l’espoir pour les porteurs de cette Parole qui, comme disait Madame Marie, disperse les paroles orgueilleuses, renverse les puissants de leur trône, élève les humbles, rassasie de biens les affamés et renvoie les riches à vide.

 

Hou les amoureux !

Маленький Ле Пен продал свою душу за любовь красивого незнакомца по имени Владимир Владимирович.

La petite Le Pen a vendu son âme pour l'amour d'un bel étranger prénommé Vladimir Vladimirovitch.

 

Critère

Chaque fois que cela a été possible, j’ai voté socialiste. Donc cette fois-ci, voyons : Hamon, Montebourg, Peillon, Valls… Noter l’ordre alphabétique. Il y a pour chacun du pour et du contre. Embarras. Et puis tiens ! un critère : lequel intégrera le plus sérieusement à mes yeux la variable européenne ?

 

Frères d’arme

Ce qui a fait l’Union européenne, c’est l’établissement et la durabilité de la paix entre ses membres. En particulier entre L’Allemagne et la France. On l’oubliait. Voici des gens qui nous le rappellent brutalement. Sans doute vont-ils même nous pousser à aller plus loin dans l’Union, car pour la première fois de leur histoire, Français et Allemands partagent dans leur chair une même atteinte.    

 

VTC

Où l’on voit que là où domine l’esprit uber, l’ubérisation, le dialogue social périclite. C’est que, justement, l’esprit uber naît quand le social se meurt.

 

Du 12 au 18 décembre

 

Auto-flagellation

Contrairement à ce qui se dit volontiers ces jours-ci à la suite de l’écrasement des quartiers rebelles d’Alep, je ne pense pas qu’on puisse incriminer Hollande au même titre que Cameron et Obama. Ceux qui le font voulaient-ils que la France envoie toute seule en Syrie des troupes suffisamment fortes pour renverser le régime et gérer ensuite l’après Bachar El Assad ? En disant aux Russes et aux Iraniens « Poussez-vous on arrive » ? 

 

Macron

Danger pour les politicards. Il a compris ce qu’attendent aujourd’hui les gens de la classe moyenne éduquée et plutôt jeune. Ceux qui, souvent, ne manquent de rien, sauf de raisons de se consacrer à réaliser des rêves d’avenir. Face à lui, attention à se hisser à la hauteur !  

 

Poutine

Parler avec Poutine ? ça dépend comment. On ne parle pas de la même manière avec un ami ou avec un ennemi. Or Poutine, Sarkozy a d’ailleurs pu s’en rendre compte, se pose en ennemi. Il t’écrase si tu lui résistes. Parler avec lui comme s’il était un ami, ce serait un peu comme se déculotter d’avance, des fois que ça le tente.

 

Souvenir

Quand il avait des mots avec son fils aîné, que j’aimais comme un petit frère, Robert Lamoureux m’appelait parfois, le soir, et m’offrait pour moi tout seul, sans le faire exprès, un sketch tout aussi amer que drolatique. Et je tentais de le consoler, c’était un tendre avec un très ancien trou dans le cœur.

 

Alep

Les États ont coutume de bombarder des gens et de raser des villes. Ils le font parfois dans le but de libérer des populations, et parfois dans le but de s’imposer à elles. Ou même dans ces deux buts en même temps.

On a vu cela. L’Occident l’a fait tout comme les autres. Caen, Dresde, Hiroshima… Il n’y a pas un juste, pas même un seul.

Et qui veut faire l’ange se voit humilié par ceux qui font la bête et qui profitent de sa faiblesse supposée pour écraser ceux qu’il pouvait protéger…  

Qu’il pouvait protéger à condition de bombarder d’autres gens et de raser d’autres villes. Cela s’appelle la guerre. Tu la fais ou tu te couches.

À moins d’être malin. La colombe, en sa simplicité, a besoin de la ruse du serpent.

Assez malin pour anticiper et trouver le moyen d’éviter la guerre. Ou assez malin, la guerre déclarée, pour attirer l’ennemi à la table commune. Celle où l’on parle.

Et pendant qu’on parle en vérité, ou même pendant qu’on parle longtemps pour ne pas cesser de mentir… on tue moins.

 

Artefacts

Plus de deux siècles après leur suppression officielle, les provinces demeurent présentes à l’esprit des gens. On est Normand ou Bourguignon, Provençal ou Angevin, Béarnais ou Lorrain, etc. De 1790 à 2014, les diverses réformes territoriales n’y ont rien fait. Si bien que les régions actuelles ne sont jamais que d’artificiels paquets de provinces authentiques. À bas le jacobinisme !

 

Pas sérieux ?

Au fond, pour choisir le président de la République il suffirait de se souvenir que les grands chefs d’État que nous avons connus auraient pu être les personnages de romans classiques, passionnants et profonds quoique dans des genres différents. De Gaulle, Mitterrand… Raison pour laquelle il n’aurait pas fallu choisir Hollande, tout bon homme qu’il ait pu être. Trop normal. Ni Sarkozy, certes intéressant personnage mais plutôt adapté au genre polar. Seulement voilà, les grands hommes nous manquent…

 

Du 5 au 11 décembre  

 

Stance

Hier j’ai écouté Macron : si je devais me décider en fonction de ma situation socioculturelle actuelle, je voterais pour lui. Aujourd’hui j’ai écouté Mélenchon : si je me déterminais par rapport à mes origines socioculturelles, je voterais pour lui. J’écouterai bientôt le vainqueur de la primaire organisée par le Parti socialiste et je sais déjà que si je me fondais sur mon histoire de militant, je voterais pour lui. Trois lignes politiques sont devant moi, ou plutôt devant mes enfants et mes petits-enfants, et en l’état je les crois inconciliables, laquelle choisir ?    

 

Juste un manque

Je suis, sur France 2, l’émission de Présence protestante consacrée à la préparation de Noël. Que de bonnes intentions ! Je l’écris sans ironie. Joie, don, bienfaisance, écologie, comment ne pas approuver ? Mais comme d’habitude il manque un sujet.

Nos Noëls oublient la façon dont se termine le récit de la Nativité dans l’évangile selon Matthieu, avec le massacre des enfants par la puissance régnante. Ils oublient le chant de Marie contre les riches et les puissants dans l’évangile selon Luc…

Or la joie de Noël est une joie particulière. Elle s’associe fort bien à ce courage et cette colère qui sont au cœur de l’espérance.

 

Rente

L’Église orthodoxe russe construit de bien belles cathédrales à dômes d’or. De l’avantage d’être l’Église de César. Elle chante de bien belles liturgies. De l’avantage de se taire par ailleurs.

 

Ogresse

Égale à son cher papounet, Marine Le Pen s’en prend aux moutards. Elle veut bannir de l’école les enfants des migrants sans papiers. Où l’on retrouve cette tendresse humaine qui fait le FN : mon môme d’abord, les autres aux chiottes et tirez la chasse !

 

Reformanda

ça usine dur dans les cercles de l’Église protestante unie, récemment créée, rapport à la rédaction d’une déclaration de foi qui lui serait nécessaire. Je ne m’y intéresse pas du tout. Ça ne me paraît pas ressortir de l’essentiel, et aujourd’hui, une Église, c’est l’essentiel sinon rien. Or l’essentiel ne se dit qu’en paraboles. On me dit que c’est quand même nécessaire ? Soit. Sur ce point je fais confiance, le synode trouvera sûrement l’angle et le style adéquats. À sa manière. L’essentiel est ailleurs. Toute nouvelle née qu’elle soit, cette Église est à réformer. Elle doit bouleverser le rapport qu’elle entretient avec les Écritures et avec sa propre parole. 

 

Méritants

À en juger par le nombre croissant des prétendants au trône de France qu’elle aligne, la gauche française est fort riche en excellences. Saurons-nous départager tant de mérites ? Mais inutile, autant les tirer aux dés : la plupart d’entre eux, sûrs de leur échec et de celui de la gauche tout entière, y vont surtout pour ménager leur avenir. 

 

Naïveté

Qui pourrait persuader M. Fillon qu’en enrichissant les riches il ne les poussera pas pour autant à investir en France plutôt qu’ailleurs ? Car il est plus facile à un riche de passer par le chas d’une aiguille que d’entrer dans une logique de solidarité…

 

Correction

Rien à faire. J’étais au culte hier, et la récente correction des paroles du Notre Père ne passe pas chez moi. Ce qui est écrit, ce n’est pas ne nous laisse pas entrer en tentation, comme on veut nous le faire dire désormais. Ce n’est pas non plus ne nous soumets pas à la tentation, comme on devait dire encore récemment. Car le texte dit ne nous engage pas dans une épreuve.

Et c’est vrai qu’il vaut mieux pour nous que Dieu ne nous mette pas à l’épreuve ! On peut toujours lui demander de ne pas le faire, mais voilà que maintenant on prétend le lui interdire…

On peut toujours nous asséner un malheureux demi-verset de l’épître de Jacques (dont on sait que Luther l’appelait l’épître de paille), Dieu n’éprouve personne (1.13), j’en appelle au livre de Job tout entier !  

 

Coccinelle

Même Gotlib nous lâche, après Reiser, Cavana, Cabu, Wolinski, Siné, j’en passe : Superdupont a bouffé sa baguette, comment voulez-vous qu’on s’en sorte !

 

Botté

Nous, déjà, on n’est pas mauvais dans le genre, mais les Italiens, pour foutre le bordel, chapeau ! En ce domaine, Renzi et Grillo même combat. Qui a compris quoi que ce soit à ce pasticcio ? Heureusement qu’on a les Autrichiens !

 

Du 1er au 4  décembre  

 

Hollande

Le passager de la pluie…

 

Désinformation

Les Français travaillent-ils moins que les autres Européens ? Si l’on tient compte de tous les paramètres, on voit que c’est très discutable, ils travaillent beaucoup plus que les Hollandais ou les Danois, par exemple. De plus, leur productivité est l’une des meilleures.

Ont-ils plus de fonctionnaires par habitant ? Très nettement non, ils en ont plutôt moins.

Alors, qui a intérêt à diffuser ces bobards ?

 

Renoncement

Comme l’écrivait André Mage de Fiefmelin (1558-1603), poète protestant et savant spécialiste du sel de mer natif de l’Île d’Oléron : « Ce monde comme on dit est une cage à fous. »

On sait donc que ceux qui veulent le pouvoir, à leur manière sont des fous. Ou des drogués. D’habitude, il s’agit d’une addiction à laquelle on ne renonce pas. Il se peut donc que Hollande soit moins atteint que les autres. Plus "normal", au bout du compte.

 

Combat

Avec le Grand Kiff, ces rencontres de jeunes au plan national, et d’autres actions, en particulier sur Internet, l’Église protestante unie tente de développer une active politique de formation en direction des jeunes, et cela paraît rencontrer pas mal de bons retours de leur part. Je souhaite seulement que cela ne consiste pas à leur prêcher un Dieu gentil. On a trop tendance à le faire. Dieu n’est pas "gentil", il est amour, ce qui est bien autre chose. L’Église n’est pas la maison des Bisounours. Dans le monde tel qu’il est, la foi du Christ est un combat pour lequel il faut être entraîné et continuer à s’entraîner.

 

Laïc

Le combat auquel je fais allusion ci-dessus appelle cette précision : il s’agit d’un combat laïc, au sens français du terme, c’est-à-dire d’un combat dénué de toute volonté religieuse de puissance au sein de la société. Il s’agit de combattre ce qui fait mal, ce qui fait du mal, en soi, autour de soi et sur tous les plans de la vie publique. Et pour savoir en faveur de qui ce combat doit-il être mené, on se reportera à la dernière partie du chapitre 25 de l’Évangile selon Matthieu.

 

 

Du 28 au 30 novembre    

 

Marre !

Avis aux gros ego de gauche : une seule candidature, sinon rien ! Débrouillez-vous, on ne joue plus.

Je ne vais pas aller voter pour choisir l’un ou l’autre parmi la foule des prétendants, sachant qu’il sera de toute façon perdant.

 

Bilan

Donc, la droite a désormais sa doctrine, son projet et son champion.

La doctrine est probablement minoritaire dans le pays, le projet n’est pas totalement réalisable mais cependant crédible une fois adapté à des attentes plus larges que celles de son milieu de naissance, enfin le champion est fiable et sûr de lui.

La doctrine me déplaît. Le projet me rebute. Le champion me laisse froid.

La doctrine me déplaît parce qu’elle a pour principe que la volonté bonne est du côté de l’argent. Ce qui est le contraire de l’Évangile.

Le projet me rebute en ce qu’il fait porter le poids de l’effort, certes nécessaire, sur les épaules des moins pourvus et des moins protégés.

Le champion me laisse froid car dépositaire d’une tradition qui n’est pas la mienne. De plus, il ne peut cacher l’orgueil amer qui l’habite.    

 

Du 21 au 27 novembre  

 

Kabary

François Hollande a beaucoup de chance, il est à Madagascar. Je connais bien les Malgaches, ils sont extrêmement accueillants, je suis sûr qu’ils se feraient un plaisir de garder chez eux ce brave homme, et peut-être même de lui proposer un job. D’autant qu’il est très bon côté kabary.

N.B. : Le kabary malgache est un discours agréable à écouter.

 

Sexisme

Au rugby, les hommes de l’équipe de France perdent (24-19 contre la Nouvelle-Zélande).

Au foute, les femmes de l’équipe de France gagnent (1-0 contre l’Espagne). C’est d’ailleurs leur habitude.

Devinez de quelle équipe on parle dans les médias et de quel match on ne dit pas un mot…

 

Processus

À propos de la déclaration de foi de l’Église protestante unie, il me semble qu’il devrait toujours être présent à l’esprit que cela ne peut se concevoir que comme un projet en cours de réalisation.

 

Vision

La droite a gagné la bataille des idées. Je ne veux pas dire que les siennes sont meilleures que celles de la gauche, mais qu’elle, au moins, en a, et qu’elle les fait valoir. C’est comme ça qu’on l’emporte, aurait dit Gramsci.

Hollande (ou tout autre) n’a donc plus que cinq mois pour faire envie en disant comment il voit la France de 2022.

 

Tic journalistique

D’après les sondages, Fidel Castro serait mort.

 

Les animaux dénaturés

Une mésange se balance sur la ficelle tendue en travers de ma fenêtre. La ficelle oscille et la mésange, tranquille, semble méditer. Je contemple cela et je me demande pourquoi les humains sont déséquilibrés.

 

Faites vos comptes

Rappelons à Monsieur Fillon que cinq cent mille fonctionnaires en moins, cela fait en moyenne cinq mille par département. Une paille.

Affinons, et répartissons à peu près ces cinq cent mille en fonction de la population des départements :

Pour la Seine-Saint-Denis, par exemple, cela ferait environ 12.000 fonctionnaires en moins. Les Deux-Sèvres en perdraient 3.000, et la Lozère 600. Et ainsi de suite.

 

N’oubliez pas la religion !

Rappelons également à Monsieur Fillon que Messieurs El Assad et Poutine ne s’attaquent pas en premier lieu à Daéch, comme il semble le croire, mais aux opposants historiques du régime de Monsieur El Assad. D’où, pour eux, la priorité de la destruction d’Alep.

Il semble plutôt que le but de ces Messieurs soit la mise en œuvre d’une alliance chrétienne/chiite destinée à affaiblir le poids des sunnites au Proche-Orient. Saoudiens, Qataris et Turcs sont visés.

Quant à Daéch, qui présente l’avantage de noyer l’Union européenne de réfugiés, ce qui suffit à la déstabiliser, il est l’idiot utile de cette partie d’échecs. En Syrie, on lui règlera son sort en dernier lieu.

Monsieur Trump, qui ne pense pas avoir besoin du pétrole saoudien, qui désire se préoccuper uniquement des intérêts immédiats des États-Unis, qui déclare appartenir à la frange dite évangélique du protestantisme nord-américain, verra sans doute d’un bon œil une orientation propre à défendre la chrétienté au proche-Orient.

C’était notre communiqué géostratégique du jour.

  

Esprit d’économie

On avait déjà Donald, du coup on n’a pas gardé Mickey.

 

Du 14 au 20 novembre   

 

Fait exprès

Bon, encore une semaine, et on est tranquille du côté des candidats de droite à la présidentielle. Courage, le concours du meilleur Père-tape-dur approche de sa fin.

Il nous restera ceux de gauche, la plupart purement posés là en pierres d’attente : ils s’attendent à une déculottée en mai, ils se placent pour plus tard. Politicaille.

Il serait plus décent pour chacun d’eux, engagé ou non dans la primaire, de se demander si sa candidature peut aboutir en bout de course. La réponse honnête étant Non, du moins tant qu’ils seront plusieurs à prétendre se présenter lors de l’élection.

Bref, ce n’est pas la droite qui va gagner, c’est la gauche qui va perdre, qui plus est en le faisant exprès.

À moins que ce soient les deux qui perdent…

 

Rêverie

C’est pourquoi l’idéal serait pour moi l’organisation d’une primaire de gauche comprenant seulement deux ou trois compétiteurs crédibles représentant les principales orientations que l’on trouve à gauche :

Une ligne Hollande-Valls

Une ligne plus à gauche (Mélenchon)

À la rigueur une ligne plus à droite (Macron).

Tous les autres s’étant démis pour cause de crédibilité insuffisante quant à leur capacité à parvenir au second tour de la présidentielle.

 

Agacement

Les manifestations de diverse nature qui commencent à fleurir en ce début de l’année consacrée par les protestants à la mémoire et au sens de la Réformation semblent agacer certains dans le milieu des médias catho. Normal, nous les avons habitués à plus de discrétion. À tort. Ils finissaient par voir en nous une sorte de complaisants supplétifs, et voilà que nous existons par nous-mêmes. Mais qu’ils se rassurent, cela est passager.

 

Dilettante

– Tu as écrit quelque chose, ce matin, me demande-t-on.

– Oui, un épisode du feuilleton, pour mon site.

– Ah oui ? Et qu’est-ce que ça raconte de beau ? (on s’attend à du philosophico-théologico-poétique).

– C’est l’histoire d’un vieux gâteux qui héberge un enfant noir sans papiers. À partir de là, tout une bande de personnages se met à tourner autour et ça m’amuse de les faire parler chacun à sa manière. Il y a en particulier une jeune femme russe, elle aussi immigrée, sans papiers, que j’aime beaucoup. Elle a des peines de cœur…

– Ah bon… (grosse déception et changement de sujet :) Dis donc, tu as vu Macron ? Tu crois qu’il a une chance ?

– Qui ça ?

 

Préférence

Dans les propos de M. Macron*, j’ai tendance à retenir nombre de bonnes choses : tout ce qui lui vient de la gauche (et qu’elle n’a pas beaucoup fait). Le reste n’est pas sans intérêt, mais plutôt pour l’histoire des idées.

* J’ai corrigé, mais par inattention, j’avais d’abord écrit Micron au lieu de Macron, je me demande bien pourquoi.

 

Murs et plafonds

On parle beaucoup de plafonds de verre. Il y a celui, sérieux, qui empêche de nombreuses femmes d’obtenir des postes jusqu’à maintenant réservés aux hommes. Il y a aussi celui qui interdirait à Mme Le Pen de gagner l’élection présidentielle. Mais là, le plafond est dans sa tête : si elle veut être élue, elle n’a qu’à se trouver des alliés, c’est comme ça qu’on gagne. 

Je pense aussi à d’autres plafonds de verre. Celui qui empêche les travailleurs pauvres de devenir des travailleurs normalement rétribués. Celui qui empêche les chômeurs de trouver du travail. Celui qui empêche les enfants des quartiers et des cités de pouvoir apprendre comme les autres. Celui qui fait qu’un Noir ou un Bistre ne sont toujours pas regardés comme les Blancs. J’en passe…

Et là, on a l’impression que ces plafonds sont plutôt des voûtes de pierre. Ou, plus simplement, des murs. Et d’ailleurs, on parle aussi beaucoup de murs. Aux États-Unis, en Israël, en Hongrie, à Calais. J’en passe. C’est une mode.

Murs et plafonds… Nos têtes, nos corps et nos cœurs sont par eux compartimentés, dissociés, sectorisés, découpés. C’est ce qui nous permet justement de trouver normal que les marchandises circulent librement. Sinon, on penserait qu’il vaut mieux commencer par les gens.    

 

Dénis

On nous avait déjà expliqué que Judas n’a pas trahi Jésus mais a tout fait, au contraire, pour que le messie puisse accomplir son projet (entre autres : Armand Abécassis, Judas et Jésus, une liaison dangereuse, Édition 1).

On nous apprend maintenant que Pilate, loin de condamner un innocent, a compris que ce dernier souhaitait mourir et le lui a permis (Aldo Schiavone, Ponce Pilate, Fayard).

C’est un peu comme si l’on affirmait que Jésus avait manipulé tout ce beau monde. Je m’attends donc à ce qu’un livre vienne maintenant disculper les grands-prêtres Hanne et Caïphe, ces apôtres de la sagesse politico-religieuse…

Et l’idée, c’est qu’il n’y a, dans cette histoire, ni traîtres ni oppresseurs, mais un Jésus qui pense devoir mourir et qui trouve, que ce soit par hasard ou par ruse, une situation et des gens aptes à le lui permettre.

Je pense plutôt que si Jésus devait mourir, et le savait, c’est parce que l’humanité comporte réellement des traîtres mus par la soif de l’argent et du pouvoir, ainsi que des oppresseurs servis par de fidèles agents… et qu’elle n’a jamais réussi à se défaire de cela.

Bref, si cela, cette mort-là, devait arriver, c’était, non par obligation, mais par évidence.

 

Culte

Objets cultes, films cultes, disques cultes… le culte a le vent en poupe ! Mais bien sûr, il s’agit de fétichisme. L’époque voit petit, et elle inscrit sa piété dans le bref et le discontinu.

 

Course de haies 

La primaire des droites diverses, cela se jouera donc, prédisent les augures, entre Vieille-France-heureuse, Deux-portions-de-frites et Grand-orgueil-blessé. Cela fait un peu Critérium des chevaux de retour, je trouve.

 

Du 7 au 13 novembre  

 

Sans ambiguïté

Ayant lu ici ou là un certain nombre de réactions provenant de maîtres à penser ou de petits maîtres "chrétiens" qui ont soutenu et soutiennent la politique de Donald Trump, je crois nécessaire de préciser qu’à mes yeux, cette politique – ou plutôt ce qui tient lieu de politique chez Donald Trump – n’a rien à voir avec l’Évangile.

 

Dupes

D’habitude, un élu change de discours après avoir eu le temps de s’apercevoir que son programme était irréalisable, mais là, c’est à peine élu que Trump met de l’eau dans son whisky. Cela signifie que quelques dizaines de millions d’Étasuniens se sont fait avoir en l’élisant, et qu’autant d’autres se sont fait avoir en le voyant élire par les premiers. Ce qui fait beaucoup de dupes.

 

Tauromachie

Le discours populiste est facile à reconnaître, de nos jours : il commence toujours par vilipender "la pensée unique". C’est comme dans la tauromachie, où l’on cherche à tuer ce que l’on aime. Et Dieu sait comme le populiste aime à penser d’une seule manière !

 

Frites

Sarkozy sait bien que les enfants aiment les frites, c’est pourquoi il en destine deux portions par repas aux enfants qu’il préfère. Ou quoi ?

 

Ratage

Hier soir, sur France 2, l’émission politique de Pujadas et Salamé était mal conçue, ils ne s’y étaient donné aucun moyen d’aller au fond de la question posée : pourquoi Trump a-t-il été élu et quel rapport avec ce qui pourrait se passer en France ? Du coup, chacun y allait de sa chanson sans écouter les autres. Comme d’hab’ dans ce genre de toc-chaud.

 

Nostalgie

C’est le 11-Novembre, Trump est président des États-Unis, Leonard Cohen est mort… et pourtant il fait beau sur le Poitou !

Danser encore un slow en écoutant Suzanne

 

Défaite

Mme Le Pen se plaît à assimiler son résultat électoral futur à celui que vient de connaître M. Trump. Il convient toutefois de lui rappeler que si l’élection de M. Trump avait eu lieu en France, il aurait été battu, ayant obtenu moins de voix que Mme Clinton.

 

Reniement

Je remarque qu’aux États-Unis, bizarrement, les évangéliques, surtout les Blancs, ont voté majoritairement pour quelqu’un dont le programme est totalement contraire à l’Évangile.

Et contraire aussi à leurs propres idéaux : ils parlent de vérité, de décence, de charité… Mais en réalité : c’est un menteur, ils votent pour lui ; il est indécent, ils votent pour lui ; ils est violent, ils votent pour lui. Etc.

 

Saisie

Le puritanisme est une chose très surprenante, je me demande en particulier à quel endroit de leur être les dames d’œuvres puritaines qui ont voté en nombre pour Trump ont été saisies par lui ?

 

Vision de Lonabihou, prophète :

Au retour d’une soirée arrosée, je fus pris, de nuit, dans le brouillard le plus dense. Je dus arrêter ma voiture, et décidai de dormir un peu. C’est alors qu’un songe prémonitoire me visita :

Après huit ans de présidence Trump, dix millions de Mexicains expulsés des USA sont rentrés dans leur pays, et autant d’Étasuniens, parmi les plus capables, les ont rejoints, dégoûtés par Trump et attirés par les dispositions prises en leur faveur par Mexico. Ainsi enrichi par la venue de tous ces migrants, le Mexique est devenu l’Eldorado du continent américain et cause d’enrichissement pour l’ensemble de l’Amérique latine. 

À mon réveil, le brouillard avait disparu. Je compris que ce songe était inspiré et décidai en conséquence d’investir à la Bourse de Mexico. C’est dans cette intention que je repris la route. Pour me tenir compagnie, j’allumai la radio, Patrick Cohen y annonçait le mariage, à la nouvelle cathédrale russe de Paris, de M. Poutine et de Mme Le Pen. La réalité immédiate m’avait rattrapé.      

 

Adage

Je lis ici ou là qu’il faut attendre de voir ce que Trump va faire en réalité pour juger de la dangerosité de son élection. Là-dessus, j’ai tendance à dire ceci : qui vivra… verrat.

 

Tenaille

Pris entre Trump et Poutine, si nous ne faisons pas l’Europe pour de bon, nous sommes cuits. 

 

Du 1er au 6 novembre  

 

Du courage

L’élection des Étasuniens nous ramène à la nôtre, dont on ne cesse de parler. La primaire de la droite et les déboires de Hollande y sont pour beaucoup, et sur ce sujet, on commence à y voir plus clair, je trouve. En ce qui me concerne en tout cas.

Il y aura, je pense, trois possibilités, pas une de plus. L’une d’entre elles, la mienne, ayant fort peu de chances de s’imposer. Les voici : le populisme ringard de la mère Le Pen (j’allais écrire la mère Denis), la droite férue de libéralisme économique, la social-démocratie (pour dire vite).

J’exclus Mélenchon de cette liste, le chavisme n’a pas plus de pertinence en Europe qu’il n’en a eu en Amérique latine, il serait laminé en fin de compte par le populisme véritable. Je supprime de même ce soi-disant écologisme qui marche aujourd’hui sur la tête (d’épingle). On voit que je vais fâcher bien des amis…

Si la troisième voie, celle d’une gauche sociale actualisée, réussit à se doter d’une seule tête de pipe et d’une ligne politique claire, elle a une petite chance de l’emporter quand tout le monde aura bien compris où mène le programme de la droite.

Cela n’est donc pas gagné, loin de là, mais exigerait (enfin) une extrême clarté faisant suite, d’une part à une révision de sa doctrine et de sa pratique inégalitaires, élitistes et jacobines, et d’autre part à la définition d’une Union européenne enfin démocratique.

On s’envase dans l’accessoire, cette phrase de Jean-Claude Guillebaud que j’ai placée en exergue sur la page d’accueil, dit bien ce qu’il en est. On voit bien que, là où nous en sommes, il y a urgence, qu’on est arrivé à l’os, au moment du choix radical. Il n’y a plus de place pour les finasseries. Et ce qui est demandé, c’est le courage. Intellectuel autant que politique.

N’étant pas spécialement optimiste concernant les capacités de notre personnel politique actuel, je m’apprête donc à voter blanc...

 

Compète

Ayant un peu regardé ces messieurs-dame de la droite hier soir, surtout le débat sur la sécurité, j’ai ressenti une impression de déjà vu. Au fond, ils sont plutôt d’accord avec la politique suivie actuellement, ils veulent juste la renforcer. Plus de flics, plus de juges, plus de prisons, plus d’expulsions, c’est très tendance. Si l’un d’entre eux gagne l’élection présidentielle, il va finir par embaucher les ministres actuels…

 

Élections

De ce point de vue, les Amerlocs et nous on est des frères : Marine Le Pen et Donald Trump ; Nicolas Sarkozy et Hilary Clinton (côté affaires de justice) ; voire Mélenchon et Sanders ? (mais Sanders s’est désisté pour Clinton : Mélenchon le ferait-il pour un autre candidat ?)

 

Du 24 au 31 octobre  

 

Pape

Le pape en Suède pour consolider la réconciliation avec les protestants, affirme sur Internet mon navigateur habituel. En tant que protestant, j’aurais plutôt écrit que l’Église de Suède reçoit le pape pour consolider la réconciliation avec les catholiques, mais cela reste tout de même bizarre. En effet, il ne me semble pas qu’il y ait réconciliation lorsque les uns n’acceptent pas les autres à leur table, ni n’acceptent l’invitation à la table des autres… Il n’y a donc rien à consolider en ce domaine. Cela dit, c’est quand même sympa de se rencontrer. Et vu du côté du pape, c’est un geste qui a du sens.

 

Calcul

31 octobre 1517. Jour où le moine Luther a dit Non, on ne commerce pas avec l’amour ! Mais on a vite rebâti des boutiques et ce Non ! est toujours à redire.

 

Cornélien

Vous avez donc le choix entre Halloween et la Réformation. Entre la Rose et la Citrouille… à vous de voir. 

 

Géométrie

En politique, quand le Centre est forcément à droite, il y a quelque ridicule à l’appeler Centre, non ?

 

Ploucs ?

Il suffit de lire les pages locales de la presse de province pour s’apercevoir que, contrairement à ce qu’on laisse entendre dans les médias nationaux, ce sont les habitants des petites communes rurales qui se mobilisent le plus pour accueillir les migrants venus de la jungle de Calais. C’est peut-être que pour eux, la relation personnelle reste une priorité. 

 

Invitation

 

Le dimanche 6 novembre à partir de 14h30

 

j’aurai l’honneur, le plaisir et l’avantage

de présenter et de dédicacer mon livre intitulé

 

Où sont tes gosses ?

Charonne années 40

Par Jean Alexandre

 

C’était au temps où ma mère planquait des enfants juifs

et où, avec ma copine Lélou, on dormait dans le métro,

et autres aventures faubouriennes.

 

Au temple de Béthanie

185 rue des Pyrénées, Paris 20ème

 

Il est rare que je puisse revenir dans le quartier de mon enfance,

ça me ferait plaisir d’y retrouver les amis !

 

Où sont tes gosses ?

Préface d’Ivan Levaï

aux Éditions Ampélos

 

Vote

On ne nous présente au fond que des médiocres. Médiocres de diverses médiocrités. Sommes-nous donc tous médiocres ? Est-il possible que nous le soyons tous ?

 

Surpuissance

Le principe du veto : une seule voix l’emporte sur toutes les autres du moment qu’elle est contre. Pour comprendre la perversité de ce système, il suffit de l’inverser : une seul voix l’emporte sur toutes les autres du moment qu’elle est pour. Ce qui s’appelle autocratie.

Note 1 – Ceci dit, je râle juste contre le principe, je n’émets aucune opinion au sujet des veto émis récemment ici ou là en diverses institutions internationales.

Note 2 – Je précise que je n’ai rien contre les vétérinaires. 

 

Quel sacrifice ?

Nombre de croyants refusent aujourd’hui une conception sacrificielle de la mort de Jésus, c’est-à-dire une conception qui considère Jésus comme l’agneau sacrifié pour le salut des croyants, à la place de ceux-ci. La difficulté est que cette conception semble biblique et qu’elle paraît figurer dès le tout début, avec Paul, parmi les fondements de la pensée chrétienne.

Néanmoins, il faut bien voir que cette conception sacrificielle, si elle nous apparaît telle, dépend en réalité d’un imaginaire culturel fort différent du nôtre, ce qui invite à reconsidérer ce que nous pouvons faire d’elle au sein de notre propre imaginaire lorsqu’il est lié au Christ. Telle est du moins ma démarche.

Pour m’expliquer, je vais prendre l’exemple du fameux texte paulinien de Romains 3, versets 21 à 28*. Dans ce passage, le rôle de Jésus comme victime sacrificielle se joue à mon sens autrement qu’on ne l’a compris après que les Églises aient pris leur distance à l’égard de l’ancienne culture sémitique encore présente dans le Nouveau Testament.

Je pense qu’à l’époque du juif Paul, la croix ("le sang") du Christ, est vue plutôt comme une sorte de signature sacrificielle, et offre un nouveau départ, une nouvelle alliance. Dans cette culture, la réconciliation et la délivrance à l’égard du poids d’un passé malheureux ou malfaisant peuvent être en effet les conséquences d’une alliance renouvelée que doit absolument signer un sacrifice sanglant. À partir de là, une nouvelle histoire commence.

Certes, le fait de la crucifixion n’obéit pas aux règles rituelles du sacrifice d’alliance que l’on trouve dans la Thora, mais il leur est assimilé par Paul dans une logique parabolique, elle aussi caractéristique de cette culture.

Cette alliance provient d’une décision de justice, délivrée ici par celui, Dieu, qui est en lui-même, puisque Seigneur universel, "ce qui est juste"** et dont sourd toute justice.

La signature de cette alliance suffit à intégrer de nouveaux partenaires dans l’éminente suprématie ("la gloire") d’un seigneur. Se fonder sur une telle alliance, pour régler sa pensée comme ses affects ou ses conduites, est la définition de la foi réciproque des contractants. C’est en ce sens qu’un humain est sauvé par la foi. Il s’agit de "la foi de Jésus", expression ambivalente : la foi que Jésus a manifestée et la foi des croyants en Jésus.

Ce n’est pas sa mort qui gagne le salut des croyants à la place de la leur. C’est l’établissement d’une alliance universelle entre Dieu, qui en décide en toute seigneurie, et ceux des humains qui l’acceptent. S’ils le font, c’est eu égard à la signature absolue que la croix signifie pour eux.

Ainsi, si le Christ est mort pour les croyants, c’est au sens où ils reconnaissent en elle la signature de Dieu. Tout comme les Anciens reconnaissaient la validité absolue d’un contrat à l’aspersion du sang de l’animal sacrifié.

Pour le croyant, ce salut n’est pas premièrement le moyen d’obtenir la vie éternelle après sa mort, il est d’abord un partenariat avec un seigneur supérieurement fidèle, et il commence dès le geste qui consiste à reconnaître en Jésus celui qui signe, par sa mort, la fidélité de Dieu. Ce geste, la foi, est l’entrée dans la foi du messie.

C’est par ce geste que le croyant se voit mourir lui aussi à lui-même, à sa manière et selon sa condition.

On objectera peut-être que le sacrifice peut avoir d’autres sens, plus cohérents avec le récit de la mort de Jésus. On pensera surtout à celui dont, par exemple, René Girard a décrypté la fonction sociale et dans lequel la victime joue le rôle du bouc émissaire.

Mais il convient à mon sens de distinguer le récit des conditions dans lesquelles Jésus est mort de la façon dont les chrétiens ont ensuite interprété cette mort. Il est clair pour moi que, dans ce récit, les autorités juives se conduisent selon les lois sous-jacentes dont parle René Girard. Il est non moins clair que si Pilate accepte de liquider Jésus, c’est pour de tout autres raisons. Pour moi, ces deux logiques ne correspondent pas à l’établissement pérenne d’une communauté de croyants.

Le sacrifice du bouc émissaire doit en effet se reproduire régulièrement, faute de quoi il perd son efficacité, la violence qu’il évacue se trouvant toujours renaissante.

Quant à l’exécution très politique d’un fauteur de trouble, elle n’a de sens que dans le cadre d’une brève période de l’histoire, celle du règne d’un empereur romain. On pourrait certes y voir, par exemple, l’expression canonique de la lutte perpétuelle que mènent les pouvoirs, quels qu’ils soient, contre l’établissement d’une heureuse liberté pour l’ensemble des humains, contre le besoin d’inventivité et de fraternité que ceux-ci ont à revendiquer. On le peut, et même, je le pense, on le doit, mais on est déjà, alors, dans une démarche seconde par rapport à la pensée de Paul. 

À mon sens, le croyant Paul voit plutôt dans la croix le moment unique d’un sacrifice de réconciliation destiné à établir une alliance éternelle. Scandale spécifiquement biblique : le Dieu tout-autre et les mortels unis arbitrairement par une fraternité de sang. 

On pourra dire avec justesse que cette conception est protestante, en ce sens qu’elle évacue la nécessité de reproduire infiniment le sacrifice, comme dans la messe. C’est la limite de mon discours : on peut sans doute penser qu’il dépend de la spiritualité au bénéfice de laquelle je me trouve plutôt que l’inverse…

Telle est en tout cas ma compréhension de la façon dont le sacrifice du Christ pouvait être compris au tout début de la pensée chrétienne, au temps où elle était encore directement liée aux conceptions classiques de la foi hébraïque. Il me semble qu’il pourrait être intéressant, voire nécessaire, de repartir de là pour repenser le sens du moment de Golgotha.

 

* Je pars du texte grec car les versions sont souvent imprégnées d’une pré-compréhension du texte liée à l’histoire subséquente de la chrétienté.

** Au verset 26, je ne comprends pas l’expression tòn díkaïon comme l’accusatif de l’adjectif díkaïos, "juste", mais comme celui d’un nom, tò díkaïon "ce qui est juste".

 

Du 17 au 23 octobre

 

Fastoche

Faut plus de flics, plus de gendarmes, plus de gardiens de prison (et plus de prisons), plus de juges, plus de médecins, plus d’infirmières, plus de places en université, plus de matériel pour eux tous. Etc. Et faut baisser les impôts.

 

Un sourire pour Martin

La Fête de la Réformation approche (on se demande bien pourquoi on l’appelle fête puisque personne ne fait la fête ce jour-là). Elle tombe le dimanche 30, dernier dimanche d’octobre qui remplace en effet la bonne date, le 31 octobre, lorsque celle-ci tombe en semaine. Modestie protestante : on ne va pas demander que cela apparaisse sur les calendriers.

Il s’agit du jour où, en 1517, Martin Luther afficha les Quatre-vingt-quinze Thèses qui devaient l’amener, à son corps défendant, à se trouver au départ d’un processus de réforme de l’Église connu aujourd’hui sous le nom de protestantisme (car le protestantisme est un processus).

Cette année, cette date devient le premier jour de la commémoration commune, œcuménique, mondiale, de la Réforme à l'occasion de son 500e anniversaire. À vrai dire, je me méfie un peu de ce majuscule coup d’encensoir. La Réforme, c’est plutôt quand l’amour de Dieu entre dans le cœur d’un ou d’une qui savait sa vie perdue. Faites passer.

Elle pourrait devenir la fête de la joyeuse liberté spirituelle des enfants de Dieu, mais bien peu se soucient de cela. En attendant, je propose à nouveau que ceux qui le souhaitent déposent ce soir-là une petite lumière, un humble lumignon, sur le rebord de leur fenêtre. Et envoient aussi un sourire à frère Martin.

 

Pépère

Il y a malgré tout quelque chose de rafraîchissant dans la façon d’être de Hollande, en tant que président. Quand on constate à quel point les autres sont fabriqués, bloqués autour de quelques attitudes et de quelques slogans, on peut se demander si finalement, foutraque comme il est, il n’est pas le plus honnête de tous ! Et même celui qui correspondrait le mieux au monde foutraque qui est le nôtre.

 

Puzzle ? Même pas

Ceci dit, j’ai bien écouté les sept mercenaires de la droite, plus la fausse blonde et le grand merluche, aussi les ex ministres de gauche, ainsi que quelques autres. Ne me manquent que le Macron en boite, mais c’est qu’il n’a encore rien dit, et le premier ministre, mais c’est qu’il ne peut encore rien dire. Eh bien je me suis arrêté à ceci : aucun d’entre eux ne me convient. Resterait Hollande, en fin de compte ? Pas plus.

Le droite, pour faire moderne, réinvente le XIXème siècle. L’extrême droite est toujours aussi bête quant au fond, quoique de façon plus intelligente quant à la forme. Les souverainistes n’ont rien de souverain.

La gauche socialiste est éclatée, même pas façon puzzle car un puzzle présente un ensemble à construire, or là, aucun n’a d’idées sur le fond, Montebourg et consorts compris, eux qui veulent changer l’Union européenne sans se donner les moyens de la changer.

Mélenchon tourne au péronisme de l’Est. Macron au giscardisme en moins chauve. Valls danse sur place la séguedille (du verbe castillan seguir : suivre). Hollande me fait marrer (voire me fait plaisir quand il s’en prend aux juges sarko-compatibles) mais la sympathie ne fait pas un dessein.

Pour le moment, voterais-je blanc ? Pas même… Je vote noir.   

 

Précision

Si Ménard est chrétien, si les initiateurs de la Marche pour Tous sont chrétiens, si Boutin ou Poisson sont chrétiens, si Marion Maréchal Le Pen est chrétienne, et ainsi de suite… 

Je ne le suis pas. 

 

Du 10 au 16 octobre  

 

Épître catholique

C’est pas souvent que ça arrive, mais le coup de la lettre des évêques, parole, ça m’a plu ! C’est à lire et faire lire.

 

Nobel

Moi j’aurais voté pour Dylan, contre l’avis des littérateurs patentés. Allez-y donc ! Écrivez d’abord des chansons que tout un chacun puisse rattacher à ses attentes, à ses craintes et ses espoirs sur la terre. Après cela, saluez le maître…

 

Dylan – Alep

Oui, combien faut-il d’oreilles à un homme 

Pour qu’il entende les gens qui pleurent ?

Oui, combien de morts pour qu’il apprenne

Combien sont nombreux ceux qui meurent ?

La réponse, mon ami, s’envole dans le vent,

La réponse, elle s’envole dans le vent.

 

Yes, ’n’ how many ears must one man have
Before he can hear people cry?
Yes, ’n’ how many deaths will it take till he knows
That too many people have died?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind
The answer is blowin’ in the wind

 

L’entonnoir sur la tête

ça y est, ils arrivent !, s’écrie Ménard sur une affiche destinée aux Biterrois. Il s’agit bien sûr de la venue d’une horde de migrants assoiffés de sang. En fait, des réfugiés épuisés, provenant de la Jungle de Calais et disséminés dans toute la France par le Gouvernement. Bref, ce qui arrive chaque jour un peu plus, c’est l’hystérie ou la paranoïa, ou les deux… C’est bien là qu’est le danger. Crions plutôt Au fou ! 

 

Du mythe à la légende

Les gens ont besoin de racines, dit-on. Ainsi hier matin, par exemple, dans l’émission télévisée La place des protestants (Présence protestante sur France2) consacrée au populisme. Mais les mots ont un sens auquel il convient de penser. Quand nous ne pensons pas au sens des mots que nous employons, ils pensent à notre place. Ce peut être dommageable, surtout lorsqu’ils sont prononcés dans un contexte lié au débat politique.

En l’occurrence, parler de racines à propos d’un peuple, c’est utiliser une métaphore botanique. Or user de métaphores est une bonne chose à condition de le faire consciemment. Sinon, elles rejoignent un ensemble plus ou moins conscient de représentations que l’on peut appeler une idéologie mais que je nommerai plus précisément un imaginaire collectif. Il est par construction inattaquable puisque perçu comme évident.

À propos des racines supposées d’un peuple, je rappelle donc que ce sont les plantes qui ont des racines, pas les humains. Se représenter les groupes humains comme des plantes, c’est "naturaliser" ce qui est politique. Ce n’est pas sans conséquences car tout ce qui provient du langage nous construit. Nos mots nous font. Or il convient de se persuader, par exemple à la suite de Roland Barthes, que naturaliser le politique est la définition même du mythe.

Le mythe a pour fonction de fournir, de façon métaphorique, une explication naturelle, liée à la nature, à ce qui est perçu comme l’ordre des choses au sein d’une société. Ce n’est donc pas par hasard qu’il utilise fréquemment les images d’animaux, de plantes, de terre, d’astres, pour construire ses récits.

Il prétend offrir ainsi à la société considérée un élément de son origine, donc de son être, de sa nature. Mais cela joue en réalité le rôle de justification de l’existant. Avec le mythe, ce qui existe devient ce qui doit exister, et qui ne doit pas changer parce que c’est conforme à l’origine, à l’être.

Il en est ainsi de l’usage de termes tels que "racines", "enracinement", etc., rapportés à une société. Il y est question pour celle-ci d’un retour à une origine perdue, ou qui risque d’être perdue. Une origine qui a des liens avec la terre elle-même, celle sur laquelle vit le peuple en question. Mais bien entendu, cette origine n’a jamais existé telle quelle, elle est une construction mythique faite d’éléments d’abord épars remixés en une image unique.

Cela empêche tout changement, toute créativité appliquée à lui-même concernant le groupe humain concerné. C’est qu’il s’agit ainsi de répondre au besoin de sécurité que ressent ce groupe lorsque son histoire s’emballe, le plaçant en situation de crise, devant un avenir incertain. Mais ce faisant, le mode mythique représente pour ce peuple un déni, un refus de son histoire présente, telle qu’il la rencontre réellement.

Or il est clair pour moi que ce ne sont pas les recherches des historiens actuels qui peuvent le rassurer sur ce point, concernant son passé et par conséquent son propre visage. Le discours explicatif qu’ils cherchent indéfiniment à construire n’a pas de pouvoir de persuasion tant il se présente, par définition et à juste titre, comme hypothétique, multiple et évolutif. 

Or un peuple a besoin de se raconter des histoires. C’est une constante au sein du fait humain. Des histoires qui, assemblées, donnent ensemble le sentiment d’une histoire collective. C’est ce que, au XIXème siècle, Michelet et Thierry avaient bien compris. M’inspirant de Hugo, j’appellerais volontiers légende l’histoire qu’ils colportaient. On comprendra que le terme est alors pris dans un sens positif, ce qui ne signifie pas que toutes les légendes se valent.

L’Histoire de France que l’on m’a enseignée à l’école de la IVème République était plus une telle légende qu’une histoire au sens scientifique du terme. Elle avait cependant à la fois l’avantage et le défaut incontournable de présenter un visage de notre pays auquel on pouvait se reporter et dans lequel on pouvait se reconnaître. Dans les temps difficiles, on se fait tuer parfois pour de telles images de soi. Comme on a vu.

Une légende n’est pas un mythe, elle se compose, non de métaphores naturelles, mais de récits dans lesquels ce sont des humains qui agissent. Ils le font toujours au bénéfice d’un nécessaire idéal collectif. C’est pourquoi Tous les pays qui sont privés de légende seront condamnés à mourir de froid, comme l’écrivait à juste titre le poète Patrice de la Tour du Pin. Un poète, notons-le bien…

Quand on compose une légende, on fait des choix. Ceux-ci confortent une vision de type politique, ou plutôt, comme on aime à dire aujourd’hui, citoyenne. La légende n’est évidemment pas la même lorsqu’elle préfère – entre de nombreux exemples possibles et dans le désordre – Vercingétorix à César, Jeanne d’Arc à Jean Moulin, Bonaparte à Paoli, Bugeaud à Abd el-Kader, Austerlitz à Valmy, Bossuet à Calvin, La Compagnie des Indes Occidentales à Victor Schœlcher, etc.

Il revient aux diverses cultures politiques de distinguer où se rencontre la légende de leur choix et de la présenter de bien des manières à l’ensemble de la communauté nationale. Ce qui est alors en question, c’est le visage que la Nation voudra se donner d’elle-même et présenter aux autres. J’emploie ici le futur car il n’est de bonne légende que celle qui ouvre toujours à nouveau une possibilité de se construire de façon collective.

Mais ce travail de création ne revient pas au Pouvoir installé. Il est de l’ordre de l’art. La légende a toujours été l’apanage des poètes, des conteurs, des romanciers, des dramaturges. Qu’ils se soient pris pour des historiens, qu’ils se soient donné les moyens de l’être aussi, ils sont des créateurs et c’est bien de création qu’il s’agit puisqu’il s’agit d’avenir.

Bref, un humain descend toujours de Caïn, il n’a pas de racines, son origine est perdue. Il peut se lamenter sur elle mais, au mieux de sa forme, il aime à se reconnaître plutôt en une belle histoire à mettre en œuvre. La chanson de geste de ses héros.

 

Du 1er au 9 octobre

 

Pro-russes

Une discussion sur Internet avec des partisans français de la politique de M. Poutine m’apprend beaucoup de choses : d’abord comment raisonnent les gens qui soutiennent la Russie quoi qu’il arrive (exemple : pour eux, le parti de l’étranger est celui qui soutient les Américains) ; ensuite, comment ils utilisent la théorie du complot (exemple : la presse occidentale ment en permanence dans le but d’asseoir l’hégémonie des États-Unis sur le monde) ; enfin ce qu’est leur rapport au réel (exemple : en réalité, les Russes n’ont jamais bombardé d’objectifs en Syrie).

 

Ouf !

Ce soir, invité du 20h de France2, Sarkozy m’a rassuré. Nous n’avons plus qu’un seul problème à résoudre, en France. Plus de chômage, plus d’industrie à relancer, plus de guerres à mener, plus d’État à réformer, plus de services de santé à améliorer, plus de difficultés scolaires, et ainsi de suite… Tout va bien ! Sauf sur un point, l’immigration (que l’on suppose musulmane). Mais Sarkozy est là.

 

Casques blancs syriens

Mon nom ne rime pas avec amour, comme celui de M. Zemmour, mais je respecte les gens qui sont prêts à mourir… pour sauver la vie des autres.

 

Le secret

Lequel de nos politiques, homme ou femme, saura articuler l’ensemble des questions qui se posent au pays autour d’un axe qui soit l’essentiel ?

Qui soit tellement au cœur des gens, dans leur ensemble, tellement accordé à la vérité des gens, que le plus grand nombre d’entre eux le ressentent comme vital, comme ce qui, pour eux, commande leur avenir, commande notre avenir ?

À mon sens, c’est la seule question qui vaille en ce qui concerne l’élection présidentielle, tout le reste est gesticulation.

 

Voter Juppé ?

Non, bien sûr, car Juppé, c’est la droite. La droite honnête et claire. Avec lui, on sait où l’on est : ailleurs, en ce qui me concerne, moi qui suis de gauche. J’attends donc, sans le voir encore venir (sans beaucoup y croire ?), le programme d’une gauche qui l’égalerait en solidité. Sans quoi, rien. Que du blanc.  

 

À libérer

L’image qui se trouve sur la page d’accueil de ce site représente le globe terrestre enserré par des fils de fer barbelés. C’est de bien des manières que notre planète est ainsi prisonnière, dans tous les domaines. Les humains et leur monde tout entier. Ou, si l’on préfère, le monde entier, y compris les humains. Ou encore : tout ce qu’il y a dans l’esprit des humains…

 

Rire amer

Les chrétiens à la sauce Poutine… Les chrétiens à la sauce George W. Bush… Les chrétiens à la sauce du Polonais Kaczynski… Les chrétiens à la sauce Maréchal-Le Pen… Les chrétiens à la sauce Boutin… (compléter ad libitum)… Bref, ce qu’on appelle des imposteurs.

 

Fantasmes

Rien à faire, dès que, de près ou de loin, il y a de la fesse, les curés de tout poil s’emparent du sujet. Peuvent pas s’en empêcher. D’où les déconnades sur la supposée théorie du genre dans les écoles françaises. Jusqu’au Pape qui se fait enfumer.

 

Du 26 au 30 septembre  

 

Natsionalnyï Front

Le FN, qui se présente comme le vrai parti national, soutient Poutine, fait affaire avec celui qui écrase nos alliés de ses bombes, et devient ainsi le parti de l’étranger. Национальный фронт !

 

Casse

Vous avez aimé Guernica, vous avez applaudi Dresde, vous avez adoré Hiroshima : Alep va vous plaire…

Signé : un ancien bombardé.

 

Emblèmes

On a connu autrefois le jupon de la Louise, on a aujourd’hui la liquette de Roissy.

Le 9 mars 1883, lors d’un meeting, Louise Michel arbore pour la première fois un drapeau improvisé à partir d’un vieux jupon noir fixé sur un manche à balai. Elle le fait en référence au drapeau noir des Canuts de Lyon et de la Commune de Paris. On a pris alors l’habitude d’appeler ce drapeau, affectueusement, le jupon de la Louise.

S’ouvre aujourd’hui, au tribunal de Bobigny, le procès de plusieurs syndicalistes d’Air France. En cause, une chemise déchirée (et quelques horions) lors d’une échauffourée entre syndicalistes et représentants de la direction.

C’est l’histoire de ces derniers, placés tout à coup au cœur de la violence sociale qu’ils ont ordinairement mission de réguler peinard. Ça fait mal. Mais qu’ils se rassurent, leur liquette est remplacée et leurs employés, déjà licenciés, seront punis.

Jusqu’au prochain vêtement mis à l’honneur… et que l’on n’espère pas sanglant.

 

Les Gaulois

C’est tout de même révoltant, cette façon qu’a Sarkozix de nous ramener à l’époque de ceux qui ont perdu la guerre !

 

Solides

Culte télévisé hier matin (France 2) dans le Poitou. Que de têtes blanches ! Faut-il s’en désoler et pleurer sur l’absence des jeunes ? Non. Ceux que l’on a vu hier sont des veilleurs, ils ont résisté à tout, ils sont là en témoins du possible à venir. Qui est paumé, qu’il aille les voir. 

 

Du 19 au 25 septembre

 

Clair et net

– Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli ?

– Je vous le dis en vérité : chaque fois que vous l’avez fait à un seul de ceux-ci, à moi vous l’avez fait. 

 

Histoire de France

Les Gaulois ? Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Cro-Magnon est en France ! Je propose donc que l’on remonte encore le temps et que tous les Français se déclarent descendants de l’homme de Cro-Magnon.

 

Matraquages divers

Molière n’aurait pas ridiculisé le type qui prononce milan le mot Mylan, mais plutôt celle qui s’enorgueillit de prononcer maïlane. Mais Molière avait sans doute mauvais esprit.

Félicitations à ceux qui, regardant assidûment la télé ces jours-ci, ont pu échapper à Guillaume Canet et Guillaume Gallienne.

 

Progression ?

On a cru qu’une union monétaire, avec la création de l’euro, amènerait ipso facto l’unité économique puis politique de l’Union européenne. Cela de la même manière que l’on a cru, depuis le XVIIIe siècle, que le progrès économique amènerait un progrès politique, social et moral.

C’est la même logique qui est suivie, celle qui isole les facteurs et place l’un d’entre eux, en l’occurrence l’argent, au point de départ de toute amélioration ou détérioration possibles.

Or cette façon de scinder et hiérarchiser les diverses valeurs qui unissent les sociétés humaines ne fonctionne qu’accidentellement et provisoirement – ainsi pour le Second Empire ou pour les Trente Glorieuses – grâce à la conjonction de faits historiques qui sortent de cette logique – par exemple la volonté de reconstruire le pays après une guerre.

On parlera alors de matérialisme, puisque la logique suivie part de ce que les marxistes ont appelé les infrastructures, utilisant une métaphore, tirée de l’architecture, qui considère une société humaine comme semblable à un bâtiment à construire, améliorer ou reconstruire.

(Recourir à une métaphore pour comprendre le réel et pouvoir ainsi agir sur lui n’est pas une futilité en soi, loin de là, car cela correspond à une caractéristique du fonctionnement souterrain de l’esprit humain. C’est toujours ainsi que l’on pense, au bout du compte. La question, c’est plutôt de se référer à une métaphore qui soit mieux apte que d’autres à rendre compte du réel.) 

Selon la logique sous-tendue par la métaphore architecturale, les éléments constitutifs du bâtiment qui reposent sur les fondations – le social, le politique, le moral, le religieux – ne peuvent évidemment tenir si les bases "réelles" viennent à leur manquer. À ce sujet, je citerai plaisamment le Psalmiste : si les fondements sont ébranlés, que peut faire le juste ?

À partir de là, on peut bâtir une science, l’économie, à classer dans la catégorie des sciences humaines, qui se préoccupera presque exclusivement des rapports qu’entretiennent les moyens de production et d’échange au sein d’une société ou de l’ensemble des sociétés.

Ainsi, pour reprendre la même métaphore, si l’on pourra concéder que le travail qui se rapporte aux fondations suppose d’autres raisons que la seule production – comme le plaisir ou l’enthousiasme provoqués par des facteurs externes –, on ne verra là qu’un aspect annexe.   

Il en va autrement si, changeant de métaphore, on imagine une société comme semblable à un organisme vivant. Toutes les parties sont alors interdépendantes, sans qu’aucune d’entre elles ne puisse être considérée de façon isolée dans l’exercice de ses fonctions propres.

Je note au passage que, selon cette seconde métaphore, on ne passe pas du matérialisme à l’idéalisme de la vulgate marxiste, mais on abandonne bien plutôt cette opposition binaire pour la remplacer par une série complexe d’autres oppositions ou relations possibles.

L’un des avantages de cette métaphore, c’est qu’elle fournit la clé de cette énigme : pourquoi les économistes se trompent-ils si régulièrement ? Ils se trompent, du moins la plupart d’entre eux et la plupart du temps, parce que, quelle que soit leur orientation politique, ils font travailler une métaphore qui ne correspond pas au réel envisagé.

Non que la seconde métaphore réponde absolument à la nécessité de représenter totalement le réel, mais elle a le mérite de produire plus de possibilités pour penser ce dernier que la première.

Et, supposant une forte capacité de tisser sans cesse des relations aléatoires, peut-être rappelle-t-elle que, loin d’être une science, la conduite des affaires humaines est un art.   

 

Du 12 au 18 septembre  

 

Sondage

On demande en substance à mille musulmans vivant en France s’ils pensent que le respect de l’islam est plus important pour eux que le respect de la loi de la République. Ce qui m’étonne, c’est que 27% seulement d’entre eux répondent que oui !

Moi, si on me demandait cela en remplaçant l’islam par l’évangile, je répondrais comme ces derniers. Exemple : si la loi de la République m’interdisait d’accueillir chez moi des réfugiés sans papiers, je le ferais quand même car l’accueil de l’immigré est une injonction biblique que j’estime fondamentale… Après ça, tant pis pour moi si je suis pris (c’est juste un exemple, je le souligne, car présentement je n’aurais plus la capacité pratique d’agir ainsi).

Il en va de même, je pense, pour le plus républicain des musulmans, la question étant de savoir quelle injonction de sa religion est fondamentalement plus importante pour lui qu’une éventuelle loi de la République qu’il estimerait contradictoire avec sa foi.   

Moralité : et si on arrêtait de poser des questions biaisées aux musulmans comme s’ils étaient moins citoyens que les autres ?  

 

Sarkozy

Il ne s’arrange pas. Son discours, accordé à son plan de campagne pour gagner la primaire de la droite, est un tissu de mensonges et de coups de menton. On sent bien que s’il devait redevenir président de la République il ne ferait rien de ce qu’il dit ces jours-ci. Non qu’il fasse mieux, d’ailleurs, je le pressens. La question n’est pas là : pour lui, il s’agit de parler plus fort que les autres. Tous les autres, la fausse blonde comprise. C’est peut-être ce désaccord entre ce qu’il dit et ce qu’il sait fort bien qui le rend aussi agressif ? Cela, en tout cas, le rend petit (et je ne parle pas de sa taille).

 

Laïcité…

Sors de là, semble dire aux humains le dieu de la Bible, dès Abraham, dès Moïse, sors de sous l’empire des seigneurs humain, constitue-toi à l’écart, avec moi pour seigneur, serais-tu assujetti à César et à ses lois.

Soumets-toi à mon empire et fais entrer tout empire sous ma loi, semble dire le dieu du Coran, afin que nul écart ne subsiste, que nul César ne me résiste, car je suis Dieu, moi seul. Serais-tu assujetti à César, impose-lui ma loi. 

 

Si le sel perd sa saveur…

J’écoute ce matin M. Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur et des Cultes. C’est un homme qui est propre sur lui, et ce qu’il dit aussi. Je serais d’accord avec lui sur tous les points si j’étais à sa place. Mais je n’y suis pas. Je me tiens autant que possible (toujours pécheur et toujours pardonné) dans la logique de la foi du Christ.

Pour moi, accueillir l’immigré quel que soit son statut fait partie de la pratique évangélique. Il ne s’agit pas de générosité mais d’efficacité dans le service. Que l’État fasse son boulot comme il l’entend, et que les croyants fassent tout autant le leur, ces deux services seraient-ils contradictoires.

J’ai conscience qu’écrire cela attirera des appels à rester raisonnable, mais je conseille à ceux qui le prônent d’aller se faire voir chez les Grecs (ceux, bien sûr, pour lesquels, selon saint Paul, notre foi était folie… à quoi pensiez-vous ?).

 

Visitation

Soyons kitsch ! Le jour où le Président du Conseil œcuménique des Églises viendra faire visite à la douce France, je lui conseillerai de s’habiller d’un rideau de couleur vive et de produire sans cesse un rire sénile. Moyennant quoi les plus laïques de nos médias l’encenseront quoi qu’il dise. Si tel, toutefois, est le but.

 

Activistes

Les obsessionnels peuvent être très dangereux lorsqu’ils ont acquis de puissants moyens de se faire écouter. Ainsi, si Zemmour ou Ménard (entre autres) étaient payés par Daéch, ils ne diraient ni n’écriraient rien d’autre que ce qu’ils publient ou éructent compulsivement. Il sont l’image même de l’Occident que les djihadistes salafistes aimeraient pouvoir susciter et généraliser. La bêtise noire face à la noire bêtise, sans autre, tel est le charmant paysage que tous ceux-là nous prépareraient si l’on prenait leurs délires respectifs au sérieux.

 

Du 5 au 11 septembre

 

Tristesse

Lu ceci sur une page Facebook : « Les vrais protestants ont quitté la Fédération protestante de France. » Cela fait suite à une remarque négative adressée à quelqu’un qui est allé à l’Assemblée du Désert dimanche dernier. Parmi ceux qui approuvent ces déclarations, on reconnaît certains qui se targuent d’être "huguenots". Voilà que nous avons un Bloc identitaire, maintenant ! La bêtise est partout.

 

Métier

À la question « À quoi doit servir un pasteur ou une pasteure ? », je réponds qu’il doit d’abord savoir, qu’elle doit d’abord savoir lire et parler. Tels sont les principaux gestes professionnels attachés à son service.

On me rétorque aussitôt, d’un air un peu réprobateur, qu’elle doit savoir aussi, qu’il doit savoir aussi écouter… Écouter, oui, bien sûr, bien sûr, qui le nierait ? Néanmoins, j’y mets un bémol.    

Une pasteure n’est pas un coach. Un pasteur n’est pas un confesseur, ni un aumônier, au sens courant du mot. Ce n’est pas une sainte femme ou un saint homme.

Si les gens qui pratiquent ce métier écoutent, c’est d’abord la voix des Écritures et la rumeur du monde, telle qu’elle leur parvient de toute part, certes aussi de leur communauté mais sans plus. Et même d’eux-mêmes, qui vivent ici et maintenant.

Dieu n’est pas présent au monde pour être gentil, la Parole de Dieu non plus. Les Écritures ne le sont pas. Le pasteur est là pour celles-ci, pour les entendre et les parler. Pour les dire.

C’est donc un métier. Il suppose une formation : qu’est-ce que lire, qu’est-ce que parler, qu’est-ce que dire ? Questions qui mettent en jeu une relation de sujet à sujet qui n’a rien à faire d’une bienveillance obligée. C’est une formation de l’être lui même, lui qui doit servir.  

 

Équilibre

L’identité de la France a toujours été sa capacité à établir un équilibre entre les éléments de son extrême diversité. Elle est une création de l’histoire, réclamant toujours un savant équilibre faute de quoi elle se délite, voire se décompose. C’est affaire de temps et de savoir-faire. Cela passe par des crises. Mais pour peu qu’il y ait du désir d’un côté, de l’équité de l’autre, elle intègre toute composante. C’est pourquoi elle a souvent changé de visage au cours des temps sans pour autant se perdre. Mais le risque est constant.

 

Échelle

Cette année, les dividendes versés aux actionnaires des groupes du CAC 40 ont déjà augmenté de 11,2 % sur une somme de quelques dizaines de milliards d’euros. Le smic net mensuel a augmenté en un an, lui, de 0.5 %, soit de 5,60 €.

J’aime bien ces comparaisons… Elles me rappellent une histoire de chameaux qui auraient à passer par le chas d’une aiguille. Et cette autre histoire, celle d’un mendiant nommé Lazare et de son voisin. D’autres encore. 

 

Du 1er au 4 septembre 

 

Sainte

Trois heures de canonisation, ce matin sur France 2, ça fait beaucoup pour un protestant… Mon Dieu, que les parpaillots sont de bon bougres, pour avoir abandonné leur petite fenêtre télévisée à ces solennités auxquelles ils dénient du sens ! Ou bien l’ont-ils échangée contre un temps plus long à venir pour rappeler l’Assemblée du Désert qui se tenait aujourd’hui ? Donc ça m’agace un peu… Non que Mère Teresa me soit antipathique, loin de là ! Ce n’est pas elle qui est en cause, témoin du Christ, elle, comme il y en eut peu.

Ce n’est pas non plus le terme de sainte qui me gêne, en ce qui la concerne. Certes, je suis luthérien, mais le parpaillot pur et dur se raidira devant l’usage de ce terme attribué à un être humain : Dieu seul est saint !, s’écriera-t-il. Or le linguiste, en moi, sait que le même mot peut avoir bien des sens. Personne n’a dit que la sainteté de cette femme avait la même signification que la sainteté de Dieu. Au sens biblique, la sainteté, au sein d’un peuple, connote plutôt ce qui concourre au règne de la paix et de la justice. Ce que, à sa manière, faisait Mère Teresa, du moins il me semble.

Non, ce qui me déplaît dans la canonisation d’un saint ou d’une sainte de l’Église de Rome – outre la pompe romaine qui me pompe l’air –, c’est que les catholiques prient les saints. Ils pensent par exemple à user des mérites de ces derniers quand ils constatent en manquer eux-mêmes devant Dieu. Cela ne passe pas chez moi, jamais je ne prierai un être humain, même mort ! Que signifierait le prier puisque mon salut est accompli, et par plus grand que nous autres ? Et que signifie cette comptabilité, ce troc qui mêle mérite et prière ? Dieu est-il comptable, lui qui a tout donné ? Mais je confesse ne pas tout comprendre, ni résonner, au sujet de cette spiritualité manifestement plus complexe que cela…

Nos saints à nous font leur boulot, puis ils meurent et l’on ne parle plus d’eux, sauf si leur existence propose un exemple à suivre. C’est en ce sens que Mère Teresa est sainte, même pour le protestant que je suis. Elle fait partie des nôtres. C’est que nous sommes tous saints, potentiellement – et chez elle, cette potentialité atteignait des sommets, à côté des funestes rigidités que l’on a pu lui reprocher.

Tous saints, potentiellement ? C’est bien l’usage du mot chez saint Paul : à tous les saints qui sont dans l’Achaïe, écrit-il par exemple aux chrétiens de Corinthe, sanctifiés en Jésus Christ, appelés à être saints. Si l’on parle de communion des saints, c’est là qu’elle se tient.

Mais pour finir, sainte, Mère Teresa, elle l’est avant tout, pour moi, par cette noche oscura qu’elle a souvent connue, cette nuit obscure dont parle saint Jean de la Croix, quand Dieu s’absente, qu’il ne répond plus, et quand plus rien n’a de sens, sauf à poursuivre sa tâche sans raison, à suivre son chemin sans y voir. Comme s’il était là. En gardant le sourire.

 

Simplement par amour

J’avais écrit par erreur cette méditation sur Luc 14.25-33 pour l’hebdomadaire Réforme.

Pourquoi ne doit-on pas aimer ceux que l’on est pourtant censé aimer ? C’est choquant. Mais comme souvent, cette pensée de Cohélèt, « le bon d’une parole est dans sa fin », est éclairante, elle qui parle de la visée d’une parole, du but vers lequel elle conduit l’auditeur. Or ici, le mot de la fin parle de renoncement à toute possession.

Ne pas aimer ce qui ou ceux qui sont pour vous une possession. Un bien. Père, mère, femme, enfants, frères et sœurs vus comme des propriétés… Ce dont il s’agit, c’est de ne pas aimer la possession de cela ou de ceux-là. C’est alors à soi en tant que possesseur que l’on va renoncer.

Socialement, tout de même, c’est un saut dans le vide ! Que sont devenus ces prochains pour celui qui suivait Jésus sur les routes de Galilée ou de Judée ? Toute une conception de la société d’alors est remise en question, celle qui pensait un être humain comme homologue à son groupe, comme chaînon indispensable d’une lignée, comme partenaire obligé d’un contrat de dépendance mutuelle.

S’établit là une liberté de la relation, où chacun est ce qu’il est face à l’autre. Où les liens nés des histoires vécues ensemble, ce que les Écritures appellent souvent la chair, n’emprisonnent pas, n’obligent pas. Où, cas limite, tu peux donc partir, tout laisser…

Il existe tout de même un bémol : en ces lieux et en ce temps-là, la grande famille traditionnelle colmate les brèches dues à ces départs. Reste cependant une déchirure à subir et faire subir.

Mais on n’est pas obligé de s’infliger cela, de sortir de la famille, du clan, de la tribu, de la foule, on peut ne pas aimer le messie à ce point. Mais faire semblant, non, cela ne se peut, et c’est bien ce qu’il dit à ces foules enthousiastes qui le suivent, lui qui s’avance, ayant durci sa face, écrit Luc, vers le sacrifice qui l’attend.

Et cela me pose question. J’ai l’impression qu’au fond, il ne demande pas tant que cela à avoir de nombreux suiveurs, le Jésus de Luc. Qu’il ne croit pas trop cela possible. C’est sans doute que ce discours s’adresse à des gens, à des communautés qui se trouvent réellement devant ce choix : le retrait ou la croix.

Oui, j’ai l’impression qu’il préfère peut-être y aller seul. Et pourquoi pas, après tout, car rien dans ses paroles-là ne semble indiquer que celui ou celle qui le suivrait jusqu’au bout y gagnerait quoi que ce soit qui ressemblerait à un salut. Seul jouerait pour eux le désir de le suivre. Simplement par amour.

Oui, il se pourrait qu’une seule croix suffise, ait suffi. Que rien ne soit à gagner, qu’on ne soit pas dans le calcul. Et que le programme offert au croyant soit l’amour de celui-là. Et alors, jusqu’où ? À chacun de le dire pour soi.  

 

Dénis

Dans l’Obs d’aujourd’hui, Jean Daniel écrit que les Français ne se sont pas encore résolus à être ce qu’ils sont, à savoir une société multiculturelle. C’est à mon sens l’un des trois principaux dénis que nos politiques entretiennent.

Les deux autres sont, d’une part, le déni de l’urgence écologique associée à la révision du concept économique de croissance, et d’autre part la nécessité d’une complète intégration européenne.

Ces trois dénis expliquent la navrante pauvreté du débat politique qui prépare dès maintenant l’élection présidentielle. Trois questions majeures restent ainsi pendantes, remplacées par de fausses évidences : Qui sommes-nous ? Que ferons-nous ? Où allons-nous ?

Ce triple courage est cependant exigé en urgence : refonder un lien national fraternel en fonction de l’évidente diversité ; entamer la reconversion de l’économie ; relancer le projet européen.

 

Précision

Considérer la France comme un pays multiculturel n’a rien à voir avec le multiculturalisme, qui milite le plus souvent pour qu’un droit particulier soit accordé à certaines religions. Il s’agirait alors de fonder nos règles de vie collective sur des bases plurielles, chacune reconnue comme normative. Pour moi, au contraire, la question concerne nos mentalités, non le droit. Il s’agit de reconnaître sereinement le fait de la présence de cultures diverses dans l’espace républicain et de tisser du lien entre elles, ceci dans le cadre unique du droit commun. 

 

Du 22 au 31 août

 

Doctrine vs Parabole

Je lis "l’évangile" de dimanche prochain, Luc 15, la parabole des deux fils, le dévoyé et le réglo, et je me demande une fois de plus pourquoi Paul ne mentionne-t-il pas, n’utilise-t-il pas ces paraboles du Christ, tellement parlantes ?

Et même, pourquoi n’invente-t-il pas lui aussi d’histoires de ce genre au lieu de se façonner un enseignement doctrinal à la demande ? Il semble qu’il n’ait connu du parcours de Jésus que les éléments de base d’une doctrine, en effet : incarnation, crucifixion, résurrection, ascension, retour…

Paul écrit le premier, pour ce qui regarde les textes retenus dans le Nouveau Testament, environ vingt ans avant la parution des premiers évangiles, soit le temps d’une génération. Où l’on voit que, les premiers témoins désormais sans voix, l’enseignement du message de la foi chrétienne semble s’être diffusé d’abord de cette manière prédicative, doctrinale, avant de revenir, dans un second temps, sur l’oralité première, existentielle, porteuse de corporéité, du Jésus des évangiles.

En un sens, on a cru avant d’entendre. Et si le Jésus des évangiles n’était alors que la personnification ultérieure d’une doctrine du salut ? Je crois plutôt que nos doctrines, y compris les pauliniennes, ne sont que les interprétations variables de l’expérience existentielle du Jésus de l’histoire, cet homme-parabole de chair et de sang. Une expérience vécue, interprétée et reconstituée avec art pour être racontée.

 

Beuze

En démissionnant, Macron a chassé le burkini de nos infos, c’est déjà ça ! Mais les milliers de mort d’hier, en Méditerranée, n’en ont pas profité, ils n’ont pas fait le buzz. Quelle info va maintenant chasser Macron ? Suspense… Mais patience, ça vient !

 

Le grand remplacement

La rentrée des classes approche. Les enfants vont arriver à l’école et ils vont apprendre un tas de choses. Par exemple que le y se prononce i et que a+n, cela fait an. Ensuite, à la radio, ils entendront une pube qui ridiculise le gars qui prononce milan le médicament Mylan, vu qu’il faut dire maïlane...

C’est un tout petit exemple de l’imprégnation progressive de nos esprits par l’américanophilie ambiante. Il fut un temps où l’on francisait les termes étrangers, où un Landsknecht devenait un lansquenet, un reading coat une redingote, un tülbend un turban, puis une tulipe, etc. Aujourd’hui on anglicise le français.

Croyez-moi, l’invasion que certains redoutent est bien là, mais elle n’arrive pas par le Sud…

 

Gitans

Les gens du voyage de la mission évangélique Vie et Lumière prêtent leur terrain de Nevoy (Loiret) à l’État pour y installer des réfugiés syriens le temps qu’ils effectuent leurs démarches administratives. Où esprit civique et esprit évangélique se rencontrent en toute laïcité.

 

Pléthore (à gauche)

Je suis habitué à voter à gauche. Eh bien je suis bien plus verni, aujourd’hui, que ceux qui votent à droite car on m’offre déjà un choix de candidats déclarés bien plus large que celui qui leur est présenté. Voici ce choix, d’ailleurs encore incomplet :

Arthaud, Bennahmias, Duflot, Filoche, Hamada-Hamidou, Hamon, Jadot, Lassalle, Lienemann, Mélenchon, Montebourg, Poutou, Raton-Laveur, Rivasi, de Rugy, Troadec.

Liste à laquelle il faudra sans doute ajouter, entre autres candidatures toujours possibles, Hollande ou Valls, voire Macron. Ne voilà-t-il pas déjà de quoi rêver à la victoire ?

– Pour les joueurs : dans cette liste, trouver l’intrus. 

 

Critères (à droite)

Revenir sur le droit du sol, supprimer le regroupement familial des immigrés, mettre en œuvre d’autres mesures encore, toutes destinées à défendre et promouvoir l’identité de la France ? Mais l’identité de la France n’a-t-elle pas reposé en bonne partie sur sa capacité à intégrer de nouveaux venus ?

Certes, pensera-t-on (en espérant pouvoir le dire tout haut un jour), des nouveaux venus, bien sûr, mais de préférence… catholiques !

Bon. Alors des Indiens latinos, des Philippins ou des Africains, pourvu qu’ils soient de bons catholiques ? Euh… Certes, des catholiques, pensera-t-on, mais de préférence… blancs !

Trop tard ! Ils ne fallait pas se lancer dans cette part importante de l’identité de la France, la colonisation de tous ces pays où les gens ne sont ni catholiques ni blancs !

 

Abaissement

Dans une émission supposée satirique, Nathalie Kosciusko-Morizet s’est fait traiter de menteuse en direct par une chroniqueuse aux dents longues. Bien fait. Les politiques qui courent ce genre d’émissions, dont le but premier est de rire, voire de ricaner, doivent s’attendre à se faire ridiculiser. C’est leur affaire, mais ce faisant, ils rabaissent la politique, ce dont on n’a vraiment pas besoin ces temps-ci.

 

Douchkini

Je tiens à faire savoir que si je prends ma douche à poil et sans témoin, ce n’est pas par peur d’offenser le Seigneur ni qui que ce soit d’autre, mais parce que je ne m’appelle pas Cary Grant (ainsi dans le film Charade) et ne trouve pas malin de mouiller et savonner mes vêtements, même pour plaire à une dame.

 

Libres ?

Le choix de son apparence et de sa vêture n’est pas toujours volontaire, même quand on le pense tel. En ce domaine, à quel moment et dans quelles conditions cède-t-on à l’intimidation ou à la coercition, au désir de provocation ou au panurgisme, ce besoin d’imiter ?

Personne n’a contraint des centaines de milliers de femmes à se poster seins nus sur les plages quand c’est devenu la mode. Étaient-elles alors libres de leur corps ou se sentaient-elles obligées de faire comme les autres ?

Cette question vaut aussi bien pour les nombreux hommes qui, depuis quelques temps, se sont mis d’un coup à se vouloir barbus, que leur barbe soit de trois jours ou plus fournie.

Plaignons le représentant de l’autorité qui devrait en décider en temps et en lieu. 

 

Courir devant

Qu’une république laïque se laisse sans cesse amener de force à traiter de religion – musulmane aujourd’hui, catholique ou évangélique il y a peu – est le signe d’une faiblesse spirituelle. C’est la culture et l’histoire dont elle devrait s’être saisie par avance au lieu de courir derrière les provocateurs confessionnels de tout poil. Chez elle, la République se doit de s’arroger l’hégémonie culturelle, tout en faisant place de façon objective, pacifique et raisonnée aux diverses cultures présentes sur son territoire, parmi son peuple.

Dans la République, les confessions religieuses sont minoritaires par construction, quel que soit le nombre de leurs adeptes. Lorsque leurs convictions amènent certains de leurs membres à se conduire de façon contraire à la culture républicaine, ceux-ci n’ont qu’à prendre le risque de souffrir pour leur foi (c’est, par exemple, ce qu’ont fait nombre de protestants sous Vichy) en attendant de s’exprimer par leur vote une fois la chose possible… ou de s’exiler.

PS : dans cette perspective, s’attaquer à quelques femmes en burkini, provocatrices ou non, c’est prendre les choses par le plus petit côté, et de plus c’est trop tard : il ne reste qu’à noyer l’affaire (il s’agit d’ailleurs d’un costume de bain !) au lieu de la monter en épingle.

 

Arabe

Dans la même ligne, je prétends depuis des années que la France a raté un coche en évitant de développer l’enseignement de l’arabe à l’école laïque, à côté de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol, etc., et de profiter ainsi, pour enrichir son aura dans le monde, du nombre important d’enfants dont l’arabe est la langue de la maison. Ainsi, la langue arabe aurait été, de plus, déconnectée de l’islam dans l’esprit de ces enfants.

 

Punir Gribouille ?

La bêtise ne saurait constituer un délit. Cela vaut pour celle qui consiste à se baigner tout habillé(e). On dira sans doute qu’il faut toutefois sanctionner ce qui peut provoquer un désordre dans l’espace public ? Dans ce cas, les auteurs de nombre de déclarations politiques seraient passibles de sanctions. Sans parler de celles de quelques responsables religieux…

 

Obsession 

Ceci posé, la querelle publique autour du burkini – offense à la laïcité versus liberté du choix personnel – ne doit pas faire oublier qu’il s’agit une fois de plus du corps des femmes, installé une fois de plus en objet (consentant ou non). Burkini ou mate-mon-cul : même combat.

 

Absence

On me met sous les yeux la photo de cette statue genevoise représentant, dit-on, les Pères de la Réforme. Et comme à chaque fois, me vient cette pensée : sacré Luther, va ! Il a encore réussi à se faire la paire ! 

 

Perte

J’aime bien cette pensée, trouvée en 1987 dans le journal La Besace : « Il y a de moins en moins de gens qui ont la foi et de plus en plus de gens qui ont la vérité. C’est curieux comme la foi se perd plus facilement que la vérité. »

 

Acharnement

Pour le moment, je dénombre six candidats de gauche, à la primaire ou non, sachant que ni Hollande, ni Valls, ni Macron ne se sont encore prononcés. Au bout du compte, il y en aura sans doute une petite dizaine. C’est ça la démocratie, le peuple va choisir. Ou alors c’est ça la zizanie, le peuple va fuir. Ou alors c’est ça la cocasserie, le peuple va rire.

 

Du 15 au 21 août

 

Stupides

Si le burkini me choque, c’est d’abord parce que c’est très con d’aller se baigner tout habillé.

Conséquence : ceux qui préfèrent que les femmes soient des connes et celles qui préfèrent se montrer elles-mêmes en tant que connes sont de sombres imbéciles. On n’a pas assez souligné la racine de la méchanceté des salafistes : leur bêtise. Et l’on n’a pas assez usé, à leur égard, de cette arme : pointer du doigt toujours et partout leur ridicule. 

 

20 août    

 

La vraie tenue islamique ?

J’ai vu un jour une jolie jeune femme d’origine, semblait-il, maghrébine porter le foulard islamique par en haut, et une mini-jupe au ras de la culotte par en bas. De très belles jambes, d’ailleurs.

C’était Porte-de-Bagnolet, Paris XXème, il y a cinq ans, là où le coiffeur tunisien offrait le café et où le restau de quartier  était hallal. Un jeune homme qui semblait de la même origine l’accompagnait gentiment, ils discutaient et riaient en traversant la rue Belgrand sans que personne ne fasse attention à eux. Un beau souvenir.

On me dit que cette façon de s’habiller est devenue assez courante dans les banlieues et les quartiers. Tant mieux ! Je trouve qu’elle témoigne d’une excellente capacité à se situer, par rapport aux violentes pressions qui s’exercent de part et d’autre, qu’elles soient islamistes ou laïcardes, sur les jeunes filles et les jeunes femmes de culture musulmane.

 

Assomption ?

De quelle Marie – ou plutôt Mariam – parle-t-on, en ce 15 août ?

Est-elle, comme dans l'évangile selon Jean, cette femme qui sait son fils capable de miracles, mais qui le regardera mourir sans pouvoir sur la croix ?

Ou bien Mariam est-elle, comme dans l'Évangile selon Marc, cette femme de la campagne qui quitte son bourg pour venir interrompre, alors qu’il parle aux foules, ce fils au parcours dérangeant ?

Peut-être est-elle, Mariam de Nazareth, simplement la jeune épouse de Joseph, un descendant des rois de Judée. La petite fiancée serait enceinte des œuvres d'un souffle divin ? Homme juste, il l’épouse. C'est le point de vue très sémitique de l'évangile selon Matthieu.

Mariam est-elle encore, dans son humilité, la préférée du Seigneur Dieu. Indûment préférée d’ailleurs, puisque sans mérite. Celle que, dans l'Évangile selon Luc, un messager vient visiter. Vierge image d'Israël, comme l'écrivaient les prophètes.

Mariam est alors icône de l'espèce humaine quand celle-ci accueille le don de Dieu, accepte sa grâce et son pardon, jubile de sa présence. 

Elle est celle dont le sort, pour ce qui est de la Bible, fut d’être l'objet d'un don gratuit avant de se perdre, une fois le devoir accompli, dans l'anonymat des communautés priantes. Comme il se doit.

Mariam, objet heureux d'une grâce qui, aussi, ne peut que coûter à qui en est l'objet.

 

Du 8 au 14 août

 

La tête au carré

Si j’ai bien compris, ce ne sont pas tellement les juges qui ont refusé l’élargissement de Jacqueline Sauvage, mais plutôt les psys… Ils l’ont jugée psychologiquement mal préparée. Signe des temps, on avait déjà le contrôle au faciès, maintenant on a en plus le contrôle au derrière le faciès.

 

Regretter ? 

Je note que si le droit du sol n’avait pas eu cours à l’époque de son père, Sarkozy n’aurait jamais été élu président de la République française… Et combien de futurs Sarkozy nous manqueraient si nous écoutions désormais Sarkozy ! 

 

Aménité

Le CIO est un fervent sectateur des principes évangéliques, il pratique le pardon des péchés, d’où la présence de sportifs russes à Rio. Les athlètes chinois peuvent dont être tranquilles même s’ils pissent bleu. En revanche, je ne donnerais pas cher de la survie olympique d’un compétiteur monténégrin, par exemple, qui prendrait de l’aspirine…

 

Mosquées ?

Ces temps-ci, les Pouvoirs publics et, par suite, nos médias, s’intéressent beaucoup au financement des mosquées. Plus généralement, on se préoccupe beaucoup de l’islam en France. Bien sûr il y a des raisons à cela, comme on sait… Néanmoins, ce n’est pas le nombre des musulmans qui augmente dans notre pays mais celui des chrétiens dits évangéliques (il vaudrait mieux parler d’évangélicaux, à partir du terme anglais evangelical). De même, c’est la création du nombre croissant des besoins de ces derniers en lieux de culte qui est problématique. Mais pour nos médias, comme on sait, il n’existe en France que deux religions (plus une), la catholique et la musulmane (plus la juive). 

 

Du 1er au 7 août  

 

Synthèse

On commence à parler des primaires à gauche. Hollande évoque une synthèse – c’est bien de lui – entre les différentes sensibilités de gauche. Les uns pariant sur une économie de l’offre et les autres sur une politique de la demande, ils ne sont pas près de se mettre d’accord. Je note néanmoins, pour aider, que la synthèse de l’offre et de la demande pourrait être l’offrande, mais je me demande si c’est bien à la mode du jour…

 

Fanatisme

Dans les médias, on lit ou l’on entend souvent que toutes les religions portent en elles le fanatisme et l’exclusion. On ne saurait le nier, mais pourquoi limiter cette observation au domaine religieux ? Ne s’agit-il pas de potentialités que portent en elles toutes les institutions disposant d’un pouvoir sur les gens ? 

 

Vous avez dit scientifique ?

Dans un article intitulé Vers la « neuroligion » paru dans Le Monde  daté du mercredi 3 août, le professeur Lionel Naccache se demande si le développement actuel des neurosciences va fournir la clé des phénomènes religieux. Article éclairant et mesuré, et qui permet sans aucun doute d’ouvrir un nouveau champ à la recherche.

Il peut cependant laisser penser que le savant s’engage un peu plus loin que ne le permettent les limites du discours scientifique. Celui-ci, en effet, ne s’intéresse qu’aux faits construits, démontrables et reproductibles. 

Or on trouve dans l’article cette phrase aventureuse : « nous pouvons […] nous demander comment l’étude du fonctionnement cérébral permet de produire un discours explicatif du fait religieux. » Aventureuse en ce sens qu’elle peut laisser supposer, en creux, que le domaine auquel se réfèrent les religions n’aurait pas d’existence réelle.

Si c’est le cas, on se demande alors sur quelles bases scientifiques Lionel Naccache se fonderait pour tenir pour évident que Dieu, simple exemple, n’existerait pas. Il n’en proposerait aucune, dévoilant ainsi à son insu que son discours reposerait sur une intime conviction qui, pour être largement partagée, semblerait cependant de nature… religieuse ?

Il y a donc là une question de méthode à préciser et une obscurité à dissiper en ce qui concerne le lien des faits neurologiques qui seraient propres aux croyants, d’une part, et d’autre part les possibles réalités qui sont posées alors en référence.

Pour prendre un exemple, si l’on observe un lien entre épilepsie et crise mystique, la question est de savoir si l’épilepsie peut causer la crise mystique ou si, inversement, le fait mystique, considéré comme premier, peut causer une crise neurologique de type épileptique ?

On voit là posée la condition première que rencontre toute étude scientifique du fait religieux : une totale absence de jugement à porter sur la réalité de ce à quoi se réfèrent les représentations rencontrées.  

 

Mosquées

Nous sommes sous le régime de la laïcité, donc les Pouvoirs publics ne peuvent pas financer la construction de mosquées. Certes. En revanche, il est parfaitement accepté que la plupart des églises et nombre de temples appartiennent à l’État ou aux communes, qui les mettent gracieusement à disposition d’organismes confessionnels chrétiens. On pourrait donc parfaitement concevoir que les collectivités territoriales puissent mettre ainsi certains de leurs locaux à disposition d’associations musulmanes dûment déclarées et légalement administrées. 

 

Œcubénisme

Eh ben tout à coup, je comprends pourquoi, à propos de ces rencontres fraternelles islamo-judéo-catholiques qui ont très heureusement fleuri ces jours-ci dans toute la France, il n’est jamais question des protestants. Il a dû y en avoir mais imaginez la gueule de nos journalistes, eux qui se découvrent tout à coup fascinés par les aubes et les soutanes, si une pasteure en pantalon s’était pointée au milieu de tous ces mecs en robe… Mais j’ai évidemment très mauvais esprit. Je m’en repens. C’est qui, déjà, le saint patron des journalistes ?

 

Stéphane Pahon

Pour la deuxième semaine consécutive, je place une œuvre de Stéphane Pahon sur la page d’accueil de ce site. C’est un ami, certes, mais ce qui me motive avant tout c’est la qualité de son travail. J’invite qui le pourra à se rendre sur l’une de ses pages Facebook, ou plus généralement sur Internet, pour s’en rendre compte et, si possible, pour l’aider à vivre de son art.

 

Du 25 au 31 juillet   

 

Prophétie

En 1988, dans Le Bluff technologique, Jacques Ellul décrivait ainsi, de façon apocalyptique, notre époque actuelle : « Il y aura un terrorisme tiers-mondiste qui ne peut que s’accentuer et qui est imparable dans la mesure où les "combattants" font d’avance le sacrifice de leur vie. Quand tout, dans notre monde, sera devenu dangereux, nous finirons par être à genoux sans avoir pu combattre ».  

On admire beaucoup cette capacité de prévision, oubliant d’ajouter que, pessimisme calviniste pas mort, Ellul n’a pas imaginé la possibilité de réactions positives dont peuvent faire preuve les humains, comme celles dont l’Afrique du Sud allait être le théâtre, ce pays dont il annonçait l’écroulement…  

 

Confusion

Clinton, clinton… C’est bien le nom de ce cépage cévenol qui produit le vin qui rend fou ?

 

Tristesse  

Face aux malheurs de la Nation, regarder la droite se déshonorer ne me réjouit en rien.

 

Du 19 au 24 juillet

 

Ingratitude

Ce matin, j’expérimente une fois de plus la justesse de cette maxime du sage Nasr ed-Dîn : « Qui veut faire le bien d’un rosier doit s’attendre à saigner ». Il me semble que l’on peut en étendre la validité à bien d’autres domaines…

 

Putride

On sait la droite riche, depuis Pasqua, en officines chargées des coups tordus : ces temps-ci, Cazeneuve pourrait bien faire l’expérience de leur nocivité.

 

Nostalgie

Les trains de nuit vont être supprimés… Je me souviens que c’est au cours d’une nuit passée dans le Paris-Montpellier, douze heures de couchette ou de couloirs, que j’ai créé, au rythme du tac-tac-tac des roues sur le rail, un long poème que je me suis hâté de porter sur le papier dès mon arrivée. Il s’appelle Le chant du père inconsolé. Je venais de perdre mon fils François quelques mois plus tôt, en septembre 82.

 

Du fragment

Certes, ayant fait des études de théologie et de lettres, j’ai été amené à aborder les Écritures bibliques avec tout le sérieux ecclésiastique et académique. Néanmoins, j’ai assez tôt fait un pas de côté à ce sujet pour sortir de ces points de vue et adopter une visée et une pratique qui se sont avérées décalées. Cela m’a amené à aborder, à propos de ces Écritures, des disciplines tout autres que celles qui ont droit de cité à l’Université comme, le plus souvent, à l’Église. En conséquence, il m’est quasiment impossible de rédiger quelque chose qui s’apparente à une thèse, à un essai, encore moins à un pavé. Sur ce plan, mon domaine est celui du collage de fragments. C’est pourquoi je me considère plutôt, en tout cas pour ce qui intéresse mon véritable travail biblique, comme un autodidacte. Je me reconnais donc dans ce passage d’un livre de Fabrice Luchini :

« Le fragment, c'est le propre de l'obsessionnel, de l'autodidacte. […] Inconsciemment, l'autodidacte plaît énormément, parce qu'il n'y a pas l'emprise universitaire du « très bien », du capable de parler de tout comme tous les gens de l'ENA […] L'obsessionnel (et l'autodidacte) est extraordinairement limité. Sa culture a été acquise à la force du poignet. Mais il peut témoigner, parce que ce qu'il connaît, il le connaît en profondeur et ça l'habite. Quand il trouve un métier, un instrument, ça lui permet de prolonger ce travail long et pénible. »

(Comédie française – ça a débuté comme ça…, Paris, Flammarion, 2016, p. 213.)

 

Du 11 au 18 juillet  

 

Indécence

Ah c’est bien le moment de polémiquer ! C’est bien le moment de chercher à affaiblir l’autorité du Gouvernement aux yeux de la population ! La droite, dont on voit mal pourquoi elle ferait mieux, devrait pouvoir garder un peu de pudeur. Surtout quand on se souvient de sa pratique budgétaire touchant aux forces de l’ordre. Ces gens sont bien pressés…

 

Restons calmes

Face à un massacre comme celui de Nice, et face aux massacreurs, je crois qu’il faut rester calme, et regarder froidement ces choses qui nous tombent ou peuvent nous tomber dessus.

Bien entendu, cela ne se peut que lorsqu’on n’est pas en prise directe avec ces actes, mais dans tous les autres cas, on n’arrange rien en se répandant en lamentations ou en accusations.

L’objectif de cet organisme totalitaire qui se nomme lui même État islamique est simple, il consiste en la destruction de tout ce qui n’est pas lui. Vaste entreprise qui aboutira, à l’inverse et en conséquence, à sa propre disparition.

En attendant cet aboutissement, chacun de nous, surtout se trouvant au sein d’une foule à massacrer, est la cible. Statistiquement, il n’existe aucun moyen d’éviter que le désastre se déclenche ici ou là.

Cela soulage les uns ou les autres de réclamer plus de sécurité, par exemple plus de militaires dans les rues, mais c’est sans pertinence en pratique. À tel ou tel endroit, trois troufions armés n’arrêteront pas un massacre longuement préparé.

C’est pourquoi le plus raisonnable est de considérer cela comme nous considérons habituellement le risque d’accident de voiture, de car, de train, ou d’avion… C’est aussi une façon d’exprimer notre mépris à l’égard des sinistres imbéciles qui se tuent pour mieux tuer.

Tout ce qu’on peut espérer par ailleurs, c’est que le repérage des risques se fasse sérieusement en amont, et qu’en aval, la vitesse de réaction des forces de sécurité et des secours soit maximale. C’est à cela, je pense, que nos autorités doivent s’attaquer, plutôt qu’à la militarisation de nos rues.

 

C’est la guerre

Au temps de la Guerre d’Algérie, notre gouvernement refusait justement de parler de guerre, ce qui aurait laissé penser que l’adversaire combattait au nom d’un État. C’était tout à fait absurde, comme on a dû le reconnaître ultérieurement.

On retrouve la même absurdité aujourd’hui : les hommes armés qui nous combattent le font au nom d’un organisme qui se targue d’être un État, ce que nous ne reconnaissons pas, aussi leurs actions ne peuvent-elles être considérées par nous comme des actes de guerre.

Dans les zones géographiques où il s’est installé, nous combattons militairement l’ennemi de façon systématique, nous le bombardons, le mitraillons, le faisons sauter, abattons ses chefs un à un, mais nous ne sommes pas en guerre contre lui dès qu’il agit chez nous…

C’est pourquoi ses agents sont justiciables du droit civil ordinaire quand ils sont pris. C’est aussi pourquoi on ne peut les inquiéter préventivement sauf à recourir à des mesures d’urgence fort discutables.

Il serait plus intelligent, je pense, de les considérer comme soldats ennemis et de les traiter comme tels. Il en serait ainsi de toute personne qui aurait apporté son appui à l’ennemi, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos frontières, et ceci quelle que soit sa nationalité.

À la guerre, on tue l’ennemi ou on le fait prisonnier. C’est ainsi. Au mieux, on tente de le retourner, ou de lui extorquer des renseignements (et là, chez nous, on ne le torture pas…).

On me dira que tout cela, cette logique de guerre, est à la fois stupide, cruel et porteur de violences ultérieures. J’en suis bien d’accord. Mais quand on a laissé s’installer une situation de guerre, l’autre choix consiste à laisser l’adversaire agir à sa guise.

 

On a ga-gné !

En mai dernier, bien que privée de plusieurs de ses vedettes, l'équipe de France de Foute féminin s'est qualifiée pour l'Euro 2017 en battant l'Ukraine à Valenciennes par 4 buts à 0. Ceci après une série de matches de poule au cours de laquelle elle a marqué quatorze buts sans en prendre un seul. Les mecs peuvent toujours s’aligner…

 

Ouaille note

Quand on entend parler Trump ou Johnson, entre autres, on se demande comment il se fait que leur anglais passe pour supérieur au français, au point qu’on saupoudre sans cesse le second du premier comme on le ferait, de gros sel, une savoureuse omelette baveuse.

 

Battus

Sûr que j’aurais préféré, et de loin, que l’équipe de France remporte cette finale de l’Euro, mais il ne faut pas exagérer les regrets, en gagnant on aurait pu se croire… Alors tant qu’à faire, autant que ce soient nos cousins portugais qui aient réussi, d’ailleurs de belle manière. 

 

Du 1er au 10 juillet   

 

Meilleurs ?

Je reviens sur le match Allemagne-France et la réaction de Löw, l’entraîneur allemand : « Nous avons été les meilleurs mais nous avons perdu ». Il s’est trompé, car il ne suffit pas de dominer en déroulant une mécanique impeccable, il faut marquer, et pour cela il faut disposer de buteurs, ce qui n’était pas le cas de l’équipe allemande. Une voiture superbe à laquelle manque une pièce ne risque pas d’avancer.

 

Itinéraire politique

Dès que j’ai pu penser en termes politiques, vers mes quinze ans, je me suis senti à la foi communiste et libertaire. Je suppose qu’à mes yeux, le PC de l’époque ressemblait trop à l’Église catholique d’alors… Néanmoins, je me suis frotté au marxisme sans que cela m’éloigne en rien de l’Église protestante.

Vers la trentaine, au milieu des années soixante, j’ai abandonné toute confiance à l’égard du marxisme version léniniste et, avec le PSU, Rocard et la cfdt, je me suis tourné vers le socialisme autogestionnaire, tendance anarcho en ce qui me concernait.

Sur le plan intellectuel, je n’ai jamais dévié depuis, même si, au cours des temps, j’ai dû soutenir faute de mieux les mitterrandiens. Mitterrand lui-même puis ses épigones, notamment Ségolène. Et Hollande jusqu’en 2014. Dur métier.

Aujourd’hui, je reste fidèle à la visée anarchiste, au sens propre du terme. Un long et beau travail pour les générations à venir comme je l’ai exposé rapidement en mai dernier dans un de mes textes du Journal 2016. Mais dans l’immédiat et sur le papier, seule la social-démocratie se trouvant crédible sur le marché de la Gauche, je la souhaite donc ardemment, ce serait déjà ça... Tendance réformisme radical.

Sauf qu’elle est impraticable en France faute d’un parti et de syndicats puissants… Et comme on n’a surtout pas voulu s’allier aux sociaux-démocrates des autres pays de l’Union européenne en vue de constituer une force politique trans-nationale, chauvinisme de gauche pas mort ("le socialisme dans un seul pays" ?), on est voué à un échec total. 

Je pense donc que la gauche française se dirige vers une longue période de glaciation. Plus positivement, disons un long hiver, saison qui permet au bon grain de mûrir sous terre… En attendant, ce sera à droite toute… ou même pire.

 

Précision

Dans le chapitre de cette semaine du feuilleton Saperlipopette, on trouvera la description de l’intérieur d’un immeuble de cinq étages, apparemment correct vu de la rue, situé dans le XIème arrondissement de Paris, et dont l’intérieur est entièrement loti par un marchand de sommeil pour être loué à un grand nombre d’immigrés. J’insiste sur le fait que cette description correspond exactement à la situation de cet immeuble il y a vingt ans. À cette époque, j’y visitais des fidèles africains de ma paroisse.

 

Parlons foute 1

Hier soir, la partie de foute (depuis le Brexit j’évite les termes anglais) m’a fait très plaisir. On l’a regardée avec les enfants et les petits enfants, on s’est régalé. En fait ça sert à ça, du moins c’est l’un des buts visés (jeu de mots).

Je ne suis pas d’accord avec les grognons qui disent que ces festivités foutistes ont pour but de faire oublier son exploitation à un peuple hélas inconséquent. Panem et circenses. Si c’était vrai, ce serait de toute façon raté au vu du nombre de manifs qui ont précédé et suivront le championnat… avec le même enthousiasme.

Et à ce compte-là, on pourrait dire aussi que les riches et les intelligents qui prennent plaisir à des activités hautement culturelles ne le font que pour oublier à quel point ils participent à l’exploitation du peuple. Ce n’est pas le cas ? Alors pourquoi bouder les plaisirs populaires ?

 

Parlons foute 2

La presse allemande l’a en travers de la gorge. Ses commentateurs n’en reviennent pas : en principe, leur équipe a gagné… mais en réalité elle a perdu ! Undenkbar ! Eh bien ça leur apprendra à faire les malins. Les Allemands aiment bien être les meilleurs en tout. Les Français étaient comme ça autrefois mais ils en ont perdu l’habitude. Forcément… C’est pourquoi une telle soirée était belle : elle était si rare !

 

Rocard protestant

Beaucoup de réactions après la mort de Rocard, mais fort peu sur ce qu’il doit au protestantisme. Interrogés à ce sujet, les experts habituels répondent hâtivement en faisant allusion à la fameuse rigueur morale des parpaillots. C’est une réponse convenue qui part d’un point de vue extérieur et rate à mon sens un élément central : ils ont peine à imaginer ce que crée chez quelqu’un le fait d’entrer dès son jeune âge dans une culture du débat à dimension horizontale, hors magistère.

 

Signe des temps

Rocard meurt, et l’on annonce illico la suppression de l’Université d’été du PS… Il y a comme ça des coïncidences qui n’en sont peut-être pas. Le signe de la fin, aussi, d’une phase historique du socialisme réel ? Alors si, tout simplement, avant de se remettre à parler, on devait accepter un temps de deuil ? Un deuil productif : le temps de remettre le socialisme à nouveaux frais sur l’établi ?

 

Néoluthériens

Nombre de personnes, on le sait, fuient leur pays ravagé par les guerres et leur atrocité, contraints à l’exil.

Pour appeler les Pouvoirs publics de notre pays à mieux prendre cette réalité en compte, l’Église protestante unie de France lance un collectif intitulé "Exilés : l’accueil d’abord !" et propose de sensibiliser l'opinion publique à l'occasion de la fête nationale du 14 juillet par une mobilisation symbolique et médiatique.

Mais certains pasteurs s’y opposent : « Comme pasteur, et mes paroisses comme Églises, écrit l’un d’eux, nous ne nous y associerons pas. […] Que les chrétiens s’engagent y compris comme chrétiens ! Mais que les Églises fassent leur propre travail : l’annonce explicite de l’Évangile au monde… »

Autrement dit, l’Église ne doit pas s’engager comme telle dans les affaires publiques, c’est le rôle des chrétiens comme individus. Cette thèse, dite néoluthérienne, est celle qu’a longuement développée le regretté professeur Jean Ansaldi. Je l’ai toujours combattue, comme on pourra le constater en allant sur la page Pamphlet de ce site.

 

Rocard

J’ai rencontré Michel Rocard pour la première fois en juin 1968 dans le cadre de la section de Corbeil-Essonnes du PSU. Plus tard, je l’ai suivi au PS – je ne sais si j’y suis encore…

En 1988, à l’époque des Accords de Matignon mettant fin au conflit néo-calédonien, en tant que responsable du Centre de Rencontre pour Étudiants de Montpellier je recevais les premiers bacheliers kanaks en vue de les acclimater à leur vie d’étudiants en Europe.

Depuis, je n’ai jamais cessé de considérer cet homme comme l’un des deux grands politiques de gauche, avec Mendès France, que la France n’a pas su mériter.

2016 : On a Hollande et Valls – Tout ça pour ça…

 

Du 27 au 30 juin  

 

Vient de paraître

Pour mon anniversaire (j’ai désormais l’âge du numéro du département où j’habite), je suis heureux d’annoncer la parution aux Éditions Théolib de mon dernier livre :

« Retour sur la Bible »

Un travail, un combat, un plaisir

Il s’agit d’un choix d’articles parus au cours des cinquante dernières années sur le bon usage des Écritures bibliques (d’après moi…). C’est un peu prise de tête, je dois l’avouer, ça s’adresse aux mordus.

Pour tous renseignements, on peut aller voir sur la page ad hoc de ce site : Retour.

 

Sagesse

De l’actualité politique nationale et internationale, je retire ce conseil avisé : méfiez-vous toujours d’un homme ou d’une femme politique qui se teint ou se décolore les cheveux en blond…

 

Parole télévisuelle

Un bâtiment imposant, un orgue puissant, le temple dans lequel a été célébré le culte d’hier matin sur France 2 (Présence protestante) appelait à une débauche de cantiques mis en musique par des Bach ou des Haendel, hymnes aux textes charpentés. Au lieu de cela, on a vu et entendu deux chanteurs à guitare, et une assistance prise au piège, incapable de rythmer leurs pauvrettes paroles. Assistance d’ailleurs insuffisante à remplir un temple si majestueux. 

La prédication de mon ami Philippe Verseils sur l’épisode de la femme adultère était limpide, portant sur le thème du juste comportement évangélique à l’égard des personnes méprisées.

N’empêche, il faut choisir : on assume la superbe de la Nîmes huguenote ou l’on se fait une chapelle ouverte au premier venu, au dernier venu. Cela aussi est de l’ordre de la parole adressée au tout venant. 

 

Du 20 au 26 juin

 

Sanctuaire

Arte propose ce soir une émission intitulée Papouasie : expédition au cœur d’un monde perdu. Il s’agit, écrit-on, de « la découverte d’un des derniers sanctuaires inexplorés de la planète ». On m’aurait demandé mon avis, j’aurais conseillé de ne pas troubler ce « sanctuaire », qu’il en reste au moins un à l’écart de notre bordel !

 

Voix céleste

« Thank you for leaving ! »

Signé Jeanne d’Arc.

 

Rugby

J’aimais mieux le Racing 92 quand il s’appelait Racing Métro, mais bon, il a sorti Toulon ce soir, a remporté le Bouclier de Brennus, et ça me fait plaisir. C’est mon côté chauvin.

 

Spécimens du Musée de l’Homme

Houliganes et casseurs, même combat ! S’agit de faire œuvre de violence, qui contre le houligane d’en face, qui contre l’ordre établi. Deux différences permettant de les distinguer : le houligane est un violent à poil court tandis que le casseur, tel le concombre dont il a l’intellect, est masqué ; la bêtise du premier est nature, celle du second est élaborée. 

 

Regardez-moi quand je pense

Médiapart organisait un débat intitulé « Comment aimer le foot et être de gauche ? » Difficile de bien cerner la visée de ceux qui posent cette question : bien sûr, on pouvait y voir la possibilité d’une critique politique de l’asservissement intellectuel des masses par le tout-spectacle, le tout-fric, le tout-consommation, etc. Panem et circenses. Ce genre de choses. Mais ma première réaction a été pourtant de me dire qu’une certaine gauche, celle qui tient le manche à penser, a tout simplement perdu le sens du peuple, de gauche ou pas. C’est mon côté beauf ?

 

Primaire socialiste

Cohn-Bendit se déclare pour Macron, contre Mélenchon. Je suis content de l’apprendre, mais si c’est ça le choix, je préfère me faire bonze. J’aimerais rappeler à tous ces gens qui se bousculent que ça se passera en janvier prochain, pour une élection qui aura lieu en mai 2017. On a le temps : d’ici là, on aura peut-être la chance de voir  sortir du lot… une candidate sérieuse.

 

Conséquences

Mai 68 nous a immédiatement valu, avec Pompidou et Giscard, treize ans d’une droite affairiste. Sans parler de la suite. Cela devrait faire réfléchir les impatients.

 

Trafic

J’apprends que combattre la présence de pucerons sur les pommiers contribue à sauvegarder les fourmilières présentes dans le jardin. On me dit en effet que les fourmis ont tendance à trop consommer le lait des pucerons qu’elles élèvent au point qu’elles en deviennent droguées et complètement dingues. Cela finit par désorganiser la fourmilière et causer à terme sa destruction (est-ce pour cela que, dans l’argot des cités, le mot "fourmi" désigne un petit passeur de substances illicites ?). Il me faut donc considérer l’action des coccinelles dévoreuses de pucerons comme une sorte d’opération de police anti-drogue. Je prie alors pour que les coccinelles ne se laissent pas corrompre par quelque Al Capone formique.

 

Du 13 au 19 juin

 

Casseurs

Je réfléchissais à l’existence des casseurs, dans les manifs ou les occupations de zones à défendre. Je parle des vrais, ceux qui prétendent agir au nom d’une conception anarcho-libertaire. L’idée est de foutre un tel bordel que l’organisation actuelle de la société en partira en éclat. Ce qui permettrait de la reconstruire sur de nouvelles bases. Définies par eux, on voit le tableau... En réalité, ils sont les idiots utiles d’un fascisme d’abord rampant. Déjà, combien de gens vont voter FN à cause de leurs exploits ?  

 

Guerre de position 

J’avais déjà les limaces à traiter, en plus j’ai trouvé des pucerons sur mes pommiers, en train de boulotter les feuilles, les sales bêtes Alors j’ai acquis des larves de coccinelles, vu que celles-ci se nourrissent de pucerons. Mais on m’a mis en garde : attention aux fourmis ! Car elles défendent les pucerons contre les coccinelles, les pucerons sont pour elles comme une sorte de troupeau à surveiller et à exploiter. J’ai donc maintenant à faire en sorte de chasser les fourmis des branches feuillues des pommiers, car ceux-ci sont pour moi un bien à soigner et à exploiter. Sinon, point de pommes à ramasser en la saison, et cet hiver, point de tarte ni de ce jus délicieux que je vais presser chaque année à la coopérative avec mes voisins anglais. Une bonne journée en perspective. La guerre, vous dis-je, dès les branches d’un pommier…

 

Rationalisation

L’idée, c’est que pour ne pas laisser de dettes à nos petits-enfants, il nous faut leur laisser plutôt un pays dépourvu de tout ce qui lui permet de tenir debout sans l’aide des renards de la haute finance. Genre services de proximité : hôpital, poste, tribunal, petit commerce local, etc. Faudra qu’ils rachètent ou financent tout. N’est-ce pas un peu contradictoire ? 

 

Stances

Mon rapport à la police, ces temps-ci, c’est un peu les stances de Rodrigue. Un coup c’est oui, un coup c’est non. Là c’est oui, et finalement le oui l’emporte.

 

Inculture

Il fut un temps où nos dirigeants connaissaient l’importance de la culture, savaient qu’elle est un gage d’avenir pour le pays. Un temps où son budget était sanctuarisé même quand il fallait sabrer dans les dépenses de l’État. Aujourd’hui, il semble qu’ils ne sachent même pas ce que c’est. Ils en sont d’ailleurs dépourvus, ce n’est pas à l’ENA qu’ils l’auraient acquise, raison pour laquelle ils se fient aux agaceries m’as-tu-vu des petits marquis et des précieuses. Même pas foutus de parler en bon français, en fait. 

 

Du 7 au 12 juin    

 

Charité

On reparle de Coluche. Il m’a fait marrer, un temps, puis moins. Mais il a fait une chose bien : avec les Restos du Cœur, il a sorti la charité des milieux confessionnels. Du coup, ceux-ci devraient avoir maintenant plus de temps pour s’occuper du social et du politique.

 

Hooligans

Après les exploits des supporteurs anglais, à Marseille, nous n’avons pas, en France, la bassesse de pratiquer en retour un quelconque English bashing. Nous laissons ce genre de petitesse aux esprits embrumés par la bière.

 

Stances

Si Hollande ou Valls et les syndicats rebelles s’obstinent, c’est le bordel partout. Le bordel partout, c’est le genre de choses dont la France a toujours su se remettre, elle a vu pire. Mais c’est aussi le genre de choses qui va faire échouer le timide redressement économique de ces derniers temps, et ça, ça peut sonner le départ de Hollande pour mai 17.

Si les syndicats rebelles veulent seulement l’abandon de la loi El Khomri, il est inutile pour eux de poursuivre leur action si Hollande et Valls ne cèdent pas. Or si ces derniers n’ont toujours pas cédé pendant l’Euro de foute, c’est qu’ils ne cèderont pas. Si, en revanche, l’action de ces syndicats a pour but véritable d’obliger Hollande à se retirer en mai 17, il vaut mieux pour eux qu’ils continuent. Hardi petit, Hollande est fini !

Bon, mais si Hollande se retire en 2017, qui choisir comme candidat à gauche ? Ce qu’il vaut mieux exprimer ainsi : quelle politique de gauche promouvoir en lieu et place de celle qu’a conduite (…!) Hollande ? Et plus précisément : quelle politique de gauche réaliste, tant qu’à faire ?

Mieux vaudrait en effet une politique de gauche que l’on ne soit pas contraint de faire verser à droite deux ans plus tard comme cela s’est vu à chaque fois ? Parce que si c’est pour nous proposer une orientation à la Chávez, comme l’a fait parfois Mélenchon, c’est Non merci !, on voit le résultat ! Donc pas Mélenchon, c’est la pénurie !

La question, c’est donc, ou le genre Hollande (Non merci ! aussi), ou le représentant d’une politique de gauche permettant à la France de tenir tête au libéralisme financiarisé qui règne sur le monde. Bref, le socialisme dans un seul pays… Et là, il faut se souvenir que le village d’Astérix, c’est de la BD, pas du réel.

Alors ni Hollande ou associé, ni Mélenchon ou compagnie ! J’en vois alors qui jouent à l’hypocrite, se disant que, faute de grives on mange des merles, il vaut mieux faire en sorte de perdre en 2017 pour retourner dans l’opposition et que la droite fasse le sale boulot. Vivement Juppé ? Non merci !

On cherche donc l’animateur-trice d’une équipe capable de définir une orientation réaliste (et néanmoins) de gauche pour la rentrée. Pour le moment je n’en vois pas, je vois surtout des gens qui ne veulent pas ci ou ça, qui refusent çui-ci ou çui-là, mais aucun qui me paraisse à la hauteur côté idées. Alors faire fissa, SVP.

 

Gâtisme

Que Le Monde consacre une grande double page aux stupidités, même supposées humoristiques, proférées par un joueur de foute suédois mégalomane n’est pas un bon signe. Grande fatigue. Si ça continue, on aura à lire les pensées de Donald... (Le canard, bien sûr, tout de même pas le démagogue étasunien !) 

 

Du 1er au 6 juin  

 

Quel rapport ?

Aujourd’hui, jour anniversaire du Débarquement de Normandie et début du Ramadan au Proche-Orient. Des morts partout, voilà le rapport.

 

Centre

J’écoute ce bon M. Raffarin sur France2 ce matin, et revient dans sa bouche cette bonne vieille expression, la droite et le centre. Je me demande une fois de plus ce que signifie alors le mot centre puisqu’il s’agit toujours d’une sensibilité politique de droite ! Quand les mots disent ce qu’ils ne disent pas… c’est qu’on ment.

 

Sabre

Quand les Français sont tellement en bisbille entre eux qu’ils ne savent plus comment se tirer de la dinguerie qu’ils ont installée faute de se concerter ou de s’organiser, ils finissent parfois par s’en remettre à un sabre, voire à un succédané de sabre. Ainsi Bonaparte, puis son neveu, plus tard Pétain, enfin le Grand Charles, d’ailleurs à plusieurs reprises. Y a-t-il un sabre dans la salle ?

 

Quand je me prends pour Proudhon… 

Il me semble que la gestion des entreprises, le rapport au pouvoir et l’écologie politique ne sont qu’un seul sujet. Encore cette liste résume-t-elle bien des questions. Pour explorer cela, je me propose de partir du premier point mentionné.

Et là, malicieux, j’ai envie d’écrire des gros mots. Par exemple : "Vive la démocratie dans l’entreprise capitaliste !"

Car à qui appartient une entreprise ? À ses actionnaires, dit-on, qui en sont les propriétaires légaux et par conséquent les dirigeants. Sans leur capital, point d’entreprise.

Quid alors des salariés ? Des employés contractuels. Pourtant, sans salariés, point non plus d’entreprise… Or cela n’a pas de réalité, rétorquera-t-on, puisqu’on en trouve toujours, pressés par le besoin.

Il s’agit donc en réalité d’un chantage. Et le fait, c’est que l’entreprise existe en fonction d’un rapport de force dont le fondement est la propriété du capital. Vieille histoire.

Pour que l’on passe du chantage à une honnête coopération, il suffirait alors au législateur – simple proposition d’école – d’imposer la valorisation en termes financiers de l’apport représenté par la seule présence du salariat, ceci en simple écriture. Cette valorisation équivalant par principe au montant du capital investi par les actionnaires.

L’ensemble des salariés serait alors détenteur, en tant que personne morale, d’une moitié non cessible du capital. Les salariés continueraient cependant à percevoir leur salaire, tout comme les actionnaires leurs dividendes.

Qu’est-ce qui empêche cela ? C’est, dira-t-on, que cela ferait fuir les investisseurs, pressés de s’exiler vers des cieux capitalistes plus accueillants pour leurs intérêts.

Vraiment ? Pourtant, en termes financiers ils ne perdraient rien à ce nouveau régime, alors pourquoi partir ? La raison en est que ce ne sont pas seulement leurs dividendes qui les intéressent, mais aussi l’intangibilité de leur pouvoir. À eux seuls la décision !

C’est un point sur lequel on insiste trop peu : le capitalisme se base aussi sur un rapport de force d’une autre nature que celui qui touche au capital.

Certes, l’argent est le critère qui permet la supériorité des uns sur les autres dans la société capitaliste, mais le besoin de supériorité y est tout autant fondateur. La question étant : lequel peut dominer les autres ?  

Lorsqu’on demande alors aux suppôts du capitalisme en quoi Untel est-il plus capable que d’autres de diriger une société, on obtient cette réponse : les capacités et le mérite. 

En réalité, des millions d’autres pourraient faire preuve des mêmes capacités que les siennes et montrer le même mérite. Il suffirait pour cela qu’ils soient mis d’entrée, c’est-à-dire très tôt, dans les conditions dont il dispose depuis toujours.

Pour le dire autrement : il n’y a pas plus de couillons ou de feignants chez les prolétaires que chez les capitalistes. J’ai des raisons de penser que la proportion en est constante…

Mon expérience est que, le plus souvent, les gens qui disposent de naissance du pouvoir économique ne pensent pas ainsi. Ils croient réellement être différents des autres. Meilleurs par nature. Ou plutôt, ils n’y pensent même pas, tant cela leur paraît naturel.

Mimétisme ou besoin de revanche, il en va de même d’un certain nombre de ceux, fort rares, qui, issus de milieux moins favorisés, ont atteint les lieux du pouvoir.

Je soutiens que, placés dans les mêmes conditions, n’importe qui ou presque connaîtrait les mêmes réussites ou les mêmes échecs que les dirigeants actuels. Inversement, tel héritier d’une grande fortune, patron de droit divin d’un empire industriel, serait déjà bien content de finir contremaître s’il était né dans un deux-pièces de grande banlieue.

On sait tout cela, je ne prétends rien apprendre à quiconque à ce sujet… sauf justement à ceux dont il est question.

Mais on voit alors que l’établissement d’une simple justesse dans les rapports qui régissent une société, à commencer par une entreprise mais bien plus généralement, ne consisterait pas seulement à régler la question des rapports du capital et du travail. Il resterait le problème posé par la jouissance du pouvoir des uns sur les autres.

Cela s’est vu dans certains pays, au siècle précédent, lorsqu’on y a aboli la propriété privée des moyens de production et d’échange. Il s’en est suivi la naissance d’une caste dominatrice, cette nomenklatura composée des dirigeants politiques et de leurs obligés de toute sorte.

Une caste d’autant plus prédatrice que ses membres n’avaient rien à prouver à court terme, contrairement à ce que doit tout de même affronter un actionnaire ou un dirigeant capitaliste. D’où l’efficacité relative du système dont ces derniers sont les acteurs.

Tout milieu dont l’ambition serait de réformer radicalement ce système – radicalement, car la réforme peut se montrer plus définitivement radicale que la révolution – aurait donc à se saisir de cette question : comment construire des sociétés au sein desquelles la question du pouvoir serait réglée, ou en tout cas sous contrôle ?

Or cela ne peut se faire qu’à la base de la pyramide sociale réellement existante, de proche en proche, en de multiples circonstances, lieux, milieux, sociétés, entreprises, etc., sous peine de retomber dans l’écueil précédent, celui de la collectivisation impérative.

C’est le travail, le combat pacifique, utopique, de générations. Il a connu des précédents, vite récupérés mais souvent renaissants. Je note par exemple celui qui voulait qu’au sein d’une association, tous soient serviteurs les uns des autres…

On a cru souvent tuer cet esprit-là mais il vit toujours, à jamais ressuscité, on le trouve représenté ici ou là tout au long de l’histoire des sociétés sédentaires.

Vaste entreprise, donc, qui suppose une longue mémoire, une lucide obstination, une profonde conviction, une constante expérimentation, une intense et fraternelle mise en réseau.

Utopique ? Eh bien, le fait est pourtant que les gens qui portent cela existent, même s’ils se connaissent mal, et s’ils se rejoignent trop peu. Il leur reste à constituer sur la Terre un vaste filet aux mailles de plus en plus resserrées.

La question étant toujours et partout celle-ci, pour plagier un éminent poète : est-ce ainsi que les humains vont vivre ?

On trouvera bien des difficultés à cette entreprise. Elles ne se limiteront pas, loin de là, à l’économie. L’une d’elles, constante, je la cite parmi bien d’autres pour exemple de la gravité des questions qui sont aussi en jeu, serait celle du pouvoir dans ses interférences avec la sexualité et les rapports entre les genres.

Mais une autre, la plus grave, première et dernière pour toucher directement à des enjeux planétaires, est celle des rapports de pouvoir que l’espèce humaine entretient avec le monde dont elle fait partie.

C’est qu’en bout de course – au départ comme à l’arrivée – tous ces angles de vue vont ensemble et ne dessinent qu’une seule question, à la vie à la mort : notre espèce peut-elle s’éduquer à l’abandon de son rêve mortifère, à savoir le règne, la puissance et la gloire ?

Et comme on dit, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre.

 

Scoumoune  

Déluges bibliques, blocage de raffineries, de centrales nucléaires, de ports, grèves de train, de bus, de métro, autoroutes submergées, Benzéma fâché, Paris en danger d’être inondé, Julien Lepers lâché, que des catastrophes ! On a beau se défendre de toute propension à la superstition, ça rappelle tout de même le jour où Hollande, nouvellement élu, à remonté les Champs-Élysées sous une pluie battante : et si c’était lui qui nous portait la scoumoune !

 

Racisme ? 

Quand on regarde la composition de l’équipe mise en place par Deschamps, on n’a tout de même pas l’impression qu’elle soit due à la pression d’un racisme rampant. L’autre jour, je l’écris plaisamment, on avait peine à distinguer de loin les joueurs français des Camerounais !

On dira peut-être alors qu’avec la mise à l’écart de Benzéma et Ben Arfa il s’agit d’un racisme anti-arabe, les Noirs y échappant ? Dans ce cas, que penser de la mise à l’écart de Valbuena, pourtant excellent lors de ses dernières prestations en équipe de France ? Racisme anti-blanc ?

En réalité, Benzéma est exclu, comme Valbuena, pour une affaire de justice, et Ben Arfa n’est pas exclu puisque réserviste.

Il n’en reste pas moins, et sur ce point Debbouze a raison, que d’innombrables gamins des cités, habitués à voir évoluer sur le terrain des joueurs vedettes d’origine maghrébine, seront privés des stars dans lesquels ils se projettent. On peut toutefois se demander si cette identification identitaire est positive.

 

Du 23 au 31 mai 

 

Démission 

Ordinairement, je fais plus confiance à la CFDT qu’à la CGT. De plus, je ne suis pas certain que l’article 2 de la loi dite El Khomry soit néfaste. Je ne suis pas certain non plus du contraire. Mais ce que je ressens, c’est qu’au bout de quatre ans d’exercice, l’esprit qui a présidé au quinquennat de Hollande est devenu globalement étranger à ce qui définit la gauche. Cela quels que soient les progrès sociaux acquis de façon éparse en tel ou tel domaine. Faute d’un mouvement initial décisif, cela s’est fait à la faveur de glissements progressifs qui évoquent aujourd’hui un retournement. Cela ne me paraît pas rattrapable. 

 

Notes hâtives sur le sujet des protestants

Choisir d’être protestant, c’est choisir ce qui n’existe encore qu’à l’état d’ébauche.

Le protestantisme reste à inventer. Je parle de la construction de communautés composées d’êtres libres, acceptant avec respect, désirant avec vigueur, reconnaissant avec soulagement l’existence en leur sein d’une pluralité féconde.

L’intérêt du protestantisme, en tant que culture, ce serait de n’avoir jamais décidé entre le groupe et la personne, entre l’unité de la personne et l’éclatement de ses passions, entre un groupe et les autres.

Car le vrai lieu protestant de l’esprit (l’Esprit) est la transaction. Transiger, c’est être soi et reconnaître l’autre. Ce n’est jamais terminé. Au sein d’un réseau de confiance minimale, il n’y a jamais à choisir entre soi et l’autre, entre une culture et une autre. Il y a à construire indéfiniment du mieux à partir des différences et des identités.

Cela revient à ne jamais fixer dans l’éternité, ni dans l’instant, ce qui est saint, juste et bon. Cette modestie est proprement protestante. Elle ignore le fin de la fin. Elle répugne aux recherches de l’origine. Elle n’est pas fascinée par l’identité. Elle explore les possibles du temps.

Le salut étant acquis à ses yeux une fois pour toutes, le protestantisme développe une poésie très particulière, qui n’est ni celle du mystère, ni celle de la pureté, mais celle de la justesse. 

Témoigner contre, témoigner pour, sont les deux sens du mot protester au XVIe siècle. Se porter en témoins. Notez le pluriel, il est faux que les protestants soient individualistes, ils ne peuvent l’être, devant toujours se confronter entre eux, ce qu’on appelle vie synodale, appelant des accords à venir.

Témoins de quoi, que ce soit pour ou contre ? Non pour soi-même. Non contre les autres (du moins en intention, car hélas, on se retrouve avec des ennemis quand on conteste).

Témoins, non pas même du Christ, ce serait trop se hausser, mais de la pertinence de son parcours : disant le vrai, faisant ce qui fait du bien, donc mourant. Il ne nie pas, en effet, la violence des humains, elle ne l’étonne pas, il en sait la volonté et l’efficacité. Donc mourant.

Et toujours vivant. Vivant toujours. D’où cette insurrection que protester va causer, du moins en vous. Pas d’autres raisons d’être pour une assemblée qui se réunirait à cause de lui.  

 

Ridicule 

Pour certains de mes amis, le gouvernement a tourné fasciste. Pour d’autres, avec la CGT les staliniens sont à la manœuvre. À cette aune, moi je suis la Joconde.

 

Guerres 

Je lisais Swift (Les voyages de Gulliver) en faisant la queue à la station-service, ça m’a fait penser : Valls/Martinez, ou CGT/CFDT – y aurait-y pas là un côté gros-boutiens/petit-boutiens ?

 

Inutile 

À Jérusalem, Valls défend une initiative française destinée à relancer l'effort de paix entre Israéliens et Palestiniens. Peine perdue, à mon sens, car je crois qu’Israël ne signera la paix que lorsqu’il détiendra l’ensemble du territoire palestinien. Et qui l’en empêchera ? La seule question intéressante à poser à Nétanyahou serait donc la suivante : que fera alors Israël des Arabes palestiniens non-israéliens ?  

 

Vivre sans réserve

On a trop souvent tendance à gommer, dans l’Évangile, ce qui pourrait s’apparenter de façon radicale à une source de réflexion sociale et politique. Nos yeux sont éduqués à le lire d’une autre manière, toute individuelle et moralisante. Il faut parfois gratter sous l’écorce de nos mots pour s’y retrouver.

Ainsi, pour dire le Notre Père selon cet autre type de réflexion, il faut déjà se trouver pessimiste sur le sort de l’espèce humaine et sa possible survie... Cette pensée m’est venue en réfléchissant à la traduction problématique de cette fameuse prière.

Traduire les évangiles pose parfois des difficultés, en effet, je le rappelais la semaine dernière à propos de l’un des mots du Notre Père. Je continue cette semaine. Il s’agit de cette demande : Donne-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour.

Dans le texte de l’Évangile selon Matthieu, on trouve plutôt écrit, je pense, Donne-nous aujourd’hui notre pain de survie, sauf que le mot rendu par survie n’existe pas en grec : on dirait que les évangélistes l’ont inventé ! Aux traducteurs de se débrouiller… (voir à la fin ma note pédante).

Je traduis donc le mot inconnu par survie mais on peut aussi penser à un pain sur-naturel, non au sens de céleste mais au sens où il s’agirait d’un pain qui ne serait pas dû à nos efforts à nous, à la qualité de notre nature.

On est tenté de penser alors au pain de la Cène, mais le contexte pousse plutôt à voir là, plus généralement, une nourriture qui suffit à survivre, c’est-à-dire qui permet de vivre mais ne laisse pas de reste, qu’on choisit de ne pas amasser.

Cela rappelle la manne reçue par les Hébreux au désert, cette nourriture gratuite donnée par Dieu et qui devait être consommée le jour même, surtout pas gardée pour le lendemain.

Selon cette conception, le croyant, ou le peuple des croyants, devrait accepter de vivre sans réserve. Voudrait-il garder pour lui de la nourriture qu’il ne le peut car elle pourrit aussitôt. Et bien sûr, il ne s’agit pas seulement du pain, mais de tout ce qui permet de vivre.

Tu crois être riche, tu as amassé ou tu rêves de le faire ? Cela ne sert à rien. Pourquoi ? Parce que tu ne sais ce qui adviendra, bien sûr, demain toutes tes réserves peuvent être détruites, ou ne plus correspondre aux besoins du futur. Une parabole de Jésus, celle du riche insensé, parle allègrement de cela (Luc 12.16-21).

Mais surtout, cela va te pousser à te croire maître de ta vie. Cela résonne alors avec un autre sens de l’expression vivre sans réserve : en acceptant de vivre totalement, sans s’économiser, sans sauvegarder sa vie à son propre profit.       

Cette compréhension est proche de la version du Notre Père que propose l’évangile selon Luc. La demande s’y présente un peu différemment que dans Matthieu : Donne-nous jour après jour notre pain de survie.

Elle est proche aussi de ce magnifique passage du livre de Cohélèt : Envoie ton pain sur la face des eaux, car tu le retrouveras sur le grand nombre des jours. Donne une part à sept et même à huit autres, car tu ne sais quel malheur va survenir sur la terre (11.1-2).

Cela laisse entendre que l’affaire se joue, non sur l’instant, mais sur l’étendue des temps, jour après jour pendant longtemps. Vivre sans réserve ne veut pas dire alors qu’il faut s’en tenir à ce qu’on peut gagner pour passer la journée et rien de plus, mais propose plutôt de créer chaque jour un surplus pour pouvoir le donner.

Or cette sagesse se trouve, en théorie du moins, au cœur de la morale protestante, elle qui pousse à la création de richesse, mais au profit de l’ensemble de la société afin qu’elle se garde du malheur, qu’elle puisse corriger l’ensemble des maux qu’elle connaît toujours, plus ou moins, selon les temps et les lieux. Solide pessimisme.

Avec cette différence que Cohéleth n’imaginait pas, semble-t-il, cette perversion moderne de la pensée biblique due aux puritains, qui voudrait que celui qui s’enrichit montre par là-même qu’il est béni de Dieu et se trouve donc autorisé à en profiter matériellement plus que tous les autres.

Car lance ton pain sur la face des eaux signifie que tu n’as rien à attendre particulièrement de ton apport, si ce n’est que le don profitera à tous au long des jours, à toi comme aux autres.

Cela est à comparer, simple rappel, à ce qui se passe dans notre monde actuel, où 10% de la population possède, tout naturellement semble-t-il, 86% de la richesse totale…

Cela met aussi en cause ces rétributions pharamineuses que s’octroient aujourd’hui nos "grands" patrons. Ils trouvent cela naturel, dû à l’excellence de leur nature, mais en un temps où l’argent est mesure de tout, si le patron gagne autant, que vaut le salarié qui se contente du smic ?

De nature, il n’est plus rien. Mais comme il est légion, le voilà porteur d’une colère cataclysmique.

L’espèce humaine, dans sa détresse actuelle, entendra-t-elle alors l’appel à faire violence à sa nature, par construction rebelle à l’Évangile, pour adopter aujourd’hui le régime sur-naturel du Règne de Dieu selon lequel on accepte de perdre de son acquis actuel pour que tous, soi et les siens compris, puissent gagner demain leur nécessaire ?

Ce serait raisonnable car ce régime semble en fait très pratique, bien plus efficace, bien plus bénéfique que celui qui a cours, et tout à fait apte à guérir bien des maux sur la Terre. Du moins le pensé-je. Mais cela se fera-t-il ? 

Je n’en jurerais pas. Ce n’est pas le règne de Dieu qui régit notre monde. D’où cette appel désespéré en forme de SOS : qu’advienne ta volonté sur la terre ! À moins que ce ne soit plutôt une façon d’ôter tout espoir à ceux qui n’acceptent pas de se rouler les manches ?

 

Note pédante :

Il me paraît utile de profiter de l’occasion pour présenter un exemple de l’incertitude devant laquelle se trouvent assez souvent les traducteurs devant le texte des Écritures bibliques, dont on a trop tendance à oublier qu’elles ont été écrites dans l’Antiquité...

La question est la suivante : si celui qui a traduit jadis cette prière araméenne en grec avait voulu parler d’un pain quotidien, il aurait pu le faire en choisissant tout simplement l’expression courante kath hêméran au lieu d’employer un mot inusité ! On peut donc penser que le mot araméen primitif n’était déjà plus compris à son époque.

Peut-être le mot grec au sens inconnu (épioúsion) rendu actuellement par quotidien représente-t-il alors un effort pour traduire un mot de l’araméen dialectal galiléen. On sait, grâce à la transcription littérale en alphabet grec du mot araméen effatha (ouvre-toi, Marc 7.34), que le dialecte de Jésus différait de l’araméen courant, car autrement on aurait trouvé plutôt ethpatha (pour l’original ‘ithpathah).

Je pense alors au mot sour, que l’on trouve encore dans la prière en araméen actuel. Sour n’est pas attesté dans le Notre Père en syriaque (araméen oriental), qui utilise un autre mot ayant le sens de quotidien, ce qui laisse penser en effet que son sens primitif a été ignoré ou a été perdu.

En revanche, dans la prière en araméen actuel, il prend ce sens de quotidien. C’est le sens retenu par le latin et passé dans nos langues occidentales modernes. Quant à savoir laquelle, de la tradition latine ou de l’araméenne actuelle, a précédé l’autre, on ne saurait le déterminer.

Or on voit bien que quotidien et du jour sont redondants dans ces textes reçus par la tradition. Je pense donc que cette compréhension vient du fait que le sens premier du mot galiléen s’est perdu en passant en araméen moyen ou oriental.

Dans mon hypothèse, sour signifierait passage, voyage, d’après l’hébreu chour. Les deux langues sont très voisines mais l’hébreu chuinte volontiers, pas l’araméen. Le sens général désignerait alors le pain quotidien de notre passage, c’est-à-dire, au sens propre, notre viatique.

Dans l’incertitude, je traduis néanmoins épioúsion par de la survie, prenant bêtement le sens littéral de chacun de ses éléments : épi (sur) et ousía (existence).

 

Du 16 au 22 mai   

 

Contrariant 

Jacqueline Assaël veut me faire mentir. J’ai souvent écrit en effet sur ce site que les protestants, chrétiens prosaïques, étaient nuls dès qu’il s’agissait de poésie. Elle, avec la revue Foi&Vie, elle fait tout ce qu’elle peut pour promouvoir au contraire les poètes protestants. Je suis censé être l’un d’eux mais c’est par erreur : je ne suis pas un poète protestant mais un protestant poète !

(Foi&Vie, février 2014, Poésie et expression protestante de la foi. Le site de la revue : https://www.foi-et-vie.fr/home/index.php.

 

Arrêtez de foutre votre moralisme dans l’Évangile !

Pour l’Église protestante unie de France, grande discussion synodale, il y a une dizaine de jours, pour savoir que faire de la proposition de l’Église catholique romaine concernant la traduction d’un passage de la prière dite du Notre Père.

Il s’agissait de dire « Ne nous laisse pas entrer en tentation » au lieu de « Ne nous soumets pas à la tentation », au motif que Dieu ne peut pas être tentateur. Trois remarques à ce propos :

– « Ne nous laisse pas entrer en tentation » est une phrase qui ne veut rien dire : soit on est tenté, soit on ne l’est pas, celui qui entre en tentation y est déjà. On est dans la viduité d’une certaine conception de la liturgie pour laquelle répétition suffit.

– La proposition catholique part du principe que Dieu ne peut pas vouloir nous tenter, elle est donc le fait de gens qui prétendent définir ce qui est, ou non, compatible avec Dieu, travers clérical dont il y a lieu de s’éloigner.

– Le texte grec ne parle pas de tentation mais de mise à l’épreuve, ce qui est fort différent. Épreuve est le premier sens du mot grec traduit habituellement par tentation. D’où la traduction la plus évidente : « et ne nous fais pas entrer dans une épreuve ». 

La question que je soulève alors ne porte que sur la traduction d’un seul mot, mais elle me paraît fondamentale. Ma certitude est que la traduction des Écritures est une pratique cardinale, qu’elle met en jeu les ressorts fondamentaux de la foi du Christ. Il en est donc ainsi pour moi de la traduction de ce mot grec traduit habituellement par tentation dans le Notre Père.

C’est en effet le travers constant de nos traductions, et des spiritualités qu’elles induisent, de moraliser et de psychologiser ce qui, dans les Écritures, est tout simplement factuel, ce qui est de l’ordre de la pratique objective.

Ce travers n’est pas innocent, il est lui aussi clérical en ce qu’il augmente le risque d’une sorte de contrôle spirituel de nature institutionnelle, ou en tout cas propice au jugement moralisant. On a là, depuis longtemps, la marque d’un séculaire détournement "chrétien" des Écritures.

Lorsque je travaillais à ma traduction des évangiles (Quatre annonces de paix, Éditions Lambert-Lucas), j’ai eu maintes fois l’occasion de vérifier que ce détournement insidieux était constant dans la plupart des traductions actuelles des évangiles. Il va de pair avec un certain type de spiritualité, dit paradoxalement évangélique, relayé aujourd’hui par les principales maisons d’édition spécialisées.

En particulier, il tend à effacer, ou tout le moins à amoindrir, dans les textes, ce qui lui paraît trop directement lié au thème des rapports de force sociaux-politiques, ou encore à corriger ce qui ne correspond pas à sa vision préétablie d’une piété individualiste qu’elle propose comme évidemment biblique.

C’est ainsi, par exemple, qu’on traduit par hypocrites ! ce qui signifiait imposteurs !, passant ainsi du social au moral.

Aujourd’hui, le choix romain et la décision synodale protestante perpétuent donc à mes yeux la moralisation traditionnelle du Notre Père, relayant une très ancienne propension déjà attestée dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et probablement liée à la mise au pas des Églises par la logique constantinienne : l’Empire avait besoin d’une religion officielle qui puisse diffuser au sein des peuples l’injonction d’une morale individuelle.

C’est en cela, entre autres, que se constate, chez les fidèles, la profonde consonance des piétés évangélique et catholique romaine. Cela correspond par ailleurs – et par exemple – à la confusion qu’elles installent entre le péché et la faute morale. Une confusion dont nous autres protestants, supposés disciples d’un Luther qui aurait vu là le diable, avons pourtant bien du mal à nous dépêtrer.   

Mais pour revenir à notre affaire, que Dieu nous mette à l’épreuve me semble parfaitement compréhensible : il attend de nous des fruits… que nous sommes incapables de lui donner, raison pour laquelle il vaut mieux pour nous qu’il ne cherche pas à vérifier !

C’est pour l’ensemble de ces raison qu’à mon sens, le choix fait par le synode protestant, se hâtant de suivre le clergé romain, ne fait avancer l’œcuménisme qu’en surface, dans une démarche émolliente, au prix de la rudesse biblique, sans rompre avec un détournement séculaire.

 

Voici ce que serait pour moi une traduction à peu près fidèle du Notre Père (Matthieu 6, 9b-13) :

Notre Père qui es dans les cieux, que ton nom soit acclamé comme saint !

Que ton règne vienne, que ta volonté advienne tout autant sur la terre que dans le ciel.

Le pain, pour nous, de la survie, donne-le nous aujourd’hui.

Et efface nos dettes comme nous aussi nous les avons effacées pour nos débiteurs.

Et ne nous engage pas dans une épreuve mais délivre-nous du mauvais.

 

Film 

Ce qui se passe en ce moment, avec les grèves, les manifs, les blocages, les casseurs, les dégradations et agressions, les brutalités policières et contre policières, les jeunes qui se croient anarchistes, c’est le genre de situation que les Français adorent se payer de temps en temps. La marmite est sous pression, elle envoie un coup de vapeur. Après, ça retombe, on répare la casse et rien d’important n’a changé car personne, sur le fond, n’a accepté de changer, chacun ayant préféré mentir. En suite de quoi, la droite ramasse la mise. Après, elle exagère et la gauche revient au pouvoir quelques années plus tard. Sans que personne n’ait changé. Même pas le Front national, qui reste gros mais seul.

 

Laïcard 

J’en ai un peu marre de lire qu’aucun responsable religieux n’acceptera jamais la laïcité. Cette semaine encore dans Marianne avec Jack Dion. Je crois bien que c’est çui qui ll’a dit qui ll’est ! Fondamentalement, en effet, en disant cela il refuse l’idée qu’il puisse tolérer un jour les croyants quels qu’ils soient. Quant à moi, c’est en tant que pasteur émérite que je m’offre à lui donner des cours de laïcité. Gratos, le pauv’ gars, nul comme il est.

 

In memoriam

Il me tenait à cœur de le faire savoir ici : quand, dans le poème de cette semaine, j’évoque une idée de forêts, de taillis et de futaies, d’ombrages propices à toute bête, ce qu’il y a derrière, qui se cache, c’est une pensée pour Patrice de la Tour du Pin, poète trop oublié et dont le souvenir ne me quitte pas.  

 

Cool

Pour illustrer sa décontraction, Manuel Valls a déclaré ne pas être un pasteur luthérien suédois. Je crois qu’il a raison, car la dernière fois que j’ai rencontré un pasteur luthérien suédois, c’était une grande blonde en mini-jupe.

 

Demi-mesure 

François Hollande dit vouloir baisser les impôts : pourquoi ne les supprime-t-il pas ? Ce type ne va jamais au bout de ses intentions.

 

Session d’assaut 

Gramsci l’avait bien dit, la prise du pouvoir suppose qu’une saturation culturelle préalable ait été mise en place au sein de la population. Démonstration : ça commence avec le spectacle de Black M à Verdun. À la mairie, on se laisse impressionner, on accepte les oukases, on ferme sa gueule, on supprime le spectacle du rappeur ? Très bien, continuons comme ça : un jour, à la place de Black M, on aura Dieudonné.

 

Du 9 au 15 mai

 

Tache noire

Le récent hors-série de L’Obs intitulé Les "Lumières, un héritage en péril" est passionnant. Je note toutefois qu’il fait preuve d’un surprenant oubli, témoignant ainsi, une fois de plus, de l’existence d’une sorte de tache noire dans la pensée de l’intelligentsia française. Cet oubli est celui de la place des divers protestantismes dans le processus historique complexe que l’on nomme les Lumières. À moins de se souvenir de ce que la franc-maçonnerie du XVIIIème siècle, fort bien évoquée dans le hors-série, était un mouvement très largement protestant, cet oubli est quasi-total, le protestantisme n’étant évoqué qu’au passage et en de rares et marginales occurrences.

Pour illustrer cela, je donnerai ce simple exemple : une page entière est consacrée à une œuvre de Rainer Ehrt, "L’École des Lumières", où figurent les portraits de douze représentants majeurs de cette École, de Kant à Goethe en passant par Rousseau. Or il se trouve que dix d’entre eux étaient nés protestants et formés à ce mode d’être. Seuls Voltaire et Diderot, les deux Français de la liste, font exception.

Je ne cherche pas ici à faire l’apologie du protestantisme mais simplement à pointer une assez fréquente faiblesse de la représentation que nos Français se font de l’histoire de la pensée en Europe. J’aurais trouvé passionnant de voir abordée cette question des liens des Lumières avec les spécificités culturelles informées par la Réforme. Tant pis.

 

Repos

Ceci dit, cette semaine, en fait, j’en avais assez d’être sérieux ou plutôt de passer pour tel. Après tout, je suis grand-père, et les grands-pères n’ont pas à faire les grands, ils ont passé l’âge.

Au lieu de faire le politique, le philosophe ou le théologien (misère de moi, quand j’y pense !), j’ai donc résolu ce coup-ci de publier plutôt ce qui était primitivement destiné à mon petit-fils Benjamin.

Il y a quelques années, il avait alors dans les huit ou neuf ans, il m’avait vexé en me disant : « Tes poèmes, i’s ont même pas de rimes ! » Piqué au vif, je lui ai répondu ce qui suit : 

 

RIMES AU BENJAMIN

 

Folle rime

 

C’est très beau les rimes,

Ça met de l’estime

Entre tous les mots.

 

Un vélocipède

Et un Samoyède

Y sont réunis.

 

Un coléoptère,

Un hélicoptère,

Deviennent amis.

 

Comme une boutique

Avec un moustique.

L’élastique aussi.

 

Si l’on ouvre un livre,

Attention au givre,

C’est le rhume au lit !

 

Même ma théière

Est tombée par terre,

J’en ai du dépit.

 

Mais la rime gêne

Un Aborigène :

Il a le tournis.

 

La rime est trop belle,

Qui donne des ailes

Aux mots alanguis.

 

Et d’ailleurs ma mère

Vit avec mon père

Car c’est son mari.

 

Jésus rime aux cieux

Avec papa Dieu

Et le Saint-Esprit.

 

Ça suffit, ça lasse !

Mangeons une glace 

Loin des exquis mots.

Belles et beaux

 

"Je suis trop gros,

Disait l’hippopotame,

Et j’ai, messieurs, mesdames,

Du lard en trop."

Mais la fourmi

Se trouvait élégante,

Même plutôt charmante :

"Oui, mon ami !"

 

"Je suis très beau,

Je m’étonne moi-même",

A dit le paon qui s’aime

Au vieux corbeau.

Tout ébaubi,

Le corbeau dit : "Le noir,

Difficile de voir

Plus bel habit !" 

 

"C’est affolant,

C’est bien moi la plus belle",

Chante la tourterelle

En s’envolant.

"Ce n’est pas vrai,

Je suis la plus craquante",

Dit en priant la mante,

D’un ton très frais.

 

"Boule à zéro,

Ma bouille intéressante

A conquis les passantes,

Moi le héros !

Et ma photo,

C’est elle qu’on réclame",

Répond l’hippopotame.

Quel zigoto !

La paix des oiseaux 

 

J’aime les oiseaux,

Aussi les oiselles,

Surtout les moineaux

À tire d’aile.

 

J’ai vu la mésange

Nourrir ses petits

Nichant dans la grange,

Pleins d’appétit.

 

Aussi l’hirondelle

Sous l’aile du toit :

Jolie demoiselle,

Repose-toi !

 

J’ai entendu le merle

Il se moque, je vois

Comme un rang de perles

Rire en sa voix.

 

Entends le pinson,

Tout là-haut sur l’yeuse,

Chanter sa chanson

La plus joyeuse.

 

Les vols d’étourneaux

Au ciel virevoltent

Avec les vanneaux :

Vols désinvoltes.

 

Mais de sous la haie

Jaillit l’alouette ;

C’est moi qui l’effraie :

son cri m’arrête.

 

Vrai, sur mon chemin

Tout oiseau s’envole.

Aujourd’hui, demain,

Je les affole.

 

Leurs cris m’accompagnent,

leur peur, leur émoi :

Toute la campagne

Vit mieux sans moi.

Le garnement

 

Je n’aime pas l’école

J’aime mieux les copains

Avec eux je rigole

Je fais le galopin

 

J’aime bien la maîtresse

Elle est plutôt sympa

Jamais elle ne presse

Elle ne punit pas

 

     Pour les garçons :

Je n’aime pas les filles

Car elles sont gnangnan

Ne jouent jamais aux billes

Nous traitent de feignants

 

     Pour les filles :

J’aime que les garçons

Tout au loin disparaissent

Car ils ont des façons

Qui manquent de finesse

 

J’aime bien qu’on s’arrête

Pour aller en récré

Après je la regrette

C’est un moment sacré

 

Je n’aime pas les maths

J’aime mieux le français

C’est là que je m’éclate

S’il faut parler, je sais

 

J’aime bien les histoires

Pas trop les rédactions

Je n’ai pas de mémoire

Pour les récitations

 

Je n’aime pas qu’on fasse

Apparaître au tableau

Devant toute la classe

L’endroit où j’ai tout faux

 

J’aime quand on bavarde

On se fait des amis

Le soir quand on s’attarde

Mais ce n’est pas permis

Au cours de l’année

 

Quand les feuilles s’envolent

Ça sent l’école

Un vent frisquet se lève

Sur les élèves

 

On attend la Toussaint

Au temps malsain

Pour manger des marrons

Assis en rond

 

On voit venir le gel

Bientôt Noël

Des flocons sur la bouche

Marie accouche

 

En fêtant Hanoucca

Dans la soucca

On se trompe de fête

Lumière est faite

 

Il arrive qu’il pleuve

Pour l’année neuve

Qu’il fasse mauvais temps

C’est embêtant

 

Quand le printemps attaque

Les œufs de Pâques

Sont cachés avec soin

Dans tous les coins

 

Voici le Ramadan

Rien sous la dent

La fête c’est le soir

Quand il fait noir

 

Le soleil revenu

On va tout nu

Se baigner dans la mer

Le ventre à l’air

 

C’est le temps des copains

Et des cousins

Des framboises, des mûres

Des confitures

 

On part à la montagne

À la campagne

On reviendra tout brun

Mais triste un brin

Le discours des étoiles

 

Parfois, le soir, très tard, je regarde le ciel,

S’il est très pur, très clair, parfois comme à Noël,

Les nuits sans lune où l’on ne voit aucun nuage,

Alors, pour moi, les étoiles sont un langage.

 

L’une me dit : « Vois-tu, l’univers est plus vaste

Que l’esprit d’un savant, même très enthousiaste,

Ne peux le deviner, le penser même en rêve,

Il ne verra jamais où le monde s’achève. »

 

L’étoile dit aussi : « Tu sais, quand tu regardes

Cette nuit mon éclat, il te faut prendre garde,

Depuis longtemps, déjà, je suis peut-être morte :

C’est d’un passé lointain que ce rayon m’apporte. »

 

Alors je m’examine et je me vois petit,

Mais l’univers, avec le ciel, m’en avertit :

« Je suis aussi en toi, me dit-il, et ton cœur

Est aussi ma maison, tu fais partie du chœur. »

 

Pentecôte 

Les Églises ont dûment délivré un contenu. Elles ont trop souvent laissé filer le poème, c’est-à-dire l’esprit des temps, les rythmes du souffle, la respiration des corps en mouvement, l’haleine des parleurs. Quand meurent l’écrit et le scribe afin que perce une parole vive. 

 

Anarchie 

Même si certains de mes amis semblent aujourd’hui y trouver quelque sens, je ne pense pas que l’anarchisme ait quelque chose à voir avec le fait de casser des vitrines. Il s’agit pour moi d’un processus long, lent et obstiné visant à rendre caduque toute organisation collective des humains basée sur l’ensemble des institutions sociales, culturelles et politiques de nature coercitive. Ce processus, de nature utopique, au sens propre du mot, demande, contrairement à l’usage courant qui est fait du mot anarchie, le développement d’une conscience collective et fraternelle extrêmement avancée. Viser à cela.

 

France 

« Nos préoccupations courantes et nos tintamarres médiatiques sont le plus souvent d’une ampleur dérisoire, alors même que nous croyons leur importance planétaire. » (Jean-Claude Guillebaud).

 

Assumer

Au point où nous en sommes, je m’appellerais Myriam El Khomri, je démissionnerais.

 

Jeanne ! Au secours ! 

Je ne pensais pas avoir un jour à reprendre à mon compte un cri du vieux Le Pen… Il aura fallu que Macron se prenne pour Jeanne d’Arc pour que j’y vienne. Ceux qui doivent se marrer, ce sont les Anglais. Mais pitié pour la petite ! Finalement, j’aurais dû plutôt m’écrier : Péguy, au secours !

 

Du 1er au 8 mai

 

Consultation 

Oh le nombre de copains que je vais fâcher ! Il s’agit des manifs de ces derniers jours et des violences qu’elles ont occasionnées. Voilà ce que j’en pense après m’être consulté :

Les flics sont-ils en tort ? Voui ! Les casseurs sont-ils en tort ? Voui ! Le gouvernement a-t-il foiré ? Voui. Les organisateurs sont-ils un tantinet naïfs ? Voui ! Ceux qui s’indignent le sont-ils aussi ? Voui !

Conclusion ? En France, va vraiment falloir apprendre la technique des manifs non-violentes du genre efficace (à mon avis, le meilleur exemple est celui de la "Révolution des chapelets", offert en 1986 par les bonnes sœurs philippines qui ont abattu le régime despotique de Marcos sans jeter une seule pierre). 

 

Teuf ? 

Quand une manif suscitée par la CGT, FO et la Gauche de la Gauche ne réunit à Paris que deux fois plus de gens que le Teknival du Loir-et-Cher et sa Ravolution, ceci dans le contexte des Nuit debout, il y a lieu de se poser des questions…

 

Anniversaire 

J’ai commencé ce site en mai 2006, cela fait donc dix ans. Voici les deux premiers textes parus, sachant que j’avais alors distingué les réflexions proprement protestantes des autres :

 

2 mai  

 

Mets de l’huile !

Bon d’accord, sur ce site, mes poèmes – je m’astreins à un poème minimum par semaine, affaire d’hygiène personnelle, les musiciens font bien des gammes ! – ressortissent parfois au genre bimbeloterie, comme une amusette, genre bonbon à la menthe plutôt pâlot. Il en faut aussi des comme ça, pas la peine de râler.

En réalité – allez, je suis franc ! – c’est le genre qui me vient quand je n’ai rien sous la main, ou plutôt sous la casquette. Ni, surtout, sous le souffle. Oui, le souffle. La poésie que j’aime étant affaire de souffle plus que d’idées ni même de mots.

Je ne sais pas pourquoi j’insiste là-dessus, de toute façon tout le monde s’en fout. La poésie à quoi ça sert ? On se demande. En fait, si, je sais pourquoi. J’insiste parce que, même si tel poème est mauvais, en tout cas sans intérêt, juste une musiquette, la poésie, la vraie, est vitale du genre vital (j’ai voulu éviter "vitale de chez vital").

Quand j’écris poésie, j’ai dans l’idée ce que l’étymologie de ce maudit mot dit : faire, créer, travailler. Et même, selon moi, faire travailler. Car la poésie fait travailler la langue.

C’est vrai qu’en écrivant un poème on crée quelque chose qui n’existait pas avant. C’est donc le premier sens. Mais dans la mesure où il est poème et non prose, ce qu’il crée n’est pas de l’ordre de l’usage immédiat.

La prose sert à dire ce sur quoi l’on va se poser là tout de suite, s’asseoir sans trop penser au comment. L’argot le dit bien, pour lui le mot prose désigne ton fondement (exemple : Côté dossière c’est blèche, mec, cloque ton prose sus l’plume).

Pendant que la prose repose le cavalier, tu vas, poésie, te mettre au boulot, faire travailler le cheval. Pas qu’il se rouille des muscles, des poumons, de tout le reste ! Le faire éliminer l’en-trop, acquérir le possible, imaginer le libre, la liberté. Hennir de bonheur ou de malheur et vice versa. Etc. 

Après ça, on se remet en route, ragaillardis cavale et cavalier.

L’image du cheval pour dire la langue est pratique, on me dira, mais pas trop adéquate. C’est vrai, c’est juste un aspect, pour dire le côté déplacement, passage de l’un à l’autre grâce à la langue. Mais vaudrait mieux parler de voiture car on est dedans. On n’est pas dans un cheval, d’ordinaire. Mais la langue on est dedans.

Essayez de vivre sans la langue, impossible ! Même sans langage, les bêtes n’y arrivent pas, ils se sont dotés de modes de communication. Alors nous, les humains ! Dès que tu dépasses la simple perception, la pure sensation, ton monde se tient à l’intérieur de ta langue, c’est elle qui te le fait connaître et comprendre. Elle est ton monde devenu toi. Elle est en toi et pourtant tu es en elle.

(Parenthèse hautement théologique : c’est ainsi que le Fils est dans le Père et que le Père est dans le Fils, du moins selon saint Jean… Bon d’accord, ça ne vous intéresse guère, et moi ce que j’en disais...)

Eh bien tenez, la langue est un machin qui rouille. Qui se rouille, déjà, se mettant à grincer comme les articulations des pépères, mais aussi qui rouille tout court. Qui part en squames ossifiées, qui se délite. Et qu’est-ce qui reste ? Pas grand chose de bon, des redites sans fin, des ritournelles de bar, pas toujours brèves de zinc, ces perles, mais de la marmelade rance de ciboulot assaisonné au jus de toujours-déjà.

Aussi des formules vides ressassées, et c’est plus grave, pour entuber l’électeur, le chaland, le pékin, même sans le faire exprès tant les locateurs, comme on dit puis, se font empapaouter eux-mêmes par leurs rengaines à la noix de cabinet ministériel ou de cabine d’essayage. Ils y croivent pour mieux nous y faire croire !

Et pareil pour les philosophes encartés, embedded, intégrés dans le grand flux de paroles mortes, oui, de vaines paroles comme on dit dans la Bible, elle qui n’a pas peur de le dire, que nos discours sont bulles de savon… Et pareil pour les journalistes. Ah misère !

Où j’en étais ? Ah oui : la poésie nettoie la langue, elle la graisse – l’oint, même, si vous préférez – pour qu’elle glisse plus qu’elle ne crisse, mais qu’elle vous cogne la trogne, aussi, plus qu’elle ne la rogne.

Comment le fait-elle ? En mettant de l’espace, du jeu, entre les dents serrées, les idées ferrées, les assurances gérées de nos pensées et discours convenus, habituels, pré-mâchés.

Et quand la langue a bougé, c’est tout le reste qui bouge avec, le monde a changé, on le voit autrement, on se dit qu’il demande à se faire nettoyer lui aussi, le monde, à faire un peu plus plaisir, non ?

Voyez la règle : le langage est premier. Comme tu causes tu fais, comme tu penses tu crées, au bout du compte de tout, même si retard à l’allumage. Même si long, le retard. Voire très long.

Dans la poésie, cet espace et ce jeu viennent en elle et par elle de bien des manières, il n’y a pas de mode d’emploi traduit du coréen, ce n’est pas un téléphone, pas une machine, pas un médicament. En poésie vous trouverez de tout. Même le pire, c’est dire...

Mais autant qu’il me souvienne, d’où proviennent l’air et le jeu et l’espace qui me conviennent à moi ? Du rythme, ce que j’appelle plus haut le souffle, car un poème qu’on ne peut dire, qu’on ne peut respirer, inspirer, expirer, c’est déjà de la mécanique, de l’artefact, moi je trouve.

Mais j’ai sans doute tort d’en faire une règle. Si tu te débrouilles, à l’inverse, pour attaquer le langage par la face nord, sans appui d’oxygène, sans apport de salive, ma foi chapeau ! Le tout est de parvenir à instiller un doute dans le mécanisme admis, celui qui passe pour vrai puisqu’ évident pour tout le monde.

Alors on me demandera ce qui la sépare, la poésie dont je parle, de l’art d’aujourd’hui, celui qui, à coup d’installations hyper-médiatisées, ou de ce genre de trucs, serait là pour « provoquer chez les gens un retour sur ce qui est, sur ce qu’on est » (je répète ce que j’ai entendu dire par un expert plein d’expertise, voir à la page Tree de ce site).

Ce qui la sépare, c’est que là, c’est un art officiel, dont l’effet consiste à faire comprendre au simple pékin (les gens) qu’il lui manque de la culture, qu’il ne fait pas partie de la haute. Molière se marrait déjà, depuis ses tréteaux, en écoutant les précieux de son temps, pointant leur ridicule.

« Toute langue avec laquelle on ne peut se faire entendre du peuple assemblé est servile » écrivait Jean-Jacques Rousseau et je suis d’accord avec lui là-dessus. Il existe une poésie de ce genre, faite pour se hausser du… prose. Ce n’est pas de celle-là dont je parle, mais de celle qui a pour effet de secouer le convenu de la langue autorisée pour que le peuple assemblé puisse mieux s’entendre. 

La différence est ténue, au premier abord, car la poésie vraie n’est pas toujours immédiatement audible, mais les effets ne le sont pas, il n’y a qu’à comparer, par exemple, la poésie soviétique officielle et celle des vrais poètes russes pour le comprendre. Maïakovski ou Tsvétaïeva ne se sont pas suicidés pour rien.  

Ah oui, question : et qu’est-ce qu’elle raconte la poésie, de quoi parle-t-elle, quel est son sujet ? Ben non c’est pas la question, elle raconte ce qu’on veut qu’elle raconte, du moins si l’on peut, mais elle n’a pas en premier lieu l’idée pour tutrice, ni le concept pour maître. Le plus souvent, c’est après coup qu’elle comprend ce qu’elle a dit. Ou non.

Et parfois, grâce à tous les dieux de la parole, lesquels n’en sont qu’un, il en sort une pépite. Du genre qui aide à vivre. Et parfois à mourir.

 

Élection

Si on disait que, à partir de maintenant, le premier politique qui se pointe chez Cauet, Ardisson, Fogiel, Ruquier ou les autres, paf, on vote pas pour lui ou pour elle aux prochaines élections !? Histoire de dire que bon, on arrive à réfléchir sans être aidés par les supposés marrants. Et aussi que bon, il y a des limites à la putasserie. En revanche, celui ou celle qui dirait, sur tel ou tel sujet : « J’ai fait une erreur », ou « Je me suis trompé »… peut-être qu’on pourrait avoir envie de voter pour elle ou lui !

 

Formation

Ma famille doit son protestantisme au caractère populaire des luthériens d’autrefois. Je dois mon amour de la Bible aux réformés qui me l’ont enseignée dans mon enfance et ma jeunesse. Lors de mon adolescence, j’ai dû ma conversion évangélique et ma nouvelle naissance au message des salutistes. La Mission Populaire m’a transmis la saveur sociale de l’Évangile. Le Gospel Song, que j’ai chanté avec tant de bonheur, m’est venu des baptistes. Je tiens mon sens d’une liturgie du peuple et pour le peuple aux catholiques, avec lesquels j’ai beaucoup travaillé… C’est pourquoi je déteste tout ce qui ressemble à de l’arrogance confessionnelle.  

 

 

Du 25 au 30 avril  

 

La liberté, notre vocation historique

Le mercredi de la semaine dernière, le Président de la République a reçu une importante délégation représentative de la Fédération protestante de France. À cette occasion, il a été proposé aux membres du mouvement du Christianisme social d’écrire à l’avance un texte destiné à François Hollande.

Je l’ai fait pour ma part, mais j’ai peut-être réorienté quelque peu le dessein des organisateurs en décidant d’en profiter pour engueuler le Président (en termes corrects, bien entendu).

De nombreux thèmes se présentant hélas à mon esprit, j’ai dû choisir parmi eux et je m’en suis tenu à la question dont on trouvera ci-dessous l’expression.

Mais je vais d’abord me faire plaisir en racontant l’histoire vraie qui a été à l’origine de ce choix. Je l’avais découverte dans les années 90 quand j’étais responsable du mensuel protestant Mission et je l’avais alors publiée :

L’histoire se passe en Arabie saoudite à cette même époque. Un groupe d’industriels français est alors en train de discuter de la signature d’un important contrat à passer avec des homologues saoudiens. On est tout près de pouvoir signer, il ne manque que quelques heures de travail mais il est tard, une autre journée de travail s’impose. C’est alors que les Saoudiens proposent au contraire deux ou trois jours de break, ce que les Français, pressés d’en finir, refusent. Sans expliquer pourquoi, leurs vis-à-vis rompent alors toute négociation et quittent les lieux sans signer. En fait, cohérents avec leur conception de l’existence, ils pensaient que des gens qui ne respectent pas leur propre religion ne sauraient être des partenaires fiables. Cela se passait en effet un 23 décembre, juste avant Noël.

Voici donc ma lettre à François Hollande :

Monsieur le Président,

Il est un point sur lequel je tiens à vous interpeller. Il concerne le message de liberté à portée universelle que l’Occident – dont la France fait partie, il me semble – est censé être porteur. Je ne pense pas que cette vocation historique ait été particulièrement respectée par vous et votre gouvernement ces derniers temps et je le regrette.

Je fais allusion à nos relations avec le monde arabo-musulman, entre autres, et en particulier avec des régimes comme ceux de l’Arabie saoudite, du Qatar ou de l’Algérie.

Je comprends bien que la raison d’État s’impose parfois, avec la nécessité de commercer de façon rentable, d’une part, et d’autre part le besoin d’établir des alliances militaires face à nos ennemis.  

Je pense néanmoins que, à moins qu’on ne croie pas vraiment en elles, il vaut toujours mieux se rendre digne de ses propres paroles. Sinon, le risque est d’être pris pour un faible ou pour un hypocrite. Ou pour les deux. 

Je pense aussi que si l’on considère les choses à plus long terme, il est nécessaire de distinguer les peuples des régimes dont ils pâtissent. Car le jour où ces populations se seront libérées de leurs despotes, il vaudra mieux ne pas passer à leurs yeux pour les fourriers de ces derniers. 

C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous rappeler la pertinence de ce proverbe, dont il me semble que ni vous ni votre premier ministre ne l’ayez gardé en mémoire ces derniers temps : « Quand on dîne avec le diable il faut se munir d’une longue cuillère ».  

Respectueusement, Jean Alexandre 

 

P.S. : Je note que le Président a toutefois osé une tentative méritoire auprès du Maréchal Sissi lors de sa visite en Égypte. Non que je pense y être pour quelque chose avec cette lettre, le protestant est modeste...

 

Qui ? 

Beaucoup se demandent comment refonder la gauche, quel programme proposer au PS, etc. Ma réponse est la suivante : loin de se lancer dans des acrobaties macroniques ou même vallsesques, il suffit de reprendre et d’appliquer le Discours du Bourget de 2012.

Certes, il est dommage que Hollande soit mort, mais peut-être n’était-il pas l’homme qu’il fallait pour mettre ce discours en pratique. Alors qui d’autre ?

Je pense qu’aujourd’hui, les hommes de pouvoir ayant tout à réapprendre, seule une femme aurait le courage, l’obstination et l’habileté suffisantes pour s’y mettre.

Laquelle, sachant que Royal est cuite et Aubry fatiguée ?  

 

M’as tu vu ? 

Hier soir, à la télé, sur la 5, les protestants sont sortis de la clandestinité. Et c’est pas fini, ils remettent ça dimanche prochain. Heureusement que ce n’est pas en début de soirée, ça deviendrait de l’exhibitionnisme ! Pour le moment il n’y a pas trop à redire, on a privilégié la HSP, c’est un choix, attendons la fin. J’espère seulement qu’il sera question des terroirs protestants, car hier, pas un mot là-dessus.

 

Du 18 au 24 avril  

 

Qui se noie ?

Dans l’espoir d’un monde meilleur – le nôtre – des gens meurent chaque jour, parfois par centaines. Des gens comme nous, au fond, et nous ferions comme eux : soumis à des conditions analogues à celles qu’ils connaissent, nous partirions en encourant les mêmes risques. Pour le moment cela n’est pas d’actualité mais pour combien de temps, le savons-nous ? Quand nous apprendrons la fragilité des sécurités humaines, alors nous saurons que la solidarité n’est pas une option charitable, mais l’une des conditions de notre survie.   

 

Chance 

Ce bon M. Finkielkraut a donc pu habiter une fois de plus, place de la République, lors d’une Nuit debout, ce rôle qu’il affectionne, celui du juste persécuté. Il a eu de la chance, s’il avait tenté de rejoindre un meeting organisé selon les règles habituelles, c’est aux gros bras d’un service d’ordre qu’il aurait eu affaire. Suivant le cas fourni par un syndicat ou par un caïd de la pègre locale.   

 

Notre religion

La question que j’aborde ici est la suivante : quelle est la religion de la France ? Mais il me paraît nécessaire de préciser, avant de continuer, que ce qui suit est sérieux, même si un zeste d’humour tente parfois d’y alléger la sauce.

Quelle est donc la religion de la France ? Je ne cherche pas ici à déterminer laquelle des confessions présentes sur le sol national est à reconnaître comme celle qui devrait s’imposer, la réponse étant évidemment qu’aucune d’entre elles ne peut ni ne doit y prétendre.

Je me préoccupe de définir la religion laïque, non confessionnelle, de notre peuple. Ou, si l’on préfère, l’ensemble cohérent des croyances et des valeurs qu’elle promeut ou devrait promouvoir, face à d’autres religions, confessionnelles ou non.

Je tiens à cette distinction : religion et confession sont pour moi deux termes à différencier. Leur point commun réside dans le fait que leurs prémisses ne sont pas démontrables, mais toutes les confessions sont des religions ou les branches d’une religion, alors que toutes les religions ne sont pas des confessions religieuses.

La confession suppose, pour le dire vite, l’existence d’un autre monde ou, à tout le moins, la confiance en un absolu constitué en partenaire. En revanche, la religion peut ne pas se soucier de cela, il lui suffit de prétendre régir la conscience des populations qui l’ont adoptée et d’influer en conséquence sur le mode de vie individuel et collectif qui lui est lié.

Certes, le comportement de ces populations sera le plus souvent différent de ce qui leur est prescrit, mais tel est justement le rôle d’une religion de définir ce qui devrait être par rapport à ce qui est et à ce qui est possible. L’écart fait apparaître alors l’ampleur de l’effort qui serait à accomplir à l’avenir.

J’ai conscience qu’il est difficile de concevoir ce que peut être une religion non-confessionnelle dans un pays où religion rime avec existence de Dieu. Je place pourtant, par exemple, le fascisme, le nazisme, le stalinisme ou le néo-libéralisme actuel, malgré les abîmes qui les séparent, dans la catégorie de ces religions alors même qu’ils n’ont pas eu besoin de se constituer en confession.

Ils ont constitué chacun, en effet, un mode de conscience particulier qui visait ou vise à régir le comportement des gens. Voire à les habiter jusqu’au plus intime. Où l’on voit que la religion est par nature totalitaire, raison pour laquelle il n’est de bonne religion que privée d’institutions politiques qui lui seraient cohérentes.

Mais je reconnais que cette dernière réflexion est déjà la marque de l’influence d’une religion non-confessionnelle, notre bonne religion, celle dont je suis habité et dont je pense qu’elle commande souterrainement, et plus ou moins, le ressenti de la plupart de mes compatriotes.

Avant de proposer quelques indications à son sujet, je note en premier lieu que son ressenti actuel est malheureux. C’est comme si cette religion était repoussée au tréfonds des âmes par la religion dominante, ce néo-libéralisme déjà mentionné, alors qu’elle est gangrenée de plus par les relents d’une religion que l’on pensait caduque, le nationalisme chauvin.

La religion est par nature remontante, comme certains rosiers. Elle ne meurt jamais, mais se rénove et réapparaît chaque fois qu’il lui est possible, ne serait-ce que par stolons. Il en est ainsi de ce nationalisme chauvin, par exemple. Mais il en est de même de la religion dont je pense, ou dont je parie, qu’elle est la véritable religion de mon peuple.

Il s’agit de celle qui a permis un jour à ce dernier de proposer au monde cette formule magique : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789, art. 1er). Sachant que le mot hommes voulait alors désigner l’ensemble des êtres humains, mâles et femelles.

Pour donner une idée de ce qui est pour moi aujourd’hui la religion dont je parle, je partirai de cette phrase de la Déclaration pour étendre maintenant le sens du mot droits qu’elle contient à celui du mot valeur. L’idée est alors qu’un être humain en vaut un autre, ce qui n’est pas démontrable et ressortit donc bien, comme je le précisais plus haut, au domaine de la religion.

Voici, à titre d’exemples et dans le désordre, quelques règles religieuses qui pourraient être inscrites dans le ressenti global de la population, du moins à mon sens, et qui toutes, traduisent cette égalité de valeur humaine au sein des distinctions sociales admises. On pourra aisément les compléter, les infirmer ou les corriger, tant j’avoue les avoir extirpées et expansées à mon gré, non sans amusement :

Il n’y a ni homme ni femme. Ni blanc ni noir, ni jaune ni rouge, ni basané. Ni chrétien ni musulman, ni juif ni bouddhiste. Ni Français ni étranger, ni migrant ni réfugié. Ni hétéro ni homo. Ni beau ni laid. Ni adulte ni enfant. Ni valide ni infirme. Ni pauvre ni riche, ni richard ni clochard.

On peut continuer : ni Neuilly ni Bobigny, ni capitale ni hameau. Ni patron ni employé. Ni travailleur ni chômeur. Ni médecin ni patient. Ni enseignant ni enseigné. Ni instruit ni inculte. Ni gouvernant ni gouverné…

Tous ont donc la même valeur au regard de ce qui fait l’humain tel qu’en lui-même. On me dira peut-être qu’affirmer cela ne mange pas de pain puisque cela ne change en rien le système réel de nos relations sociales, qui n’ont pas grand chose à faire de la valeur des gens. Je pense le contraire.

Il est certain qu’en lisant les affirmations qui précèdent, on constatera ces différences entre le fait, le possible et le prescrit auxquels je faisais allusion. Mais je le répète, cet écart est constitutif de toute religion. Simplement, quand le fait diffère par trop du prescrit, comme aujourd’hui, on peut s’attendre à des troubles et peut-être à de profonds bouleversements.

Je donne un exemple : quand un patron empoche d’un coup cinquante mille fois le smic sans avoir rien fait d’autre, plus ou moins bien, que son boulot, ce n’est plus l’argent qui compte alors car il n’a plus de sens, c’est la valeur relative des uns et des autres qui est mise en cause. Continuez comme ça et la houle alors suscitée va finir en raz-de-marée.

C’est que l’humain, au fond, ne plaisante pas avec la religion.

 

Colonie 

Vous présentez en France un film chinois dont le titre signifie Charbon noir et vous le nommez Black Coal… Vous présentez de même un film coréen dont le titre signifie Poésie, vous le nommez Poetry… Vous ne traduisez plus les titres anglais des productions anglo-saxonnes… Vous intitulez en (mauvais) anglais vos productions télévisuelles (Top Chef, Cars Restoration…). Le tout sans que cela gêne. Symptôme d’une dépendance, d’un profond sentiment d’infériorité. Bref, de l’une des causes cachées de notre marasme.

   

Marre ! 

Tu dis « J’ai foi en Dieu », ils comprennent « J’ai foi en l’Église »… Mais pensez donc un peu protestant, ça vous changera !

 

Du 11 au 17 avril 

 

Spontanéité

On dirait qu’une part croissante de la population des pays dits développés ne se sent plus à l’aise dans les modes habituels de l’action politique, ceci quels que soient ceux qui sont au pouvoir : droite ou gauche, même refus.

C’est comme si, aux yeux des représentants de cette population, l’expression démocratique formalisée aux XVIIIème et XIXème siècles ne correspondait plus à l’état de la société.

Mais c’est sans doute aussi, et plus sûrement, que la réaction des pouvoirs constitués à l’égard du néo-libéralisme financiarisé qui sévit ne pouvait satisfaire une masse croissante de la population.

On n’adhère donc plus aux partis politiques, on ne vote plus pour eux, on s’en éloigne silencieusement quand on fait partie de l’un d’eux.

En revanche, on se réunit paisiblement sur une place centrale ou sur les réseaux sociaux et l’on parle, on échange, on dessine petit à petit, parfois même de façon ludique, une orientation qui peut devenir à l’occasion un mot d’ordre, voire une ligne politique à suivre. Ni leader, ni organisation de type hiérarchique ou pyramidale.

C’est donc de plusieurs manières que cette façon de se politiser se distingue radicalement de celle des mouvements populistes, avec lesquels le seul point commun est le rejet des partis au pouvoir. Mais les populistes s’organisent en partis hiérarchisés, se pourvoient d’un chef et disposent d’un corps de doctrine préétabli. Une autre différence : les rassemblements dont je parle ignorent, et la haine et la violence…

Cette nouvelle expression de la citoyenneté a débuté, me semble-t-il, en Espagne et aux États-Unis. Du moins en Occident, car en Orient, par exemple, elle a cherché depuis longtemps à s’opposer à des régimes dictatoriaux. On se souvient par exemple de la place Tien’anmen ou, auparavant, des victorieuses manifestations pacifiques qui ont secoué les Philippines.

Chez nous, cependant, cette façon de faire a commencé à se manifester dès 2006, mais de façon sporadique et bien plus irénique, avec les cercles de silence initiés par de paisibles moines aux fins de protester contre les centres de rétention destinés aux sans-papiers.

Aujourd’hui, c’est le collectif Nuit debout qui, inspiré au départ par le journal Fakir et son directeur François Ruffin, organise depuis plusieurs nuits des réunions place de la République à Paris et dans d'autres villes. Il rassemble des gens venus de tous les horizons de la gauche, avec beaucoup de jeunes, ce qui explique sans doute sa grande maîtrise des médias et des réseaux sociaux. C’est ainsi que son compte Twitter comprendrait à ce jour de vingt à trente mille abonnés.

Il est clair que s’expriment là des lassitudes, des colères, des craintes, des actions militantes fortement motivées par la précarisation croissante des milieux populaires et de la jeunesse. Motivées aussi par les atermoiements des politiciens qui ont tenu les rênes pendant les dernières décennies. C’est en cela que ce mouvement est à la fois légitime et pertinent, y compris dans sa forme. 

On peut se demander, ceci posé, si ses adeptes se considéreront à terme comme force de proposition et de pression à destination des autorités existantes, ou s’ils finiront par se constituer en expression politique à l’ancienne, en vue de prendre le pouvoir.

Dans cette dernière hypothèse, je crains bien que, les exemples historiques enseignant toujours un peu quelque chose, l’on n’évite pas l’un de ces trois aboutissements : l’émiettement, la récupération du mouvement par l’un des partis existants, enfin sa captation par telle ou telle volonté plus sûre que les autres de son bon droit à exercer le pouvoir à son profit.

Cette dernière possibilité peut sembler sans pertinence aujourd’hui, je le comprends bien. Toutefois, on sait que, dans le passé, les mouvements populaires plus ou moins spontanés ont souvent amené au pouvoir, ou un sabre ou un illuminé… 

Mais foin de ces craintes ! Pour le moment, ce qui se manifeste, c’est une petite effervescence, une sorte de réveil de la fonction citoyenneté chez les jeunes des bahuts, du moins chez ceux que j’aime à appeler depuis des lustres les Princes gauchers.    

 

Attente 

J’ai bien compris ce que disait le premier ministre, M. François Hollande, l’autre soir à la télévision. Je suppose que le président de la République va prendre la parole lui aussi dans les jours qui viennent ?

 

Prince d’Aquitaine 

La gestion de l’ancienne région Poitou-Charentes était-elle défectueuse ou le déficit repéré était-il sous contrôle comme le prétend Ségolène Royal ? En tout cas, Rousset, le président de la nouvelle grande région, commet une erreur politique en faisant payer ce déficit par l’action culturelle poitevine et charentaise, surtout rurale.

En supprimant d’autorité les Nuits romanes, deux cents manifestations locales annuelles, non seulement il suit la ligne de la majorité de droite deux-sévrienne qui étrangle les Foyers ruraux, mais il laisse entendre surtout que la grande région est purement et simplement bordelaise, non solidaire, et que ses intérêts sont éloignés de ceux des anciennes régions voisines, en quelque sorte annexées.

 

Belle et beau 

On parlait de choses et d’autres, alors pourquoi pas du crédo, de ce qui n’y serait pas crédible, comme la virginité de Marie ou la résurrection du Christ ? Et puis on s’est rendu compte que ces deux récits disent la même chose, la même foi : tu peux toujours violer ou tuer ce qui est juste et beau, tout ce que tu as détruit naîtra de plus belle. Belle et beau, l’avenir est là, beau combat, victoire belle.

 

Poésie théologique

À la suite de ma leçon de théologie poétique du 4 avril intitulée Leçon spatio-temporelle (voir ci-dessous), j’ai reçu quelques réponses fort pertinentes d’amis théologiens auxquels j’ai répondu directement de façon tout aussi pertinente (hem…). D’autres questions étaient en fait des objections masquées. J’y réponds ici :

– Mais que fera-t-on des trahisons de cette foi, de cette alliance, de ce lien, de cette dépendance ? C’est ce qu’on vous demandera. Et vous rétorquerez, juste un peu agacé par ce relent de juridisme, que la réponse est au cœur de cette leçon, qu’il suffit de relire, refaisant ce parcours : mort puis relèvement. Une leçon qui aurait pu s’intituler elle aussi Dans nos recommencements.*

– Mais qu’en est-il alors de la mort ? On va vous le demander, à coup sûr, et vous répondrez que vous n’en savez rien car il ne faut pas mentir, c’est vilain. À moi-même je dirai cependant que rien n’est plus pénible, sans doute, qu’un changement d’espace-temps… Ce serait comme changer de chair, non ? Brrr.

– Mais qu’en est-il alors de l’Enfer, ou plutôt du Séjour des morts ? On vous le demandera et vous rappellerez qu’on lui préfère aujourd’hui le néant, pour les morts, du moins chez nous, mais que c’est affaire de disparité culturelle, qu’on a le droit de préférer un séjour infernal… mais que dans tous les cas, l’Évangile annonce, au bout de tous les comptes, une nouvelle création. Restez ferme là-dessus.

– Mais qu’en est-il alors de votre droit à affirmer de telles choses ? Alors ça, à coup sûr, on vous le demandera. Au besoin on vous assénera en même temps un bon nombre de coups de versets dans le but de vous ramener à la saine doctrine, celle qui comporte à la clé une condamnation dernière. Vous répondrez que vous, vous lisez les Écritures comme cela. Point. Mais que, vous le reconnaissez, il ne s’agit en rien d’un savoir. Il est tellement difficile de parler de ces choses à l’aide de notre perception de l’espace et du temps...

 

* Dans nos recommencements est le titre d’un recueil de poèmes de Henri Meschonnic (Paris, Gallimard, collection Le Chemin, 1976).

 

Hésitation 

À propos de la possibilité ou non de se convertir en un mouvement cohérent pour les Nuits debout, je livre cette réflexion de Michel Serres : « Indépendantes, divergentes, ces milliers d’inclinaisons locales peuvent, évidemment, ne pas se solder par une réorientation globale. Au contraire, il suffit que, en nombre seuil, elles se dirigent ensemble sous un même angle pour entraîner ailleurs la conduite globale. » (Le Gaucher boiteux, p. 30).

 

Héroïnes 

Bien que privée de plusieurs de ses vedettes, l'équipe de France de Foute féminin s'est qualifiée pour l'Euro 2017 en battant l'Ukraine hier soir à Valenciennes par 4 buts à 0. Ceci après une série de matches parties de poule au cours de laquelle elle a marqué quatorze buts sans en prendre un seul. Les mecs peuvent toujours s’aligner…

 

Du 1er au 11 avril 

 

Coda 

Au-delà des péripéties politiques actuelles, je ne vois pour les Français que deux orientations possibles : sortir de l’Union européenne ou la transformer radicalement. La première me paraît conduire à la ruine. Au point où nous en sommes, la seconde ne peut se faire aujourd’hui, me semble-t-il, qu’à la suite d’une rébellion populaire trans-frontière.

 

Nègres 

La ministre Laurence Rossignol a utilisé récemment le mot nègres pour parler des anciens esclaves noirs d’Amérique et cela a fait scandale. Certes, il faut bien parler, or il n’existe pas de mots corrects servant à désigner les personnes en fonction de la couleur de leur peau.

Ni corrects au sens technique, car personne n’est vraiment blanc, ni jaune, ni noir – ce qui est le sens premier du mot nègre. Pour ma part, j’oscille entre le beige et le rose, voire le rouge en certaines circonstances. Et vous ?

Ni corrects, on le sait bien, au sens moral, social, politique, puisqu’on peut toujours y mettre une intention péjorative, ce qui est souvent le cas.

C’est vrai aussi, suivant les lieux et les gens, pour les mots blanc, ou jaune, ou rouge, ou basané. Seul le contexte permet d’en saisir l’intention. C’est donc vrai pour le mot nègre, revendiqué d’ailleurs par toute une école littéraire africaine et antillaise.

Mais on ne peut éluder le fait qu’il a d’abord eu, et garde, un sens péjoratif lié au rapport colonial et esclavagiste qui a marqué notre histoire commune. Un type de rapport qui a suscité cette dangereuse absurdité, le racisme.

Absurde parce que, de fait, l’humanité ne comprend pas de races, mais une variété de types. Dangereuse parce qu’il consiste en réalité à faire perdurer d’anciens rapports sociaux producteurs de violence.   

C’est pourquoi il m’arrive parfois d’employer ce mot, nègre, de façon paradoxale, comme encadré de guillemets, pour signifier à quel point j’ai lieu de me méfier moi aussi des acquis culturels qui me furent transmis à ce sujet dans l’enfance.

De ces acquis anciens, personne ici n’est exempt, quelle que soit la couleur de sa peau, il convient d’en garder toujours le souvenir.

 

Souffle 

Il ne suffit pas de s’en prendre à la mondialisation et à la finance néo-libérale, encore moins aux atermoiements de François Hollande, pour se doter de moyens de lutter pour un changement de fond. Cela ne suffit pas, encore faut-il disposer d’une bonne raison pour s’unir, dans le cadre de cette lutte, au lieu d’additionner des revendications disparates, au fond corporatistes. Cela s’appelle un esprit commun, ou mieux : un souffle. Plus, même, qu’une cause partagée. Je crois qu’on ne se bat vraiment qu’animé par un élan, celui qui vous porte vers une espérance qui vous dépasse. Une foi commune qui bouleverse.

 

Message

Plus loin : il est dans la nature de l’Occident de se faire porteur d’un message de salut universel. Que ce soit par la violence, comme l’ont presque toujours fait les civilisations – que ce soit, plus intelligemment, par le rayonnement. Privé de cela, il se pourrit de lui-même, par la tête comme le poisson, et se change en une colonie disparate de peuplades au statut d’ilotes asservis. Ce que nous sommes devenus. 

 

Grandeur 

Nom des nouvelles régions : HAUTS-de-France, GRAND-Est, peut-être bientôt GRANDE-Aquitaine… La France est un GRAND pays, qu’on se le dise ! Mais en fait, pour le Sud-Ouest, du Poitou au Pays-Basque, rien n’est sûr, certains proposent Aliénor, du nom de la Dame qui a eu régné de Poitiers aux Pyrénées dans les temps anciens. Aliénor, c’est bien, ça reste ouvert, on a le choix de son sort : on ne sait pas si ça fait penser à Aliéné ou à Aliéniste…

 

Leçon spatio-temporelle 

Ce qui suit s’apparente à une leçon de théologie, il faut m’en excuser : un moment d’égarement. Si cela nuit à la lectrice, au lecteur, éloignés en leur âme de ces jeux d’Esprit, qu’ils passent à autre chose.

D’autant que j’utilise des outils techniques inhabituels, ceux de la poésie. On n’y trouvera donc nulle certitude, juste des interrogations et propositions portant sur quelques thèmes liés à la foi du Christ. Sachant que mon Seigneur sourit avec bienveillance de ma belle ignorance.

(NDLR : tel qu’il est employé ici, le terme poésie ne doit pas être associé à l’émotion ou à la sensation, mais, selon son étymologie, au travail aventuré du langage)

Tout d’abord, je constate que le messie s’est appelé lui-même "le fils de l’humain", ho huiòs toû anthôpou, des termes grecs traduits texto de l’expression araméenne var ènoch (Daniel 7.13) pour dire l’humain par excellence, l’humain tel qu’en lui-même.

C’était pour signifier, je pense, qu’au regard de Dieu, sa vie et sa Passion fournissent le sens de l’aventure humaine. En cela, elles permettent de juger de tout ce qui est humain. Un jugement que les Écritures, qui se situent comme nous dans une histoire orientée temporellement, associent le plus souvent aux fins dernières.

Mais si vous vous détachez en pensée des liens de votre espace-temps, vous pouvez imaginer que ces fins sont dernières en ce sens qu’elles sont radicales, actuelles et perpétuelles. Si vous voulez alors comprendre le sens de ce qui arrive chaque jour à votre espèce au sein de l’ensemble du monde créé, visible et invisible, regardez à l’histoire du messie.

Et maintenant, si vous vous souciez de votre situation personnelle vis-à-vis de Dieu, le dieu de l’Évangile, dites-vous d’abord que tout est accompli, vous concernant. Votre compte est réglé, à vous et au monde. C’est fait. Acquis. Payé sur une croix. Vous voilà mort, vous êtes libéré de la question. Et au fond, au moins en tant qu’espèce c’est bien ce que vous cherchiez, non ? Et ça règle tout.

Passez du temps là-dessus, prenez le temps de vous en convaincre. Puis – mais seulement après cela – dites-vous que, le Dieu biblique n’ayant de cesse de créer du neuf à partir de l’abîme préexistant (Genèse 1.1-2), une belle aube d’un dimanche fait de vous, de ce mort que vous êtes, un être nouvellement créé.

Nouveau. Donc en partance, debout, votre tombeau vidé, n’ayant plus maintenant qu’à vous occuper. Utilement. Courageusement. Avec plaisir. Méditez ces trois termes, surtout le dernier.

Mais, accidenti ! nombre de théologiens vous ont enseigné qu’en fait, vous vivez en un temps à deux niveaux, le temps du déjà et du pas encore, votre salut se trouvant déjà accompli mais pas encore manifesté.

N’en croyez rien, car vous trouverez cette représentation source de trouble, surtout si vous la reliez à une représentation spatiale : ce Royaume de Dieu dans lequel il est question d’entrer ou non.

Or ici et maintenant vous ne connaissez rien de l’espace-temps de Dieu (si toutefois ce langage a du sens pour Lui). Au sujet de ce Royaume, vous ne pouvez donc penser, ni en terme spatial, ni en terme temporel. C’est pourquoi vous ne croyez pas pouvoir vous trouver DEDANS, ni déjà ni pas encore.

Heureusement, les Écritures emploient un terme grec, basileía (aujourd’hui, les Grecs le prononcent à peu près vassilie), que l’on peut traduire, soit par royaume, soit par règne. Vous notez alors que le choix quasi-constant du mot royaume par les traducteurs résonne avec l’obsession humaine du pouvoir territorial, de ses normes imposées et de ses frontières. Façon de vous faire un Dieu à votre image.

Tandis que le terme règne ouvre la possibilité d’un service hors normes, hors frontières, à l’égard d’un maître lui-même hors norme et hors frontière. Vous le préférerez donc.

Vous constatez d’ailleurs que royaume est purement un nom alors que règne est identique au verbe conjugué – il règne. Voilà qui parle. Or vous avez souvent noté que les Écritures sont plus à l’aise dans le mouvement du verbe que dans le statisme de la nomination. 

C’est que, vous l’avez remarqué, l’image du royaume est congruente avec le rêve historique des empires ou de la chrétienté, tandis que l’histoire du règne peut ouvrir à la dissémination et à la potentialité évangéliques. Elle est elle-même une voie, un chemin, non un état.

Est-ce pour cela que la toute première appellation de ce qu’on nommera plus tard christianisme était la voie ? (Actes 9.2)

Eh bien pour vous, le salut est accompli, le drame en a eu lieu, en cela vous avez foi. Point final. Vous ne reviendrez pas là-dessus, c’est un fait posé par le Christ dans votre espace-temps.

Aussi, heureux et tremblant devant l’aventure qui s’ouvre à vous, vous vous trouvez libre de vous placer, dès ici et maintenant, SOUS le Règne de Dieu, en son espace-temps certes mystérieux, mais qui, vous l’imaginez, inclut votre ici et votre maintenant.

Et bien sûr – est-il utile de le souligner ? – vivre sous ce règne comporte nombre de cheminements qui tous, mènent vers ce qui fait du bien aux gens, aux êtres de la Terre et du Ciel, à Dieu lui-même, et même à vous. 

J’insiste : ni déjà, ni pas encore, mais sous le règne, maintenant comme pour les siècles des siècles. Sur votre Terre qui est dans le Ciel.

 

Confession

Devant l’ampleur des réactions mondiales suscitées par l’affaire Panama-Papers (Documents panaméens), je me vois contraint de m’expliquer, sinon de me justifier. Oui, j’ai eu un compte dans un paradis fiscal. Peut-être même deux, avec mon épouse, je ne me souviens plus très bien. Voilà, c’est dit.

 

Pire 

J’ai eu recours aux bons soins d’une banque helvétique que je ne nommerai pas mais qui a acquis depuis peu une sulfureuse réputation. C’est elle qui a géré la bourse d’étudiants que l’on nous concédait à Genève.   

 

Signal

L’existence de l’évasion fiscale, de la fraude au plus haut niveau, ce n’est pas une révélation fracassante, c’est connu depuis longtemps. Mais que trois cent soixante-dix journalistes de plus de soixante-dix pays aient collaboré pour traiter et publier les informations contenues dans les Panama-Papers (Documents panaméens), dévoilant au monde entier le détail de la chose, cela, c’est un signal. Un signe de plus de la planétarisation des institutions humaines. Et là, une fois n’est pas coutume, c’est pour le bien.

 

Subtile  réminiscence 

Je trouve que François Hollande ressemble de plus en plus à Claude Piéplu. Physiquement, je veux dire, pas autrement. D’ailleurs il ne pompe pas, il rame.

 

Du 21 au 31 mars

 

Les quatre phases

Le processus est connu, d’abord la sensation, on prend un coup au plexus, ensuite ça déclenche une grosse émotion, après coup on réfléchit, enfin on agit. À noter que ça peut aller très vite. L’erreur, qui peut se montrer fort grave, c’est de ne pas attendre d’être passé à la phase trois, celle de la réflexion, pour prendre une décision. Erreur commise par Hollande avec cette histoire de déchéance.                     

 

Lundi de Pâques, tout s’explique

Si l’on offre des lapins en chocolat pour Pâques, c’est parce que ce jour-là Jésus a posé un lapin à ses disciples.

Si l’on offre des œufs en chocolat, c’est parce que la première réaction de Thomas, ce jour-là, a été de dire à Pierre : « Fais pas l’œuf ! »

Si l’on préfère les cloches en chocolat, c’est parce que Marie de Magdala a tout de suite dit, en arrivant devant le tombeau : « Ya quéque chose qui cloche ! »

Enfin, si l’on préfère de toute façon le chocolat, ce n’est pas parce qu’à la fin les grands prêtres et Pilate ont été chocolat, mais parce que le chocolat, air connu : c’est bon, bon, c’est bon pour le moral ! 

 

Aube 

Jour Un, premier jour du monde, tout est à faire, le messie s’est levé.  

 

Samedi saint 

L’espèce humaine, en ce Fils de l’humain qu’elle tue opte pour sa propre mort et plonge dans le samedi noir de l’absence, sombrant dans le néant.

Moment prophétique.

Éternelle propension, que rappelle, que nous mettent sous le nez aujourd’hui les aliénés qui se font sauter la caisse au nom de Dieu. Amor mortis.

Or la crucifixion est ce moment où le Croyant, cet humain achevé, meurt in-certain et se fiant.

Le moment où l’ayant foi prend tous les risques, ceux qui apportent, sans savoir, d’un côté le néant, de l’autre l’amour fou. Au milieu, rien.

 

Sécurité

Faut-il vraiment que des milliers de soldats, flingue en main, arpentent les rues, les gares, les aéroports, les abords des musées, des écoles de tout niveau, des lieux de culte, des monuments et autres lieux susceptibles d’être hantés par le public ?

Je pense que cela ne sert à rien, d’abord, ensuite que cela gâche la marchandise, l’armée ayant autre chose à faire, enfin que cela démobilise la population.

Cela ne sert à rien s’il s’agit de prévenir ou d’empêcher des attentats car un ou plusieurs fusils d’assaut n’empêcheront jamais un aliéné décidé à mourir de se faire sauter où il veut, ni de lancer une voiture chargée d’explosif sur son objectif. Tout ce qu’on y gagnera sera la mort supplémentaire de deux ou trois pioupious.

Des gus sans doute plus utiles là où leur formation serait mise à profit, c’est-à-dire sur les théâtres d’affrontements militaires en cours, ou encore à l’entraînement en vue de leurs missions à venir.

On dira qu’au moins ils rassurent la population par leur présence. Mais est-ce une bonne chose, de rassurer les gens de façon illusoire ? Ne vaut-il pas mieux les préparer à la vie dangereuse qu’ils ont désormais à envisager ? Voire les former aux comportements à tenir en cas d’alerte ? Sont-ils des citoyens immatures, incapables de se comporter sainement ?

On dira peut-être aussi qu’un gouvernement ne peut laisser croire qu’il ne se préoccupe pas de la sécurité publique. Laisser croire ? Toujours cette priorité du factice.

Ceci dit, il est vrai qu’il y a le risque de la surenchère politicienne. On voit déjà des membres de l’opposition lancer des propositions supposées ultra-sécuritaires qui, si elles étaient mises en œuvre, provoqueraient des situations plus dangereuses encore que l’inaction !

Ainsi cette expérimentation de portiques à l’entrée des lycées, initiée par le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. Or en pratique, le portique provoque une queue, une immobilisation des élèves à l’extérieur de l’établissement, cet attroupement constituant une cible facile…

Mais ça ne fait rien, l’élu a prouvé sa détermination et voilà qui nous fait une belle jambe.

Face au mode d’action des aliénés massacreurs, il me semble que la sécurité de la population supposerait plutôt, de la part des professionnels comme de la population, une capacité d’observation constante, de surveillance discrète et ciblée, et de moyens d’alerte et de réaction rapides.

Surtout, cela veut dire qu’il convient de se mettre vraiment en mode guerre. Or la tête d’un pays en guerre doit pouvoir transmettre et faire partager la tranquille assurance de ceux qui acceptent de payer le prix de la victoire finale. Souvenons-nous : Blood, toil, sweat and tears.*

 

* Du sang, de la peine, de la sueur et des larmes (Churchill, 1940).

 

Contemplatio crucis

Contempler la croix, ce corps cloué ? Quelle horreur ! Spectacle morbide… Cachez cet absolu mourant que nous ne saurions voir. 

C’est vrai, c’est une mort cruelle. Crachats, moqueries, épines, clous, vinaigre, coup de lance, nudité. Mort par haleine oppressée, filée, exténuée, au bout du souffle. De l’humilié, du sale, du sordide.

Cela heurte : arrêtez avec ce misérabilisme, cette sanie, ce sadisme ! Prêchez-nous du positif, du zen, présentez-nous le chemin fleuri de la justesse, une voie d’avenir pacifique, de grâce transposez...

Déni constant. Refus de voir comment l’espèce humaine, en ce Fils de l’humain qu’elle tue, opte pour sa propre mort et plonge dans le samedi noir de l’absence, sombrant dans le néant. Moment prophétique.

Éternelle propension, que rappellent, que nous mettent sous le nez aujourd’hui les aliénés qui se font sauter la caisse au nom de Dieu. Amor mortis.   

Or la crucifixion est ce moment où le Croyant, cet humain achevé, meurt, in-certain et se fiant.

Le moment où l’ayant foi prend tous les risques, ceux qui apportent, sans savoir, d’un côté le néant, de l’autre l’amour fou. Au milieu, rien.

Paradoxe : une mort amour fort de vie. 

 

Occupation 

Hollande n’en est plus à se préoccuper des résultats électoraux de ses actes : aussi, puisque c’est la guerre, qu’il reprenne en main les territoires perdus de la République, tenus à la fois par les trafiquants de drogue et les prédicateurs salafistes, avec toute leur cohorte fournisseuse de djihadistes. Qu’il y consacre des sous et y mette dès maintenant, en grand nombre, des fonctionnaires de tout poil, des enseignants aux flics en passant par les employés municipaux et les personnels de santé. Puisqu’il s’agit de zones occupées, autant qu’elles le soient par les gentils. Gentils mais costauds. Car il y a des Occupations qui libèrent.

 

Priorité 

Je l’écris sérieusement, fraternellement et (pour une fois) sans arrière-pensée caustique, quand je vois l’Église romaine se préoccuper de la psyché des victimes de la pédophilie de nombreux prêtres, je trouve que c’est un souci certes bien venu, mais d’aval. Un souci d’amont s’impose davantage à elle : se préoccuper de la psyché de ses prêtres.  

 

¡Pasaron!

Vendredi saint, le blasphème, quand c’est le Christ qui tend les clous. Comme chaque année, le cardinal monte, une ostensible croix sur l’épaule, jusqu’à l’ostensible édifice construit pour louer Dieu de l’écrasement de la Commune de Paris. Endroit maudit, où l’on crache sur le sang des pauvres.   

 

Paradoxe

Le paradoxe français, c’est que ce pays est foncièrement agnostique et foncièrement catholique, profondément républicain et profondément royaliste. Aussi lui faut-il un monarque républicain. Il faut être français pour comprendre ça. L’ennui, aujourd’hui, c’est que cela ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, et que, ni à droite ni à gauche, on ne dispose de cet article. Car pour être crédible, l’impétrant doit avoir d’abord subjugué son camp. Et pas du bout des lèvres.      

 

Vous avez dit Europe ? 

Je vois la question posée à la Grèce par l’afflux de réfugiés venant de Turquie, mais il me semble qu’il s’agit d’un problème qui regarde l’Union européenne et je ne vois pas bien pourquoi les Turcs devraient le régler. On les installe dans la position qui est la nôtre, à nous Français, à Calais, et qui consiste à régler les affaires des Britanniques.  

 

Parano 

Il m’arrive de lire les textes délirants de ceux qui sont absolument certains que l’islam va submerger la planète, en commençant par l’Europe. Il s’agit bien sûr d’un islam extrémiste, djihadiste salafiste, comme ça, on se fait encore plus peur. C’est bizarre, cette manie qui consiste à croire la propagande de l’ennemi !

 

Déterritorialisation

Oui, je sais, c’est un mot difficile à lire et à prononcer, mais je ne recule devant rien quand il s’agit d’étaler ma science.

Il me vient de L’Anti-Œdipe, le bouquin de Deleuze et Guattari que je lisais avec passion dans les années 70 – toute une époque ! – et il m’est revenu à l’esprit à propos de la recherche de noms pour les nouvelles régions découpées par Hollande dans le vif du territoire national. En fait, je l’avoue, les deux circonstances, ce livre et ce hachage territorial, n’ont pas grand chose à voir.

Ce qui m’a évoqué ce terme barbare, c’est le choix du nom ridicule de Hauts-de-France pour l’ensemble composé désormais par quelques départements du Nord du pays. D’autres vont suivre, qui traduiront sans doute la même désinvolture à l’égard des représentations que les gens comme tout le monde se font d’eux-mêmes.

Cela peut paraître anecdotique, voire folklorique, mais je pense au contraire que c’est symptomatique du rapport que nos gouvernants, quels qu’ils soient, entretiennent avec l’ensemble des populations qui habitent le pays.

Quand on voit disparaître le mot Picardie, entre autres, on peut se dire en effet que ce n’est pas par hasard, même si ce n’est pas délibéré, mais qu’il s’agit en fait d’une très ancienne propension. Je la pense néfaste.

Il paraît certain que si la disposition géographique des régions les y avait amenés, nos gouvernants auraient aussi bien considéré comme naturel de supprimer des noms tels que Normandie, Île-de-France ou même Corse. D’ailleurs, certains indices vont dans ce sens pour la Bretagne. Heureusement, le découpage a ses limites, mais ils vont peut-être réussir à supprimer les noms Alsace, Lorraine ou Champagne.

Ils ne le font pas par besoin pervers de supprimer des identités, mais c’est que pour eux, le pays n’a pas de géographie historique qui vaille en dehors de celle de l’administration et, désormais, de l’économie.

C’est une affaire ancienne, qui remonte aux premiers jacobins, ceux de la Première République, soucieux de remplacer les anciennes provinces royales par des départements dûment civiques et cartésiens, conçus à partir de la géographie naturelle en fonction de la pratique administrative.

C’est ainsi que l’ancienne province du Poitou a été plus ou moins découpée en départements portant le nom de cours d’eau dont certains sont plus que modestes. Simple exemple.

Ce que cela disait aussi, et dit encore aujourd’hui, c’est que les habitants des lieux, de natifs de leur province qu’ils étaient auparavant, devenaient citoyens de l’unique État central. Et peut-être le fallait-il alors, quand les provinces étaient encore des seigneuries. 

Mais ce qui est étonnant, c’est que la conscience de cet état natif a perduré, a résisté jusqu’à nos jours. On reste poitevin, lorrain, berrichon, gascon, bourguignon, et au besoin, même, on le devient en deux générations après s’être s’installé en tel ou tel nouveau lieu.

Les gens sont liés à des territoires, à des terroirs, à des paysages, à des parlers, à des nourritures, à des climats. Rien qui les ait jamais empêchés, d’ailleurs, s’il le fallait, de s’en aller faire la guerre pour la Nation. La petite patrie n’efface pas la grande. Simplement, ce qui fait la vie de tous les jours est situé là, non ailleurs.

Et même quand on doit s’en aller en cet ailleurs pour y trouver de l’emploi, c’est encore au pays qu’on se sent longtemps relié. Quel Parisien n’a pas un coin de Béarn ou de Dauphiné dans le cœur ? Inversement, quel rurbain ou néo-rural francilien ne ressent pas en lui la nostalgie de son faubourg parisien, cet improbable terroir ?

Oui, l’étonnant est que la machine étatique n’ait pas encore réussi à supprimer l’inscription territoriale, dans le cœur des gens, après plus de deux siècles. Dans leurs affects les plus profonds, dans leurs dissemblables particularités. C’est comme un tatouage invisible.

Mais nous en sommes arrivés à un moment où l’indifférenciation néo-libérale, cette atomisation des solidarités anciennes, tend à faire de chacun un individu isolé face à des pouvoirs sans visage. Et cela semble donc gagner jusqu’à l’esprit affolé des supposés progressistes de droite ou de gauche qui nous gouvernent. D’où cette rigolade, les Hauts-de-France, en lieu et place de la Flandre, de l’Artois et de la Picardie.

Voilà un fort mauvais signe. Il ne nous manque plus, côté religion cette fois, que la généralisation de la spiritualité soi-disant évangélique, qui s’adresse au pékin un peu perdu et s’en vient le rassurer tout en le séparant encore un peu plus de son histoire. Eh bien c’est en marche.

Nous voici donc hors-sol. Hors territoires, bientôt juste répartis indifféremment sur des espaces indifférenciés nommés machins de France. Puis machin d’Europe ? Des noms qui sont des aveux : on s’en fout, de vos particularités à la con, vous êtes là pour produire et consommer. Quoi ? Aucune importance du moment que ça génère de la plus-value.

Écrivant cela, j’ai conscience que l’on voudra me croire tourné du côté du populisme. Il n’en est rien. Je ne fais pas de la réalité de ces particularismes une excuse pour exclure, chasser, bannir qui que ce soit. Au contraire. Comme je le notais plus haut, l’étranger a tendance à devenir indigène, lui faudrait-il longtemps pour y réussir, mieux vaut donc l’y aider.

De plus, les particularités locales évoluent, se modifient, elles ne se figent nullement en une identité à reproduire à jamais. C’est un sujet d’étonnement de voir comment le même perdure à sa manière dans le changeant. Comment on reste auvergnat, par exemple, sans assumer pour autant les manières des Auvergnats d’autrefois, mais au contraire en intégrant les apports venus constamment d’ailleurs.

Et de même, citoyen français, citoyen européen, je n’en reste pas moins provençal ou limousin. C’est même ainsi que je participe à la composition de ces grands ensembles humains, leur apportant mon histoire et ma culture propres, recevant les leurs, le tout dans une diversité assumée comme une richesse.     

Supposez alors que vous ayez comme moi le cœur à gauche, ne croyez pas pour autant que le jacobinisme que j’évoquais peut vous convenir. Il est totalement dénaturé, récupéré par les puissances d’argent, il vous faut réinventer le socialisme à visage humain, celui qui n’omet pas les relations courtes.

Bref, aimant la Nation, il convient de respecter aussi les gens qui la composent.  

 

Du 14 au 20 mars

 

Fantômes 

Quand on nous parle des besoins des entreprises, il s’agit presque exclusivement du point de vue des patrons et des investisseurs. On en est à se demander si une entreprise peut comprendre aussi des salariés, et ceci en tant que partie intégrante. On oublie donc qu’il n’est pas absolument évident que la décision, quant à l’avenir de l’entreprise, doive leur échapper.

 

La boussole

Le moment me semble arrivé où le politique le plus achevé ne saisit plus le mouvement de l’histoire. Où un saut qualitatif serait à effectuer, mais sans qu’on sache avec précision dans quelle direction. C’est ce qu’on a appelé, d’un terme grec, un kaïros, ou latin, un momentum. Le moment où l’histoire semble devoir bifurquer, ceci selon la façon imprévisible dont les peuples et leurs échanges vont se mouvoir.

Car à nos yeux, le mouvement de l’histoire est aujourd’hui confus, désordonné, contradictoire, et l’histoire présente est elle-même impalpable, instable, faite d’une multiplicité de tendances éparses et souvent antinomiques.

Par opposition au poids et à la constance qu’on lui avait attribués, il existe aujourd’hui une sorte de fluidité, de légèreté de l’histoire. Pour emprunter une image tirée de la physique, elle présente un ensemble extrêmement composite de raretés, chaque tendance, chaque mouvement, chaque comportement se déployant pour soi-même, semble-t-il indépendamment des autres.

Le politique a raisonné jusqu’à il y a peu en fonction des valeurs lourdes qui ont longtemps dominé. États, grandes institutions de toute sorte, tant au sein d’un pays qu’aux niveaux continental ou mondial. Mais aujourd’hui, c’est la multiplicité de raretés aux échanges sans limite qui semble en train de s’imposer.

Dans le même temps, des blocages se multiplient eux aussi. C’est comme une mécanique qui se grippe au moment où la diversité de ses emplois s’accroît, ou qui se bloque lorsqu’il devient patent qu’elle n’est plus outillée face à la demande qui lui est présentée. Tout cela devenant source de violences.

On voit bien que François Hollande ou Angela Merkel, ou encore Obama, ne cessent de pédaler dans cette vaporisation vibrillonnante tout en tentant de parer plus ou moins habilement les retours de manivelle de ce qui reste des moteurs anciens.

C’est qu’ils ont été formés, le premier surtout, à la gestion de grands systèmes à équilibrer à l’aide d’une sorte de sagesse, ou d’adresse. Des qualités acquises en fonction de repères supposés invariants, enseignés dans des écoles ad hoc et des partis bien assis.

Dans cette situation, je vois Hollande comme celui qui veut mettre le point final, avec plus ou moins de bonheur, au dérèglement d’une mécanique ancienne pourtant obsolète.

À peine élu, il la croyait capable de fonctionner mais, s’apercevant qu’il n’en est rien, il tente maintenant d’en graisser les engrenages, d’en réparer les pannes, d’en remplacer les pièces, de la doter de diverses améliorations techniques, ou supposées telles, et ainsi de suite. Le tout à son idée.

Il y échoue néanmoins et le blâme en retombe sur lui, qui pourtant a le mérite d’avoir au moins essayé quand les autres avaient laissé aller. C’est qu’il veut croire, comme beaucoup de monde, que la machine repartira de plus belle, ainsi rénovée, sans prendre conscience de son inadaptation radicale à l’histoire présente.

D’autres ont tenté la même chose et semblent mieux réussir la rénovation de leur machine à eux. Ainsi Merkel, Renzi, peut-être Cameron. C’est qu’ils sont moins freinés que lui par une exigence populaire peu… flexible.

Je gage qu’ils échoueront de même, car leur semblant de réussite est dû avant tout au fait qu’ils jouent sur des inégalités de performance entre machines voisines. Il est donc à parier que la volatilisation propre au mouvement actuel se chargera de réduire ces réussites-là.

On ne sait d’ailleurs s’il faudra s’en plaindre, tant ces adaptations supposées ramènent en fait la machine sociale à certains modèles prétendument plus fluides, donc plus efficaces, mais en réalité lourds de dangers ultérieurs, puisque basés sur un accroissement constant de la violence sociale.

Or dans les temps comme celui-ci, dans ces moments cardinaux, il s’est souvent imposé un homme, ou plutôt un groupe, porteur d’une vision supposée rendre la société apte à prendre le virage au bénéfice du plus grand nombre.

Certains d’entre eux ont pu ainsi faciliter au mieux le passage à un autre monde, sachant que cela ne se passe pourtant jamais sans casse. D’autres ont causé au contraire des douleurs et des malheurs sans nom avant de voir leur œuvre supposée s’écrouler dans les massacres et les ruines.

Mais avant l’apparition des uns comme des autres, on a vu aussi paraître des prophètes. C’est-à-dire des gens qui voient assez loin et assez large pour être à même d’indiquer, non un chemin, mais une constante de l’histoire, que cette dernière soit lourde ou légère, épaisse ou fluide. Le rappel du bon sens, au fond, comme l’indique une boussole.

Cette constante consiste en ceci que seule la justice, la justesse des relations qu’entretiennent les participants de l’histoire quels qu’ils soient, humains et autres sur la terre, permet à terme une sortie de crise. Ceci malgré l’inefficacité immédiate et apparente que peut présenter parfois une telle pratique.

Tel a toujours été le choix, qui consiste à profiter d’un kaïros pour semer ainsi les conditions d’un Jour de paix à venir. Mais le temps viendra-t-il où, par exemple au sein de l’Union européenne, l’appel de quelques voix puissantes dessinera cet avenir ? Suspense. 

 

Grave

Les riches sont malades. La tête. C’est du moins ce que nombre d’entre eux s’évertuent à laisser croire. Témoin ceux du XVIème arrondissement de Paris, ces jours-ci, à propos de l’installation d’un centre d’accueil pour pauvres. La crise. Pour peu ils se rouleraient par terre, tant pis pour leurs habits de marque.

 

Tête en l’air 1 

Le problème, avec nos rugbymènes, on l’a vu hier contre l’Écosse, c’est qu’ils veulent tellement bien faire qu’ils en oublient le ballon. C’est un défaut bien français, on le voit avec notre gouvernement.

 

Tête en l’air 2 

Le premier jet de la loi sur le travail était parfait. Mécaniquement parlant. Juste un détail : on y avait oublié le travailleur.

 

du 1er au 13 mars   

 

Mauvais rêve 

À lire et partager, les paroles prononcées à Gap par le pasteur Arnaud van den Wiele : J’ai fait un mauvais rêve. Voir à la page Rêve.

 

No man’s land 

Je suis embêté. J’étais citoyen de l’Union européenne, et voilà qu’elle n’existe plus ! Qu’est-ce que je vais devenir ? Il y a bien un machin qui continue à s’appeler comme ça, mais la vraie n’y est plus… À tel point qu’on en a refourgué certains éléments à la Turquie, d’autres à l’Angleterre, d’autres encore à la Pologne ou à la Hongrie, et ainsi de suite. On brade.  

 

Normes 

Le principe de la norme, c’est d’exclure ce qui est hors norme. Hors norme genre réfugiés, comme on le voit à la Grande Synthe, où le maire se fait valablement critiquer par l’État pour avoir implanté des abris non conformes aux normes. Ou genre chômeurs, comme avec le débat actuel sur le projet de loi El Khomri, où le gouvernement se fait valablement rembarrer pour avoir exagéré dans le relâchement des normes. L’ennui est que ces "valablement" n’arrangent en rien la situation des hors normes.

 

Sûrement pas valable… 

D’où l’idée de faire des lois à durée déterminée, applicables seulement le temps que les hors normes – réfugiés, chômeurs – rentrent majoritairement dans les normes (accueil ou retour, emploi)… Idée fructueuse, je trouve, tout en reconnaissant que ses modalités peuvent poser question.

 

L’erreur

Pour la gauche française, la question de fond n’est évidemment pas de savoir comment choisir entre Macron et Aubry, ou entre El Khomri et Mailly. La question est la suivante : comment la gauche a-t-elle fait pour perdre le peuple ? À mon sens elle a fait une erreur majeure dont dépend tout ce qui lui est arrivé depuis.

Cette erreur est une contradiction, elle a consisté à accepter la construction d’une Europe allemande sans se donner les moyens d’y jouer son rôle. Elle a présenté deux aspects principaux.

Le premier aspect de cette erreur, c’est que, à tort ou à raison, elle ne donnait pas sa chance à la tradition socialiste française. Car à gauche, l’Europe allemande s’appelle social-démocratie. Ce qui veut dire syndicats puissants et culture de la négociation. Tout le contraire de ce que l’on connaît en France.

L’idée que la lutte des classes, imposée par le Capital, puisse passer par la négociation sans représenter pour autant une concession de principe est chez nous une hérésie, non seulement chez les employés mais aussi chez les patrons.

Le second aspect de l’erreur de la gauche française a consisté à vouloir, au niveau européen, un pouvoir central faible, peu représentatif. Cette erreur a sans doute pour cause profonde la croyance en la supériorité de la tradition révolutionnaire française sur tout autre mouvement progressiste.

Ce point de vue est constant, de Mitterrand à Hollande, en dépit de tous les démentis apportés par les faits, y compris par leur propre pratique. C’est que, outre le chauvinisme pur et simple (« La France est une grande nation ! » martèlent-ils), leur conception repose sur le jacobinisme, sans lequel ils voient le risque permanent de l’éclatement. Vieille histoire qui remonte à nos rois.

On a donc opposé une bureaucratie bruxelloise faiblarde aux puissants intérêts des grands acteurs économiques mondiaux. Le résultat en est le peu de poids représenté souvent par les intérêts de la population face aux choix économiques de fond effectués par l’Union européenne.

C’est que le modèle allemand suppose un pouvoir fédéral respecté, capable de faire la balance entre les intérêts particuliers et de contrebalancer autant que possible la puissance des lobbies internationaux.

On a donc accepté une Europe allemande sans accepter le modèle allemand… D’où, sans doute, le fameux Non français opposé au projet de Constitution proposé par Giscard. Un Non populaire, logique quoique malheureux, puisqu’il interdisait la poursuite de la construction initiée sans permettre pour autant la mise en route d’un contre-projet crédible.

Ce contre-projet aurait pu apparaître, donnant sa chance à la mise en place de contrepoids réels aux méfaits du néo-libéralisme voulu par les grandes compagnies et mis en œuvre par les institutions financières mondialisées. S’il est resté dans les limbes, c’est parce que, dans tous ses états, la gauche française, entre autres, refuse mordicus le principe d’un pouvoir fédéral, serait-il authentiquement démocratique.  

Pour les couches populaires, il ressort de cela le sentiment légitime de se voir à la fois dépouillé et manipulé, trahi par ceux-là même qui devaient les représenter. De là s’ensuit aussi l’idée qu’en profondeur, l’Europe est la cause de tout cela. D’où l’essor des souverainistes et autres populistes chauvins, qui semblent proposer une sortie du marasme.

L’espoir ne sera fondé, au contraire, qu’avec l’établissement d’une véritable et puissante démocratie sociale européenne. Mais qui la proposera ?        

 

Pénombre 

Je trouve que le théâtre politique, français comme européen, se transforme de plus en plus en théâtre d’ombres. Au fond, ses acteurs ne semblent pas se rendre compte que, désormais, le spectacle est dans la salle.

 

Non ? 

Ceci dit, c’est d’accord, le projet de loi El Khomri est mauvais en l’état et beaucoup de gens le font savoir en signant une pétition. Cela ne me convainc pas. C’est bien connu, quand on veut se mettre les Français dans la poche, il suffit de leur proposer de dire Non, et ça marche. Moi je dis Non sauf si, mais ce n’est pas prévu dans la pétition. Penser par Oui ou Non, c’est le contraire de la négociation, or s’il faut refaire le boulot en grande partie, tout n’est pas à rejeter.   

 

Gribouille 

Si Hollande et Valls croient que laisser Merkel se débattre seule avec l’afflux des réfugiés leur assurera la paix en France à ce sujet, fillette, fillette, ce qu’ils se gourent. Ils donnent simplement du poids à la trouille que la droite et l’extrême-droite diffusent à l’égard de cet afflux. Ils le paieront donc à terme car ils auront ainsi renforcé les démagogues de toute sorte tout en humiliant les humanistes de tout poil. Cela s’appelle faire comme Gribouille : se jeter à l’eau pour se protéger de la pluie.

 

Retour de bâton 

Les Trump, les Le Pen, les Grilli, les Berlusconi, c’est le prix que l’on paye quand on a laissé s’installer l’injustice en principe.

 

Du 22 au 29 février  

 

Poireau

Pourquoi faut-il que ma voisine et amie Maureen soit galloise et, de plus, fan de rugby ? Aussi la trouvé-je quelque peu narquoise depuis samedi soir…

 

Masse critique 

Ce n’est pas le tout de vitupérer contre le gouvernement, même s’il est nécessaire de le faire aujourd’hui quand on est de gauche. Il faut aussi proposer une alternative. Faute de quoi une force toute bête, la reposante pesanteur du populisme, entraînera le pays vers le bas.

L’alternative ne viendra pas de la seule gauche de la gauche, dont les propositions actuelles, si elles devaient être mises en pratique, nous sortiraient de fait du cadre de fonctionnement de l’Union européenne. Quand elles ne nous entraîneraient pas, avec Mélenchon, à la suite de populistes latinos aux "réussites" plus que contestables.

C’est pourquoi, face au néo-libéralisme, ce capitalisme intégral devenu norme mondiale, rien n’est possible sans la constitution et le programme commun d’une gauche européenne autant que possible unie. Faute de quoi l’on se retrouvera toujours, soit dans l’opposition, soit, une fois au pouvoir, amené à faire le contraire de ce que l’on avait décidé de faire.

Le niveau national, en Europe, n’est plus pertinent, c’est une question de masse critique au-dessous de laquelle on reste inerte, voué à l’entropie. Dans la lutte féroce qui est imposée aux forces populaires, l’histoire du mouvement social nous enseignera-t-elle une fois pour toutes qu’aucune avancée n’est possible sans l’établissement d’un rapport de force favorable ?  

 

Le Président, la fenoua et ma Ford Escort

À propos de la récente visite de François Hollande en Polynésie française et des questions touchant aux conséquences des essais nucléaires français qui ont été alors évoqués, un souvenir personnel me revient. Il remplacera cette semaine l’expression habituelle de mes indispensables et profondes pensées…

Cela se passe en 95. On se souviendra peut-être que l’une des premières décisions de Jacques Chirac, une fois élu Président de la République, consistait à relancer les essais nucléaires en Océanie.

Cette initiative a fâché l’Église évangélique de Polynésie française, qui avait rappelé et condamné sans succès, depuis des années, les conséquences néfastes des essais précédents sur la population et le milieu naturel des territoires ainsi pollués. Son synode a donc voté un texte de dénonciation et a demandé à ce qu’une délégation soit reçue à l’Élysée. À la surprise générale, cette dernière demande a reçu l’accord du Président et une date a été fixée.

La délégation arrive donc à Paris et s’installe dans les locaux du Service protestant de mission (le DÉfap) dont je suis alors le secrétaire général. Elle comprend les pasteurs Ihoraï et Teinaoré, respectivement président et secrétaire général de leur Église, ainsi que Gilles Marsauche, leur attaché de presse.

Le jour de leur rencontre avec Chirac, mon rôle consiste simplement à véhiculer mes collègues polynésiens jusqu’au portail de l’Élysée. Je dois les attendre là pour les emmener ensuite au siège de la Fédération protestante, où ils doivent tenir une conférence de presse.

J’arrête la voiture devant l’entrée du palais présidentiel et un colonel de la Garde républicaine en grand uniforme se penche à la portière pour me dire de ne pas rester là.

– J’amène trois visiteurs pour le Président, que je lui dis.

– Ah bon, qu’il me fait, alors qu’ils viennent au poste de police aux fins de vérification, et vous, entrez la voiture dans la cour, le parking des visiteurs est au fond à gauche.

Il me prend pour le chauffeur... que je suis effectivement. J’entre donc la voiture, la gare au fond à gauche et reviens à pied dans l’intention de sortir et d’aller boire une bière. Je croise alors mes trois amis, traversant la cour accompagnés d’un autre colonel (ou assimilé).

– Qui êtes-vous ? me demande celui-ci.

– C’est le pasteur Alexandre, lui dit Ihoraï.

– Ah bon, alors venez avec nous !

Je les suis jusqu’au perron de l’Élysée, que je gravis avec eux. Je m’attends à rester dans le hall d’entrée avec ces huissiers à chaîne qui nous reçoivent avec urbanité. L’un d’eux, lisant la fiche que lui tend le "colonel" et n’y trouvant pas mon nom me demande qui je suis.

– C’est le pasteur Alexandre, lui fait le digne militaire avant que j’aie eu le temps de me présenter.

– Ah bon, répond l’huissier qui se tourne vers moi : alors montez par là vous aussi.

Nous montons et sommes reçus au premier étage par un jeune homme bien mis qui se présente comme étant le secrétaire de Monsieur le Président de la République. Il parle avec des majuscules. Il nous conduit jusqu’à un salon assez confortable et nous propose de nous asseoir et d’accepter une tasse de café. Il nous précise alors que seul Monsieur le Président de l’Église Évangélique de Polynésie Française sera autorisé à rencontrer Monsieur le Président de la République. Nous attendons, soutenant l’ami Ihoraï de notre prière, il en a besoin car il a le trac. 

Chirac arrive en coup de vent, on lui présente Ihoraï, il lui serre la main en vitesse et l’entraîne vers son bureau. Une minute après, il revient :

– J’apprends que Monsieur le pasteur Ihoraï est accompagné, je vous en prie, entrez le rejoindre !

Le secrétaire introduit les autres dans le haut-lieu, et voyant que je ne bouge pas, revient et me fait signe d’accélérer. Je suis étonné, je lui demande s’il ne fait pas erreur car je ne suis pas membre de la délégation, mais il me fait entrer avec nervosité, on dirait qu’il y joue sa place, le pauvre garçon.

Et j’entre dans le bureau présidentiel sans l’avoir fait exprès, sans y avoir été autorisé, ayant passé comme une fleur tous les contrôles sans même sortir ma carte d’identité. Coup de chance pour Chirac, je ne suis pas un terroriste.

Me voici donc pénétrant dans le bureau du Président à la suite des autres. Chirac est venu nous chercher dans l’antichambre et nous a fait entrer, il a rassemblé lui-même, très vivement, quelques légers fauteuils cannés, les disposant en cercle. Il se meut comme un jeune colonel de cavalerie qui viendrait de prendre le palais d’assaut. Tout souriant, il attend maintenant que quelqu’un commence.

Ihoraï est très tendu, la voix coincée il réussit à murmurer : « Monsieur le Président, nous sommes venus vous dire de ne pas procéder aux essais. » Chirac sursaute, et d’un petit saut sec, rapproche son fauteuil du pasteur pour mieux entendre : ce type semble lui enjoindre de changer de politique…

Enhardi, Ihoraï répète, et se lance dans une longue exhortation pastorale, qu’il termine en expliquant que les essais vont souiller la fenoua, la terre-mère des Tahitiens (c’est en réalité l’océan et ses îles).

Chirac est stupéfait : « Moi je suis catholique, dit-il (ce qui me fait sourire), mais il me semble que cette théologie naturelle (et là il me bluffe) n’est pas compatible avec la théologie protestante. » On l’a souligné souvent, sous ses airs bon garçon pas compliqué, Chirac est en réalité extrêmement cultivé.

Suit alors un cours de théologie contextuelle donné en exclusivité au Président par Ralph Teinaoré, le théologien de la bande. Chirac écoute sans broncher, puis donne lui aussi un cours, cette fois de géopolitique, d’où il ressort qu’il n’y aura pas d’arrêt des essais avant la fin de la série en cours, la dernière.

Les deux exposés sont passionnants et, je dois le dire, en les entendant je mesure la chance qui m’est donnée. Mais reste une chose à dire, essentielle pour les Tahitiens, une chose dont ils m’ont beaucoup entretenu auparavant mais que leur conception de la politesse leur interdit d’exprimer : « Comment osez-vous agir ainsi chez nous sans avoir d’abord demandé notre accord ? »

C’est donc moi qui le dirai (de façon plus diplomatique), d’autant que le Président commençait à se demander pourquoi je ne disais rien. Bonhomme, il nous assure qu’il en tiendra compte à l’avenir…

(C’est ainsi que, pour mes amis, je suis devenu une sorte de Tahitien d’honneur.)

Au bout de trois quarts d’heure, nous quittons le Président. Au moment de nous serrer la main, il me retient un instant et me dit : « Vous saluerez de ma part Monsieur le Président de la Fédération protestante… » Là il s’arrête un instant et ajoute : « …que vous représentez. » Il fallait bien que ma présence soit officialisée !

Nous sortons et rejoignons la Cour d’honneur. Chirac nous a proposé la voiture présidentielle mais nous avons refusé à regret : circuler dans Paris en limousine, fanion au vent… mais que faire alors de ma Ford Escort ?

Mes amis descendent les marches du perron pour rejoindre les quelques journalistes qui les attendent, micro en bataille. Je reste en retrait, je trouve que je me suis assez faufilé comme cela au sein de la délégation, sans mandat pour le faire.

Au bout d’un moment, je m’aperçois que je suis rejoint par quelques messieurs à la forte carrure et à la veste singulièrement bombée sous l’épaule. Des gardes du corps, peut-être en attente d’une mission, qui parlent armes de poing… et semblent me considérer comme l’un de leurs collègues, sans doute venu protéger les Tahitiens du Président. J’ai trouvé cela flatteur.

 

Moins amusant : quelques années auparavant, la date m’échappe mais c’était entre 90 et 94, j’étais le responsable du mensuel Mission, organe de ce même DÉfap, et j’avais publié un petit dossier sur les retombées des essais nucléaires français sur la santé des personnels affectés aux sites de Mururoa et Fangataufa. Ceci en lien avec, entre autres, le théologien tahitien John Taroanui Doom.

Les faits évoqués faisaient alors l’objet d’un déni total de la part des Pouvoirs publics, en particulier de l’Armée. C’est sans doute pourquoi l’aumônier militaire protestant en fonction sur place à l’époque a cru bon de réagir. En substance, il présentait ce dossier comme un acte de désinformation.

On ne lui demandait rien, il aurait pu au moins s’en tenir au devoir de réserve attaché à son office. Pensait-il important de préserver le prestige du protestantisme aux yeux des militaires ? Ou bien sa fonction entraînait-elle par construction une sorte de collusion ? Je me le demande encore.     

 

Guerre civile (parabole)

Aujourd’hui encore, quelque part autour de Paris et comme presque chaque jour, une profession ou un mouvement bloque un ou plusieurs des accès de la ville. Cela rend la vie des Franciliens impossible mais après tout, on s’en fout, ils n’ont qu’à habiter ailleurs. Je me demande pourquoi l’idée d’une super manif n’a pas encore été imaginée par certains d’entre eux, destinée à bloquer les bloqueurs. Un million d’usagers, venus pacifiquement, au premier appel, pour engluer, enfumer, refouler et décourager une bonne fois les obstructeurs et, à l’avenir, l’idée même d’obstruction. Cela pourrait d’ailleurs consister en une grande fête de la vie parisienne. On dira qu’il faut bien que les gens puissent manifester ? Eh bien justement…

 

Encore Paris, plus sérieusement

Je ne comprends pas que les quelques millions de banlieusards ne se mettent pas à exiger, disons… fermement, la disparition de la frontière entre la ville de Paris et le reste de l’agglomération. Ce que les cercles officiels appellent aujourd’hui le Grand Paris – expression aux échos pénibles une fois traduite dans l’allemand de von Choltitz, Gross Paris – ne rend pas compte de ce fait : le vrai Paris comprend l’ensemble de l’agglomération, et le Paris actuel devient de plus en plus une sorte de réserve de privilégiés ainsi qu’un Luna Park coté pour touristes étrangers.    

 

Honneur 

C’est peut-être politiquement incorrect, mais quand je vois tous ces jeunes Syriens et Irakiens qui fuient leur pays en guerre et se pressent aux portes de l’Union européenne, je ne peux m’empêcher de penser à Reem Hassan, lieutenante commandant une unité de femmes kurdes et chrétiennes en Syrie, tombée en héroïne le 23 septembre 2015, face à Daéch, dans une guerre à un contre cinquante. Cette jeune femme a permis à son unité de se replier en restant volontairement seule devant l’ennemi.

 

Le pratique de la chose

Je reprends aujourd’hui une thématique qui m’est chère, celle de l’actualité très pratique du message évangélique dans la situation mondiale présente. Simplement, je me fais du message évangélique une lecture moins spiritualiste, c’est-à-dire moins dualiste tendance céleste, que celle qui a cours le plus souvent.

Dans cet esprit, j’ai déjà réagi ici il y a quelques semaines à cette citation d’Edgar Morin : « J’ai foi dans l’amour, dans la fraternité, l’amitié, la communion. C’est une foi que je ne peux pas justifier par la raison. » Cet athée écrivait cela après avoir avancé que l’avenir de l’humanité est grandement compromis, voire désespéré.

J’ajoutais alors que ce genre d’attitude me paraissait plus sain que de me soucier de ma petite existence, si dénuée d’importance comparée à l’immensité de l’univers. Même de mon salut éternel, dont un autre s’occupe. Car quand je dis salut éternel, je ne sais pas de quoi je parle, c’est cet autre qui le sait, moi je suis dans l’inconnu.

Je reprends donc ma réaction première en la complétant. Et je remarque tout d’abord à quel point la chrétienté a fait peser sa marque jusque sur un esprit aussi éloigné d’elle que celui d’Edgar Morin, ce juif séfarade sécularisé qui écrit : « À la différence de religions telles que le christianisme, qui dit : "Soyons frères pour que nous soyons sauvés", je préfère dire : "Soyons frères parce que nous sommes perdus". »

Pour lui, l’offre chrétienne est donc le salut par les œuvres : je suis sauvé si je me comporte de la bonne manière aux yeux de Dieu. Or à cela s’oppose l’offre évangélique, du moins telle que Luther l’a redécouverte : "Soyons frères parce que nous sommes sauvés." Dans cette dernière optique, rien n’est à gagner, tout est donné.

Sauvés, donc, mais de quoi ? Car la question d’Edgar Morin concerne le salut tout à fait temporel de l’espèce humaine et, plus largement, de la vie sur la planète Terre. Un salut qu’il n’estime plus trop plausible en l’état. D’où s’ensuit cette réaction que je trouve paradoxale : "Soyons frères !" Or pourquoi l’être si tout est foutu ?

Et s’il convient alors de se montrer frères, ceci contrairement à notre habitude, on ne saurait mieux dire, à rebours, que la violence qui définit les relations internes à l’espèce humaine représente la cause majeure, profonde, initiale, de la perdition à venir.    

Rien n’est plus conforme à la pensée centrale qui s’exprime dans les Écritures bibliques. Alors que le bouddhisme, par exemple, se soucie premièrement de supprimer la souffrance, la question majeure de la foi biblique est la violence humaine, et ce n’est pas pour rien que le récit évangélique culmine avec l’élimination physique du messie par l’ensemble des représentants patentés de la société de son temps.

Ce n’est pas pour rien non plus que, dès le tout début du livre de la Genèse, le premier homme né d’un couple humain, Caïn, est à la fois le meurtrier de son frère et l’instaurateur de la civilisation.

Caïn, celui qui se dit que la première personne qui va le rencontrer n’aura qu’une idée, le tuer (on dirait l’un de ces messages hostiles aux étrangers trouvés sur Facebook, venus parfois de certains qui se pensent paradoxalement chrétiens). C’est pourquoi sa descendance n’a qu’une idée : tirer le premier.

Conduis-toi donc en frère, lui conseillerait en quelque sorte Edgar Morin, cesse de penser de cette manière, car tout est perdu, tu ne te sauveras donc pas en rejetant ou zigouillant un humain de plus.

Or ce conseil me semble frappé au coin de la ruse qu’employaient les prophètes, dans les Écritures : supposons que les gens le suivent, et la prophétie de malheur perd son sens, tout est sauf à partir du moment où règne la fraternité.

Tu n’y parviendras pas, répond la sagesse évangélique, tu en es incapable. Tu te montrerais frère ? Caïn l’était, vois ce qu’il en est advenu ! Il n’est pas pires ennemis que des "frères" humains car il y en aura toujours un pour taper sur les autres, et si ces autres survivent ils répliqueront. Ceci jusqu’à extinction de l’espèce.

La violence est inhérente au genre humain, elle fait partie de son être, poursuit-elle, car elle procède d’un défaut, au sens où ce terme évoque à la fois un manque et une malfaçon. D’où ressort chez elle la sensation profonde d’une perte irrémédiable.

De cette perte, les évangiles parlent à leur manière en évoquant une dette. Curieusement, cette "dette" disparaît de toutes les traductions, par lesquelles elle est remplacée par des termes évoquant l’offense ou la culpabilité. Il faut croire qu’elle dérange.

Simple exemple parmi d’autres possibles, nous retrouvons dans le Notre Père, avec Pardonne-nous nos offenses, ce recul devant les termes grecs, qui disent Remets-nous nos dettes

Habitude malheureuse qui consiste à projeter notre moralisme dans les Écritures. Car la dette est un fait objectif, non un comportement. La dette des humains est structurelle, universelle, elle vient de loin, même si chacun y prend sa part.   

Nous sommes redevables, c’est le sort commun, en nous quelque chose manque, que nous ne pouvons rendre. Plus ou moins ? Quelle importance, le passé, et tout le mal qui va avec, fait partie de nous. Le bonheur aussi, mais il n’ôte rien au malheur. Je ne rattraperai jamais ce qui a échappé, m’a échappé, nous a échappé. C’est là, dans notre histoire.

Je porte en moi toutes les disgrâces de la terre. Erreurs sans nombre, malheurs sans limite. Méfaits de naguère ou de jadis. Erreurs petites ou gravissimes.

Alors, au bout du compte, tu te sais perdu, perdant par construction, et tu n’es pas content. Tu vas te rebeller contre ce destin, tu vas te construire, contre lui, tous les succédanés, tous les artéfacts possibles.

Tu vas vouloir ainsi régner sur le monde et tu vivras alors habité sans cesse par la peur de l’échec, par la connaissance intime de ton incapacité. Aussi la colère te prendra, tu feras des autres les responsables de ton malheur, ils paieront pour cela. 

Et l’Évangile conclut : tout cela est inutile. Rien ni personne n’est perdu. Va, et recommence autrement, recommence toujours, repars, laisse ta dette derrière toi, d’elle aussi un autre s’occupe.

L’Évangile, c’est avant tout une pratique, ce n’est pas une explication du monde, ce n’est pas une extinction du malheur des temps, c’est un sourire sur le passé, un courage donné pour faire avancer, pour travailler au bonheur promis.

C’est juste savoir qu’à la fin, cette fin qu’à vues humaines tu ne connaîtras pas de ton vivant, c’est la fraternité qui gagne. C’est plus sage, plus efficace. Tout commence.

 

C’est marre 

Pendant longtemps, j’ai tenté de soutenir l’action de François Hollande, je pensais qu’une véritable politique de gauche est impossible dans une Europe massivement néo-libérale. Je me disais qu’il fallait viser une lente évolution du rapport de force.

Mais depuis quelques temps, je trouve moi aussi, comme Martine Aubry et ses co-signataires d’une tribune qui paraît ce jour dans Le Monde, que le président et le premier ministre ont passé la ligne… rouge pas même : rose !

Désormais, c’est n’importe quoi, qu’il s’agisse de la priorité donnée aux attentes du MÉdef en matière d’emploi alors que le chômage continue à monter, du droit du travail, de l’immigration, de la déchéance de nationalité, d’abus de pouvoir liés à l’état d’urgence, etc., on est dans l’indéfendable.

À gauche, il faut donc préparer dès maintenant l’après-Hollande. Un seul ennui, Mélenchon aidant, l’opposition de gauche est divisée, d’où ma question : comment préparer aussi l’après-Mélenchon ?   

 

Spassiba 

Le lâche soulagement de ceux qui pensent que bon, la démocratie à l’occidentale a raté sa percée au Proche et au Moyen-Orient, jetons-nous dans les bras de Poutine et de son vassal El Assad… On aurait pu s’attendre à ce qu’ils préconisent depuis longtemps la constitution, la formation et l’envoi par nos soins de forces militaires démocratiques arabes, ainsi que l’envoi de matériel militaire performant sur le terrain. Mais non : après tout, que les Arabes restent dépendants de régimes dictatoriaux leur convient assez bien. Tenez, même les princes saoudiens sont nos amis !  

 

Du 15 au 21 février  

 

Le filon et les racines

En 1980, j’ai rencontré un peu par hasard à Montpellier un groupe de personnes qui venaient de créer une radio "libre" qu’elles avaient appelée Radio-Clapàs, à partir du surnom plaisant de la ville en occitan, le mot clapàs signifiant un gros tas de pierre.

Cela se passait sous la présidence de Giscard d’Estaing et il était encore interdit de faire de la radio en dehors des quelques grandes stations autorisées, qui dépendaient des pouvoirs politique ou commercial. L’autorisation de le faire n’est arrivée qu’avec l’élection de Mitterrand en 81.

Radio libre, donc, car issue de la volonté libertaire de nombreux milieux, associations, personnalités politiques ou syndicales, activistes culturels, clubs, groupes de fans de tel ou tel style musical, cinéphiles, etc.

Cet ensemble associatif composite, aux orientations diverses et parfois divergentes, était uni par un besoin commun, celui d’exprimer librement et pacifiquement une culture véritablement populaire. Il y avait bien sûr de l’esprit de 68 là-dedans.

À peine connu de ces gens, je me vois proposer un temps d’antenne me permettant de lancer une émission protestante… Je répons que je serais intéressé si je savais faire de la radio mais qu’il n’en est rien. Quelqu’un se propose aimablement de m’aider et de lancer l’émission avec moi, précisant qu’il est agnostique, totalement ignorant du sujet mais que ça l’intéresse.

Une émission hebdomadaire de trois quarts d’heure naît donc, que j’intitule "La Vache à Colas". C’est le titre d’une chanson anti-protestante très populaire à l’époque des persécutions. Au bout de trois semaines, un conseiller presbytéral de l’Église réformée me demande si j’ai encore assez à dire pour penser continuer…

Au bout de quelques années, en revanche, la Vache à Colas comptait une équipe d’une quarantaine de personnes et assurait chaque semaine, sur Radio-Clapàs, l’ensemble de la programmation du week-end, du samedi matin au lundi à l’aube. Cette collaboration devait cesser en 89 avec mon départ pour Paris.

Pourquoi raconter cela ? Parce que j’ai beaucoup appris là à propos de ce que certains appellent nos racines chrétiennes. Et pour opposer aux discours équivoques de ces idéologues une autre façon de voir que la leur en faisant vivre une culture d’origine biblique et évangélique, elle-même plurielle, au sein de la pluralité culturelle qui n’a cessé de façonner notre nation dans le cadre du pacte républicain.

Au cours de ces années, j’ai donc expérimenté que le filon biblico-évangélique et ses innombrables suites représentaient une richesse qu’aucune autre source culturelle ne détenait au même point. Nous avions toujours à dire, à raconter, à faire entendre, voire à intervenir à notre manière sur quelque point de l’actualité.

Nous partions de ce moment où Abraham quitte Ur en Chaldée et nous arrivions par exemple à ce moment où Martin Luther King dit son rêve, en passant par tous les sujets, toutes les controverses, les conflits, les créations, les crimes, les merveilles, les personnages que l’on pouvait trouver entre ces deux moments.

 Un fleuve immense. Un flot d’images, de sons, de visages, de grandes et petites histoires à raconter. À faire entendre. Sans rien cacher.

On me dira que me voilà loin du protestantisme ! Mais c’est que le christianisme ne commence pas avec Luther, comme semblent le penser souvent nombre de protestants. Ceux-ci ont à revendiquer ou regretter, suivant le cas, aussi bien saint François que Torquemada. Les deux, et bien d’autres, font partie de leur histoire, même s’ils les comprendront à leur manière.

Quoi qu’il en soit, le protestantisme n’est pas le thème de cette notice, mais le plaisir, le bonheur qu’il y a à développer, déployer, au besoin retaper l’ensemble fabuleux de notre héritage, à nous les Français, au moins selon ce filon-là, celui qui commence avec les Écritures, à côté de bien d’autres qui sont à faire valoir, et en dialogue amical avec ceux qui les portent.

Une identité – culturelle, religieuse, nationale, européenne – c’est mouvant, cela se développe au cours des temps dans la rencontre du passé avec les défis, les enjeux et les bonheurs du temps présent. C’est un récit sans fin au sein d’une conversation sans frontière.

Mais les métaphores pour parler de cela sont à recevoir de façon critique. C’est un point central. À propos de notre héritage, j’ai parlé de filon, non de racines. Un filon est à exploiter pour le service d’aujourd’hui. À mon sens, cela est en rapport avec l’histoire que nous vivons ensemble et au travail de mémoire qu’elle nécessite.

Parler de racines, en revanche, c’est user d’une métaphore tirée de la nature. On est alors dans le mythe. Roland Barthes disait avec raison, en substance, que la pensée mythologique a toujours tendance à naturaliser l’histoire, faire d’elle une nature à reproduire, et cela de façon intéressée.

Cela revient à la prétention de l’arrêter et à figer en un rôle le sort des vrais gens. Mais pour servir quels intérêts ?  

 

Encore un effort ! 

Des voix commencent à s’élever pour demander aux Anglais de sortir de l’Union européenne, et à Hollande et Merkel d’avancer dans un projet d’union réelle de nos deux pays. Ceci dans l’espoir que d’autres rejoignent une telle Fédération. Après douze siècles, il serait temps de retrouver peu ou prou les contours continentaux de l’empire de Charlemagne, je trouve. Moins l’empire lui-même, of course.

 

By Jove !

Non que j’en aie après les Anglais ! J’ai au contraire beaucoup de respect, voire d’admiration, pour ce peuple. Mais il faut convenir, je pense, que leur vision de l’Union européenne est incompatible avec celle qui permettrait l’émergence d’une véritable puissance politique européenne. 

 

Latino

Ceux qui construisent des murs, ceux qui construisent des ponts... Encore le Pape, mais cette fois je l’applaudis, il a taclé Ronald Trump et avec lui les pseudo-chrétiens du Tea Party et autres évangéliques à la noix… Mais ce faisant, il a taclé aussi, en Europe, entre autres et peut-être sans y penser, le gouvernement polonais, pourtant catho jusqu’à l’os.

   

La Havane

Ou les nouvelles de l’œcubénisme : quand on n’est d’accord sur rien d’autre, il reste la gouvernance du sexe. Ainsi se retrouvent unis les papas pape et pope.

 

Logique 

Laurent Wauquiez : « C’est aux étrangers de s’adapter à la France. » ça a l’air évident mais ça ne l’est pas, l’introduction d’un élément extérieur dans un ensemble quel qu’il soit modifie cet ensemble quoi que fasse l’élément nouvellement introduit. La question est donc ailleurs. 

 

Du 8 au 14 février  

 

Démentis

Il était certain que l’équipe de rugby d’Irlande écraserait l’équipe de France… Or c’est la France qui a gagné. Moralité : en rugby comme en d’autres domaines, politique ou économie comprises, se méfier des prédictions des experts. 

 

Médiocrité

On apprend que si François Hollande procède à un remaniement, c’est pour des raisons de calculs personnels… C’est du moins ce que nous disent les commentateurs patentés. Plus généralement, un homme politique ne s’intéresse donc pas en premier lieu, selon eux, aux questions qui se posent au pays. Il s’en fout, il veut juste être réélu. C’est petit, ces commentateurs sont des médiocres.

 

Opportun 

Fillon recommande un rapprochement avec les Russes… Pourquoi ne pas bombarder nous aussi les démocrates syriens avec nos beaux Rafales ? 

 

Horresco referens

L’espèce humaine, c’est aussi la présentatrice de la télé nord-coréenne…

 

Chantage

Jusqu’à maintenant, quand la Corée du Nord faisait de la provoc avec ses fusées ou ses bombes, c’était pour obtenir de l’aide alimentaire de la Chine. Il ne faudrait pas qu’elle finisse par accepter de se passer définitivement de riz !

   

Lectures 

La Bible, ce n’est pas ce qui est écrit mais ce que vous lisez. Noter le pluriel.

 

Âxent 

Je sui â fon pour l’orthogrâfle et je soutien l’âxent sirconflexe ! Surtou sur les â, vu que le â cé mon préféré et qu’il en â bien bezouin (de l’âxent sirconflex). Âmen !

 

Peur

Un de mes voisins, par ailleurs éleveur de porcs mais ça n’a rien à voir, me dit : « Leur histoire de réchauffement climatique, c’est du bidon. Y a toujours eu des périodes plus chaudes et des périodes plus froides. Faut pas avoir peur. » Il est représentatif, je trouve, avec un temps de retard, certes, mais il est comme nous tous : à propos du climat nous n’avions pas peur.

Nous avions oublié d’avoir peur. C’est, je pense, une des causes du dérèglement irréversible du climat terrestre et des conséquences qu’il comportera dans tous les domaines de la vie, celle de notre espèce comme celle de toute la planète.

Je ne pense pas à la peur qui, par exemple, nous habite, plus ou moins selon les uns ou les autres, devant l’étranger, l’autre, l’immigré, l’inconnu, ce genre de peur qui se trouve à l’ordre du jour de nos petites histoires, trouilles dérisoires à l’aune de notre avenir commun.

Je pense à la peur de nous-mêmes, en tant qu’espèce humaine habitée par la vision du monde que le modèle régnant a développé depuis le XVIIe siècle de l’ère courante. Un modèle qui dit « J’avance quoi qu’il arrive. »

Je pense à la peur devant les conséquences de nos pensées, de nos actes et de nos organismes, de nos organisations. Le chasseur du paléolithique avait peur de faire une erreur parce qu’il la payait aussitôt faite, et lourdement. De cette peur salutaire nous nous sommes libérés. Follement.

C’est que les conséquences de nos actes se trouvaient repoussées au-delà des horizons délimités par notre courte vue, à nous qui la pensions pourtant perçante. Eh bien nous y sommes, en cet au-delà.

Je le pense, l’irréversible est derrière nous. Nul retour en arrière, les dommages causés par notre aventurisme ne sont pas rattrapables. Aussi, comme disait saint Pierre : « Hommes frères, que ferons-nous ? »

Il pensait peut-être à ses petits-enfants, l’apôtre, craignant qu’ils ne soient perdus à jamais, que le Ciel ne leur soit fermé. Moi je pense déjà aux miens, redoutant qu’ils ne soient menacés par tant de catastrophes terrestres à venir.

Que ferons-nous ? Continuer comme devant, c’est le plus probable, pensant qu’au point où nous en sommes, un peu plus ou un peu moins de massacre de notre monde ne changera pas grand chose, on va juste faire un peu attention à la dépense. On va juste faire baisser la note, allez, de deux degrés. Si on peut.

C’est le discours de celui qui est bien assis, pépère, sur sa luge. Il jouit de la vitesse, de l’air frais et du paysage. Il n’a pas peur, pourquoi changer de voie ? L’avalanche au-dessus, le ravin au-dessous.

 

Service

Il y a encore quelques années, lorsque tel cercle extérieur aux milieux confessionnels m’invitait à parler, c’était sur un sujet concernant la Bible, littérature trop peu connue. Aujourd’hui, c’est plus simplement sur le christianisme : en substance, on me demande de quoi il s’agit. ça renseigne sur le niveau de culture religieuse de la population…

J’ai souvent eu l’occasion de plaider pour que les protestants, en France, se persuadent de la nécessité d’un service purement culturel en ces domaines, mais j’ai récolté alors une incompréhension mêlée parfois d’agacement. Un peu comme si on me disait qu’on n’est pas là pour faire joli, mais plutôt pour venir en aide au prochain.

C’est que le protestantisme est depuis toujours avide de se lancer dans la création d’œuvres sociales, d’où son inventivité en ce domaine. Il a le service dans la peau. La France lui doit ainsi nombre de créations, joyeusement récupérées ensuite par d’autres milieux ou par les services publics. La liste de ces apports ou de ces coups de main donnés à la vie sociale du pays est impressionnante, compte tenu du faible nombre qu’y représentent les parpaillots.

Mais que leur présence dans le domaine culturel ait à corresponde à un service et doive susciter la création d’œuvres sociales ad hoc… cette idée n’a jamais passé. Certes, depuis quelques temps, le besoin d’illustrer la présence protestante dans le domaine culturel a donné lieu à quelques heureuses initiatives. Mais, pour le dire de façon abrupte, il s’agit là d’une utile promotion de soi, non d’un service.

La première raison de cette incompréhension est toute simple : dès qu’il s’agit de porter les Écritures, par exemple, à la connaissance d’un public anonyme, le protestant n’imagine pas qu’il puisse y avoir là autre chose qu’un appel à témoigner de sa foi. En lui, le missionnaire se réveille.   

Or, même en ce domaine, comment parler aux gens, à supposer qu’il s’agisse de témoigner, quand ces interlocuteurs n’ont aucune idée de ce dont on les entretient ? Ou plutôt, s’il n’existe plus aucun terrain commun sur lequel installer la relation ? Quand même le mot dieu n’évoque plus rien.

Or les œuvres protestantes n’ont pas pour finalité, en général, l’obtention de conversions. Il s’agit d’aider. Et bien sûr on est content, on se sent compris, quand l’un ou l’autre des bénéficiaires de cette aide se tourne vers le Christ, mais cela est d’un autre ordre que celui de l’échange intéressé. 

Alors pourquoi pas aussi en ce domaine de la culture ? Un service, rien d’autre, une aide gratuite à destination de l’ignorant, comme autrefois la création d’écoles au temps de l’obscurantisme. Pourquoi ? Simplement parce que l’ignorance de son propre passé est une pauvreté, un malheur, et que notre peuple a besoin de son histoire spirituelle, diverse et contrastée, serait-ce pour la rejeter en toute clarté.

 

Du 1er au 7 février  

   

Brexit 

Soyons sérieux, l’Anglais est comme ça, si on lui donne tout ce qu’il demande pour le garder dans l’Union, il en voudra plus.

 

Gaffe !

On parle de Nicolas Hulot comme ministre de l’écologie. Je serais un arbre d’une espèce en danger, je lui crierais « Y va pas, Nico, c’est une branche pourrie ! » (Mais finalement, il n’y est pas allé)

 

Dico 

Je trouve que les gens qui s’insurgent contre la réforme de l’orthographe en renvoyant leurs lecteurs à un hashtag d’untel ou d’unetelle ne sont pas crédibles. Ce sont des fessemathieu… Ou fessemathieux ?

 

Stage

Ce que certaines Allemandes ont expérimenté à Cologne le 31 décembre du fait d’étrangers de type arabe, c’est comme un concentré de ce que connaissent bien des Franciliennes tous les jours dans le métro du fait de Franciliens de toute catégorie… 

 

Le Dire

Tout ce débat actuel autour de la déchéance de nationalité me pousse à constater que, dans les Écritures bibliques, la parole adressée, le dire, au sens fort, est la seule origine qui intéresse. Au commencement était le Dire.

Cela est illustré par nombre de récits touchant telle ou telle femme stérile ou vierge et qui enfante néanmoins à la suite d’une parole antérieure. La parole l’emporte sur le sperme et sur l’utérus.

C’est d’ailleurs ce qui fait de l’adoption, non seulement dans le droit français mais premièrement dans la logique biblique, un acte fondateur, décisif et définitif.

Dans cette perspective, la personne à qui l’on aurait dit « Tu es française » le resterait quoi qu’il arrive et quelle que soit telle origine qui se trouverait par avance dans son histoire personnelle.

Remettre ce principe fondateur en cause reviendrait à créer une insécurité fort néfaste, porteuse de violence, chez nombre de personnes, surtout des jeunes, quant à leur identité. On devient révolté, voire terroriste, pour moins que cela.

 

Mutations

À côté des atrocités dont il est l’acteur, Daéch correspond aussi à un "principe" qui peut changer profondément nos conceptions portant sur le destin du monde : il se donne pour un État qui est en guerre, ce qui est banal, mais il pose que cette guerre est contre tout ce qui n’est pas lui alors que lui est potentiellement présent partout.

Il invente donc un tout nouveau système historique, basé sur ce principe, en fait post-moderne – je l’appellerai le "Principe-Daéch" –, selon lequel tous pourraient décider d’être en guerre contre tous et partout.

Compte tenu de la nomadisation croissante de la population mondiale, on peut craindre qu’un Nouveau Régime Mondial, incluant le Nouveau Régime Climatique désormais actif, puisse se développer et rendre universel ce Principe-Daéch.

Mais on peut aussi espérer que se développe en revanche un régime bien plus novateur encore, basé sur un autre principe que j’appellerai Principe-Alter. Il partirait d’une volonté de développer partout des systèmes de coopération volontaire et commanderait les relations existant entre populations réelles, mouvantes ou non.

Il est patent que ce second principe n’a malheureusement pas, aujourd’hui, dans les rares milieux au sein desquels il existe, la même capacité organisationnelle que l’autre… En effet, les divers  collectifs qui ont tenté d’y parvenir, souvent eux aussi de filiation religieuse, n’ont pas encore réussi à imposer ce modèle.

Dans l’immédiat, et compte tenu de la violence comme de la solidarité intrinsèques de notre espèce, je pense que l’on ne peut s’attendre qu’à un mixte fort complexe des deux principes… Autrement dit, à moins d’un cataclysme (genre Kim Djong-eun fait mumuse), la guerre n’est pas finie, la paix non plus, elles seront à négocier au coup par coup, un peu partout, en fonction du moment.

Il faudra s’y habituer, y compris en Europe, et vivre avec l’insécurité, c’est-à-dire rompre avec le sentiment erroné d’appartenir à une partie du monde protégée par nature de la violence originelle.

À côté de cette incertitude mondialisée, nos petites histoires de frontières vont vite sembler dérisoires.

(C’était notre page : L’Apocalypse mise à part, qu’est-ce qu’on fait à l’avenir ?)   

 

Du 25 au 31 janvier   

 

Laïcité 

Dans une tribune envoyée au journal Le Monde (28 janvier), François Clavairoly, le président de la Fédération protestante de France, fait écho à la polémique qui agite ces temps-ci les milieux qui s’intéressent à la définition de la laïcité. Ayant été pris à partie, il tente de s’expliquer poliment avec ceux qui font de la laïcité une religion. Je traduis un aspect de sa pensée à ma manière : faire la leçon aux protestants sur la laïcité, c’est comme vouloir apprendre à sa mère à faire des enfants.

 

Facile prédiction 

Christiane Taubira, libre de ses mouvements, se présentera-t-elle à l’élection présidentielle ? On le lui demande. Nicolas Hulot, libéré des engagements qu’il avait pris avec François Hollande dans le cadre de la COP21, se présentera-t-il à l’élection présidentielle. On le lui demande. On a un an pour poser la même question à tel ou telle autre. Inutile brouhaha : qui se présentera on ne le sait, mais on peut déjà savoir qui a une chance d’être élu : il ou elle fait partie de la courte liste de ceux ou celles qui le veulent depuis toujours et ont toujours tout fait pour cela. Car pour devenir président de notre République, il faut porter en soi cette folie-là. 

 

Justice

Il est tout à fait normal que, sur la planète, un seul pour cent de la population possède la moitié de la richesse mondiale. Cela ne doit pas étonner car ce un pour cent est composé des génies qui ont créé toute cette richesse et qui, ardents philanthropes, la mettent au service de tous. Le mérite paie. Si tel n’était pas le cas, ces gens-là mourraient de honte, or, aux dernières nouvelles, ils se portent bien. 

 

La culture, ferment de paix ?

Ou un point de vue biblique sur la culture

Je reprends ici, en le remaniant légèrement, le texte d’une conférence

donnée sur ce thème en 2004, à la demande des organisateurs d’un festival pour la paix, dans le contexte de la guerre menée par les États-Unis

et certains de leurs alliés contre l’Irak de Saddam Hussein :

 

La culture, ferment de paix ? Voilà trois mots, et sur les trois, un seul est clair : le mot ferment. Du moins pour moi. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que signifie aujourd’hui le terme de culture. Ce qu’il devrait signifier. Quant à la paix, je ne sais pas ce que c’est, je ne l’ai jamais rencontrée, du moins en vérité. Je suis, à son propos, dans la plus grande... insécurité.

Mais je sais ce que c’est qu’un ferment. C’est une chose sans grande apparence, mais qui permet la transformation du milieu dans lequel elle se trouve placée, en sorte qu’une nouveauté apparaisse. Une nouveauté qu’on cherche à faire naître. Que l’on désire. Et c’est vrai : si la paix apparaissait, ce serait une fameuse nouveauté pour l’espèce humaine. Mais existe-t-il une culture qui ait ce pouvoir ? Qui soit ce ferment. Et cela sans mentir, au sujet de la paix ?

La paix ?

De quel point de vue pourrais-je parler de la paix ? Je voudrais parler de la paix du point de vue de l’enfant dont les premiers souvenirs conscients sont le départ de son père pour la guerre. Ou de l’enfant qui se trouve le nez dans les orties d’un fossé, protégé par le corps pesant d’un adulte amical, alors que les avions ennemis mitraillent la foule en fuite sur la route. 1940. Ou qui se retourne, depuis le fond d’une bouche de métro parisien, vers le tireur des toits qui l’a pris pour cible et l’a raté. Ou qui se trouve ramassé sous les ruines d’une maison de cinq étages écroulée sous les bombes... Une vraie bête de guerre, cet enfant-là ! Sûr qu’il a un point de vue sur la paix.

J’ai été cet enfant-là, et si vous le voulez bien je conserverai son point de vue. C’est le seul qui me permette de parler de la paix sans trahir la cause des enfants de Bagdad. Entre autres. Car c’est le point de vue d’en bas.

Très souvent la guerre est affaire de haut et de bas. Et pour avoir vécu ce face-à-face, j’affirme qu’il vaut mieux, pour le bien de son âme, souffrir le point de vue de ceux d’en bas, plutôt que de bénéficier de celui d’un pilote de bombardier.

Je dis Bagdad, parce que tout le monde en parle et que les médias ne voient que cette guerre-là. Voilà déjà un aspect de la culture d’aujourd’hui : les médias. Mais pour être un média qui médiatise, il faut avoir des journalistes au travail sur les lieux. Et quand les lieux sont ceux de la guerre, il n’y a de journalistes pour vous en parler, de celle-là, que lorsqu’il suivent une armée qui les protège. Pas d’armée, pas de journalistes. Si bien qu’on ne vous parle pas, dans vos médias, des guerres qui ont le malheur supplémentaire de n’avoir pas en lice l’une ou l’autre de nos armées d’Occident. L’Irak, oui ; le Cachemire, non. Le Sri-Lanka, la Birmanie, le Congo, non. Il y a donc des guerres de riches et des guerres de pauvres. Et cela m’amène à nourrir un soupçon : y aurait-il aussi des paix de riches et des paix de pauvres ?

Et me voilà déjà dans ce point de vue d’en bas, qui soupçonne, qui a bien des raisons de soupçonner, qui n’en finira jamais de soupçonner que les gens qui parlent de paix parlent souvent de leur paix à eux, de la paix qui les arrange, laissant aux autres une paix peu flatteuse, plutôt boiteuse, une paix de guerre larvée. Une drôle de paix comme il y eut une drôle de guerre.

Ils disent "Paix, paix !" Et il n’y a point de paix ! s’écriait déjà Jérémie, et Ézéchiel le répétait. Ce n’est pas d’hier, cela fait déjà vingt-six siècles. De qui parlaient-ils ? Ils parlaient des gens de culture de leur époque : rois et nobles ; prophètes et prêtres. Les grands. Ceux d’en haut. Le point de vue était bien, alors, ce point de vue d’en bas. Jérémie, puis Ézéchiel croyaient parler au nom du Très-Haut, mais déjà, comme le dit si bien Christian Bobin, ils parlaient en fait au nom du Très-Bas.

Mais soyons sérieux. Et soulignons que le point de vue d’en bas n’est pas seulement celui des enfants bombardés au vingtième siècle. Il ne se cantonne pas non plus, à l’inverse, dans les pages obscures de lointains prophètes hébreux. Le point de vue d’en bas est aussi lié, au long des siècles, à des souvenirs amers. Égrenons, par exemple, les exploits de quelques brillantes civilisations :

Au XVIe siècle, en plein Siècle d’Or espagnol, le point de vue d’en bas est celui des populations d’Amérique du Sud, que l’on va détruire. Dont on détruira jusqu’à l’âme. 

Au XVIIe siècle, c’est à Versailles, en plein siècle de Louis XIV, en ce Grand Siècle des Racine, Corneille, Molière, et tant d’autres, que la Révocation de l’Édit de Nantes est signée. Nous sommes au comble de la civilisation française. Et là, le point de vue d’en bas, c’est celui du protestant français. Le Trianon d’un côté, les galères de l’autre.

Au XVIIIe siècle, c’est l’âge d’or du commerce triangulaire, autrement dit la Traite des Noirs. Le Bois d’ébène. Qu’en est-il de la culture des esclaves face à la culture blanche ? Elle part du point de vue du fond de cale.

Au XIXe siècle, c’est la France, "mère des arts, des armes et des lois", qui, comme l’Angleterre, soumet, pour les civiliser, nombre de peuples politiquement moins organisés, et de cultures techniquement moins avancées.  

Enfin, au XXe siècle, c’est de la patrie de Mozart que vient ce petit caporal qui deviendra l’un des plus sinistres tueurs de toute l’histoire humaine. Celui qui planifie méthodiquement le mal. Et ni Kant, ni Hegel ; ni Bach ni Beethoven ; ni Goethe ni Rilke n’y changent rien. L’une des cultures les plus achevées de l’humanité aboutit alors à cela : guerre totale et ruines totales. Et anéantissement. Un mot qui en hébreu se dit shoah.

Oui, il y a bien, hélas, un point de vue d’en bas sur la culture humaine. 

Or le point de vue d’en bas, c’est le point de vue constant des Écritures bibliques. C’est la culture biblique. C’est du moins de ce désir-là qu’elle est témoin. Un vieux et dur désir divin. On a trop souvent oublié cela, on l’a trop souvent déformé, détourné, et, disons-le : carrément trahi au long des siècles.

La culture biblique, la vraie, est une culture de l’anti-culture. Voilà qui n’est pas facile à tenir. Et pourtant, voilà qui s’est exprimé, sur presque deux millénaires, avec la plus grande vivacité. D’Abraham à Jésus, en passant par Moïse ou David. Je vous propose d’en faire un peu le tour.

Nous sommes dans la première moitié du second millénaire avant Jésus-Christ. Disons vers –1800, grosso modo. Nous sommes en Mésopotamie, entre Tigre et Euphrate. Déjà. Et là, c’est une des grandes civilisations mondiales, qui rivalise avec celle de l’Égypte, de l’Inde ou de la Chine. Les cités, les monuments, les écrits, parfois déjà millénaires, le droit, tout cela a atteint un niveau culturel qui donne à l’empire de Babylone un lustre éclatant.

C’est dans cet empire et dans ce contexte qu’un homme, Abram, reçoit alors ce message : Va-t’en, pour toi, loin de ton pays, loin de ta patrie. Tel est le message inaugural, adressé au premier d’une lignée de fidèles. Le père des croyants, comme on l’appelle. Ce qui signifie aussi qu’il est le père de ceux qui ne croient plus. Je veux dire : qui ne croient plus à ce qui fait la richesse, la puissance et la gloire des autres. Le savoir des autres.

La culture de l’empire n’est plus rien pour Abram. Il y a là, dans cette simple phrase, en ces deux seuls mots hébreux, lekh lekhâ, "va-t’en, pour toi", la rupture fondatrice qui va créer l’homme de la Bible, les hommes et les femmes qu’on appellera à juste titre les Hébreux, parce que ce mot signifie à l’époque "ceux qui traversent", et dit bien ce qu’il en est de ceux-là.

Mais pourquoi partir ainsi ? Pourquoi le faut-il ? L’idée, c’est que l’ensemble des familles de la terre ne sauraient jouir de la bénédiction dans le cadre de l’empire. Oui, l’idée c’est la bénédiction. Ce sont les conditions de la bénédiction. Toutes les familles de la terre seront bénies en toi, dit le seigneur d’Abram à son ami humain. Et la bénédiction, c’est un autre mot pour dire l’accomplissement total de la paix. Le don de la paix. La vraie paix pour les familles humaines. Avec ce qu’il faut d’honnête aisance pour y parvenir. Or il y faut des conditions, qui en un sens se résument à cela, mais qui est le plus dur : quitter, pour toujours, le désir d’empire.

Car l’empire est désirable. Il est la réponse la plus assurée, semble-t-il, à l’angoisse immémoriale de l’être humain : sécurité. Sécurité qui assure, à long terme, la nourriture, l’habillement, le toit, les soins. Et pas seulement, car ce sont là, aussi, les conditions de la chaleur durable de l’amitié, de l’amour, de la famille. Les prolongements de soi dans l’histoire de ceux d’avant, et surtout, dans l’histoire de ceux d’après. Les conditions de la durée. C’est sur ce terrain que se bâtissent les civilisations. Que naissent les cultures.

La nouvelle histoire du père de toutes les bénédictions, l’histoire nouvelle qu’Abram inaugure au travers des empires, elle, cette histoire, elle n’aime pas les sécurités passées de l’empire, je l’ai dit. Mais de plus, elle n’aime pas non plus les sécurités promises pour l’avenir. Car si Abram a quitté son père, il va devoir se démettre aussi de son fils. Cela aussi lui est demandé. Se peut-il, pourtant, qu’il existe une culture à ce point anti-culture, qu’elle refuse, et le passé, et l’avenir ? Qu’elle refuse l’empire étale de la durée. Qu’elle fasse fi de la mort, de la fin annoncée, de la mortalité des cultures, au point de ne plus chercher à combattre cette finitude, mais à l’assumer ?               

Telle est pourtant la visée de cette narratrice infatigable qu’on appelle la Bible. Elle vous raconte, avec l’histoire d’Abram, la parabole de ce désir. Le désir de tuer en soi le désir d’empire.

Et si vous faites un saut de quelques siècles et de quelques centaines de kilomètres, partant d’Ur en Chaldée vous arrivez en Égypte, au temps de Moïse. Et vous y retrouvez cette rupture, ce refus, à nouveau, cet abandon du vieux désir. C’est chose difficile, et les Hébreux, une fois partis, une fois seuls au désert, regrettaient leur empire et leur vieux pharaon.

Et qu’y a-t-il de mal à ça ? Car il n’y a jamais eu d’esclaves, en Égypte. Point d’esclavage. Tout égyptologue un peu sérieux vous le confirmera. Le récit biblique, d’ailleurs, ne parle pas de cela, mais bien de servitude. Au fond, il se peut que les Hébreux, en Égypte, au-delà de quelques coutumes particulières, n’aient jamais été que des Égyptiens comme les autres... Au service de l’empire comme les autres. Dans la servitude inhérente à la condition de sujets d’un empire. Et puis voilà que ce vieux désir d’empire avait fait place, en eux, au désir d’en partir. Pour un autre avenir, quelque chose comme une utopie, dans laquelle il n’y aurait plus de seigneurs humains, où l’on ne serait plus jamais les serviteurs d’un être humain, les sujets d’un système qui divinise un humain en sorte que les humains le servent. Plus jamais ça. Ce royal humain serait-il issu de la cuisse de Jupiter, ou descendant du dieu Râ.

Plus jamais, disent alors ceux-là, un humain ne se fera servir comme un dieu. Plus jamais un empire ne sera dieu pour nous. Une utopie, vous dis-je, tout bien considéré. Car de tout temps, et aujourd’hui encore, il a existé, il existe, il existera des humains qui tiendront dans leur main le sceptre et le foudre divins, de quelque nom que les dieux se nomment alors. Car nous avons des dieux, aujourd’hui, nous aussi... sauf qu’ils ne s’appellent plus comme ça, et qu’ils sont moins photogéniques !

Alors c’est comme un désir d’enfant, ce désir de sortir, de prendre ses jambes à son cou, de prendre son destin à deux mains, de s’en aller et de se fabriquer des règles à soi dans un domaine à soi, dans un domaine à faire, devrait-on en baver. Un désir d’enfant chez ces drôles d’Égyptiens-là, ces Hébreux qui une fois de plus s’en vont, qui s’en vont une bonne fois pour toutes.

Et notez que le nom de Moïse est un nom égyptien qui signifie "enfant"... Ramsès, lui, le pharaon, porte un nom qui veut dire "Enfant du dieu Râ". Moïse signifie seulement "enfant". Le dieu Râ, comme tous les dieux de l’Égypte, a disparu pour lui. Il les a quittés, il les a abandonnés. C’est un autre dieu qui l’appelle, et qui n’a pas de nom. Il y a là plus qu’une formule : la culture de l’empire est une culture des noms, des nominations, des dieux qui se targuent de leur nom, des institutions répertoriées, des gens qui ont une adresse. Une culture où tout ce qui est signifié est contenu dans les signes prévus pour. Une culture de la statue, de cette "image taillée", immobile et inaltérable, dont les Hébreux se défendront, puisqu’elle dit, à cette époque, la pérennité, la solidité, la puissance et la gloire des dieux de l’empire, de tous les empires. Et de toutes les servitudes.

Quant à la culture biblique, elle met en avant un sujet, elle aussi, ce dieu auquel elle se réfère, mais qui n’a pas de nom, car son nom est un verbe. Et de plus, un verbe conjugué à l’inaccompli. Quand Moïse demande à ce dieu son nom, le dieu répond en effet ceci : Je serai que je serai (èhyèh achèr èhyèh). Et depuis, ce fameux nom dont on ignore la prononciation – et pour cause – s’écrit à l’aide de quatre consonnes dont la première indique une forme verbale.

Oui, une culture du verbe, de l’agir, du futur, de l’inaccompli, de ce qui s’accomplit, est en train de s’accomplir, ou s’accomplira. Pas de statue. Pas de nom. Pas de terme...

C’est plus tard, deux ou trois cents ans après Moïse, peut-être déjà à l’époque du roi David, qu’on regroupera de vieilles histoires, des légendes d’autrefois auxquelles on conférera un nouveau sens. Telle est l’histoire de Caïn. Elle donne une signification à ce refus de l’empire, de la culture de l’empire, de la culture des nominations et des pérennisations.

On sait, bien sûr, que le récit qui concerne Caïn fait de celui-ci le premier meurtrier de l’espèce humaine, celui qui tue son frère. À la vérité il y a plus que cela, car Caïn est en fait le premier homme... normal. Il est le premier qui soit conçu et bâti comme chacun des messieurs que l’on peut rencontrer. Car ce n’était pas le cas d’Adam, le pauvre, qui n’avait pas de nombril, n’étant pas né d’une femme !

Caïn est le véritable premier homme, et il est aussi présenté comme le premier créateur de civilisation. Lui et ses descendants directs. C’est lui qui inaugure. Il inaugure la première cité, la première civitas, que d’ailleurs il nomme. Et le nom qu’il lui donne, Hanokh, signifie "Inauguration". Oui, vraiment, Caïn est bien le premier d’entre nous. C’est le message qu’on vous transmet, dans ce récit.

Voilà le véritable fondateur de la culture, de la civilisation : un meurtrier. Le meurtrier. Et ses descendants vont inventer, à sa suite, les arts et les techniques, jusqu’à ce Lèmèc, son petit-fils, qui inventera la guerre. Qui l’inventera... et qui la chantera en poète ! Car les paroles de Lèmèc forment un des tout premiers poèmes de la Bible :

Ada et çilla, écoutez ma voix

Femmes de Lèmèc, entendez mon dit

Oui, j’ai tué un homme pour ma blessure

Et un enfant pour ma déchirure

Oui, Caïn sera vengé sept fois

Et Lèmèc, soixante-dix sept fois ! 

(En fait c’est le second des poèmes bibliques, car le premier, heureusement, est un poème d’amour, les premiers mots d’un être humain dans la Bible, prononcés lorsque apparaît la femme :

Cette fois, c’est elle

Os de mes os

Chair de ma chair !

On lui dira, à elle

"Madame"

Car chez un Monsieur

Elle, on l’a prise...)

Mais revenons à Caïn et Lèmèc, les pères de la culture des rois. La culture d’en haut. Les prophètes – du moins les vrais – n’en finissent pas de revenir là-dessus : la culture des rois est la culture de la mort.

Écoutez ce qu’en dit Amos : « Rassemblez-vous sur les montagnes de Samarie et voyez quelle immense confusion au milieu d’elle, quelles violences en son sein ! Ils ne savent pas agir avec droiture, dit mon Seigneur Adonaï, ils entassent dans leurs palais les produits de la violence et de la rapine. C’est pourquoi, ainsi parle mon Seigneur Adonaï, l’ennemi investira le pays et détruira ta force, et tes palais seront pillés. »

Et bien sûr, il sait de qui il parle, Amos, quand il évoque cet ennemi qui va détruire les grands lieux de culture d’Israël. Il parle de l’Assyrien, ce modèle de tous les empires destructeurs et voleurs. L’empire assyrien, le plus cruel de tous, et qui invente le musée, dès le VIIe siècle avant notre ère, pour y conserver le produit de ses pillages. Et qui conçoit, aussi, la bibliothèque internationale la plus importante de l’Antiquité, bien avant celle d’Alexandrie, pour y rassembler la littérature de tous les peuples qu’il a passé, comme dit Amos, à la herse de fer. Ainsi va la culture... 

Jésus se situe dans le droit fil de cette culture de l’anti-culture, portée par son peuple tout autant que trahie, à son époque, par son peuple. Tout descendant de roi qu’il est peut-être, il grandit dans la zone – car c’est à peu près ce que signifiait alors le mot Galilée.

De quelle culture la Galilée pouvait-elle se prévaloir ? C’était une marche, une région marginale, aux bourgades rurales, peuplée de Juifs, certes, mais aussi de Syriens, de Phéniciens, de Grecs. C’était aussi un mélange explosif, que les légions romaines tenaient à l’œil, au nom de l’empire, car c’était souvent de là que partaient les actions terroristes des Zélotes, ces intégristes d’alors. Quant à la population juive, elle y était plus précisément tenue en laisse par les envoyés sourcilleux des Grands de Jérusalem, venus de Judée.

Eh bien ces Romains, et ces Judéens, en une alliance improbable, vont tuer le petit messie des Galiléens. Non sans qu’il ait d’abord fustigé l’hypocrisie de ses maîtres, insulté les politiques, et maudit les splendeurs architecturales de la ville sainte. Tourné vers le haut, il se montre violent, mais vers le bas, vers le peuple des sans-travail, des prostituées et des tordus, il est celui qui soigne, qui guérit et qui, par dessus tout, libère de la culpabilité.

C’est pourquoi, si certains l’appellent "Fils de David", d’autres "Fils de Dieu", il se nomme lui-même, non "Fils de l’homme", comme on traduit le plus souvent, mais plus précisément "Fils de l’humain", huios ton anthrôpon. Ce qui signifie tout simplement l’être humain. À la fois l’homme de base, et l’humain par excellence. Celui qui porte le point de vue de l’humain, ce mortel entré dans la vie en criant, nu et désarmé. Un mortel habité par la violence tout autant que par l’amour de la beauté, dans son "dur désir de durer", de se perpétuer, de combattre sa peur.

Aussi, lorsqu’au troisième jour le Fils de l’humain surgit d’entre les morts, cet éveil a aussi pour sens que l’empire n’en aura jamais fini avec lui. N’en aura jamais fini de ce désir venu d’en bas. Qu’il resurgira toujours, ce désir de voir disparaître la civilisation humaine, trop humaine, et sa culture, non pour ce qu’elles sont en elles-mêmes, mais pour ce que, toujours, on en fait.

Car si la résurrection du Christ a pu être récupérée par la Chrétienté pour asseoir et légitimer pendant des siècles la violence organisée que l’on sait, à plus forte raison va-t-on voir récupérées par les tenants d’en haut toutes les œuvres de culture, seraient-elles nées d’un pur désir de beauté et de justice, ou de justesse...     

Alors, cela est-il sérieux, ce déni de la culture des peuples organisés, ce refus de la cité, qui pourtant vous nourrit, vous éduque et vous rassure ? Vous propose un sens à votre vie. 

C’est là qu’il faut savoir se situer, par rapport à ces récits bibliques, par rapport à cette culture dont je disais qu’elle est une culture de l’anti-culture. Car c’est un ferment ! Rien qu’un ferment, mais tout un ferment. Un ferment qui s’immerge dans la pâte opaque de l’histoire humaine pour la changer, en l’inquiétant, en l’oxydant, en la faisant lever. Comme le levain le fait de la pâte en vue d’obtenir la bonne odeur du pain.

Je reviens à ce mot : un ferment. Voici par exemple ce qu’en dit le Petit Robert : "Ce qui fait naître un sentiment, une idée, ce qui détermine un changement interne". Et plus loin : "Substance qui détermine la fermentation d’une autre sans être elle-même apparemment modifiée".

Telle est la culture biblique. Elle a toujours en vue une autre cité que la cité, un autre avenir, une visée de justice toujours à refaire, à inventer, à réinventer. C’est là sa culture. À peine une œuvre est-elle achevée, que déjà elle va plus loin, la recrée, autrement, en fonction des puissants du temps. En fonction de la logique des puissances, quelles qu’elles soient, qui vont l’utiliser, la détourner, ou bien la mettre en cage, dans leur logique de guerre. Dans leur éternelle logique de puissance et de domination.

Cette réécriture, à l’intérieur même de la Bible, est d’ailleurs toute l’histoire de sa création, au long des siècles.

Et c’est ainsi qu’elle nous apprend ceci :

Il n’y a pas de paix, mais il peut y avoir des ferments de paix. Il n’y a pas de culture qui amène et assure la paix, mais il peut y avoir des œuvres de culture qui soient ferments de paix. Cela dépend du désir qui les guide. Et depuis toujours, et sans doute pour toujours, il existe au sein de l’humain ce désir de rompre, avec l’empire, avec la domination, avec l’envie de se soumettre. 

Aussi y a-t-il une espérance, parce qu’il y a toujours combat.      

 

Du 18 au 24 janvier   

 

Raphaël Picon 

Pourquoi a-t-il fallu que ce soit justement Raphaël Picon qui meure à quarante-sept ans ? Laissant une veuve et trois enfants. Et une œuvre inachevée. D’autres auraient pu le précéder sans dommage, qui ont bouclé leur boucle. Eh bien non, l’un de nos théologiens protestants les plus intéressants et les plus sympathiques (ce qui ne gâte rien) vient de nous quitter. Plusieurs indices récents me laissent penser que notre Église n’est pas bien vue là-haut en ce moment.

 

Matthieu Ricard

L’heure est à Matthieu Ricard, en revanche. On le voit partout, le bon moine, enfilant quelques perles gentillettes dont le contenu réel me paraît un déni de la violence inhérente à l’espèce humaine. De quoi laisser croire que le tout du bouddhisme réside dans l’aménité. Voire, si ce dernier porte en lui de profondes richesses, cette aménité-là n’est pas toujours l’impression qu’il donne là où il domine depuis des siècles. 

 

Tradition occidentale contre pensée biblique

Derrière les positions défendues au sein de l’Église protestante unie par les Attestants comme par de nombreux autres ici ou là, se trouve à mon sens une philosophie sous-jacente non biblique.

Conformément à la tradition occidentale, cette pensée est dualiste et distingue, voire oppose, le contenant et le contenu, la forme et le sens, la matière et l’esprit, le signifiant et le signifié, le corps et l’âme, etc. Il s’agit d’une conception statique qui pose des éléments distincts liés par la relation qui unit, par exemple et pour le dire plaisamment, le vin et la bouteille : pour trouver le vin, il suffit de le chercher dans la bouteille, l’avantage étant que ce sera toujours le même vin.

C’est ainsi que pour apprendre ce que disent les Écritures, par exemple au sujet de l’homosexualité (je prends cet exemple au hasard…), il suffit de chercher, parmi les mots qu’elles contiennent, ceux qui correspondent à la question posée. 

Il n’est pas étonnant que l’on trouve la présence de cette conception – tout naturellement puisqu’il s’agit de la pensée qui nous habite depuis des siècles – dans la Confession de foi de la Rochelle, entre beaucoup d’autres, comme me l’a opportunément rappelé l’un de mes chers collègues sur sa page de Facebook. Pour elle, les Écritures contiennent la Parole. Mais en réalité, cela n’a rien de naturel et doit tout à l’histoire de la pensée parvenue chez nous depuis l’Antiquité gréco-latine. 

Paradoxalement, cette façon de penser se distingue des Écritures elles-mêmes, chez lesquelles ce dualisme n’a pas cours et qui privilégient par exemple l’ensemble "chair/souffle/vie" ou, pour ce qui nous occupe, l’ensemble "lettre/souffle/parole".

Ce terme de souffle se trouve traduit le plus souvent par esprit dans nos langues, ce qui fait apparaître qu’il y a esprit et esprit, celui qui s’oppose à la matière dans la philosophie courante et celui qui donne du souffle dans les Écritures.

Chez ces dernières, le souffle n’est pas contenu dans la chair, non plus que dans la lettre, il n’est pas une chose, la vie ni la parole non plus, mais c’est le système dynamique complexe ainsi conçu – chair ou lettre animées et agissantes – qui crée la vie ou la parole. Vie et parole qui se déploient et ondoient sans cesse en fonction des conditions au sein desquelles elles se trouvent agir et réagir.

Comme la construction des mots en -ure, d’ailleurs, l’indique, l’écriture et la lecture sont alors des processus, non des entités, sinon elles se dégradent en vulgaire écrit et en simple redondance. On y perd une parole, et pour les Écritures, une Parole de Dieu.

Cette façon de voir rend compte de la puissance de créativité propre aux Écritures, pour lesquelles vont de soi la constante reprise et la réécriture en situation de traditions littéraires plus anciennes par les prophètes et les scribes, ou la juxtaposition de quatre évangiles dissemblables, ou encore l’édition de textes dits pauliniens parfois allègrement contradictoires.

Au lieu d’enjoindre quiconque à se conformer à tel ou tel mot d’ordre extirpé de la Bible, il y a donc à retrouver, je pense, le sel de la forme de pensée qui a présidé à l’écriture des Écritures. Poser cela ne préjuge en rien des conséquences pratiques que l’on pourrait s’accorder à tirer collectivement de ce processus puisqu’elles sont à venir, à faire venir.

C’est pourquoi, dans le cadre de la disputation ecclésiale touchant à la question de la bénédiction des couples homosexuels, j’ai toujours affirmé que je ne pouvais pas savoir ce qu’il convenait de décider selon les Écritures, quelle que soit mon oiseuse inclination personnelle, puisque le processus de décision ne reposait sur aucune conception claire de celles-ci, dans notre Église comme dans beaucoup d’autres, mais s’apparentait à un dialogue de sourds.   

 

À qui se fier ?

C’est pas gentil, je sais, surtout pour quelqu’un comme moi qui les soutenais, mais je trouve que Hollande patine et que Valls surchauffe. Je n’étonnerai personne parmi mes proches en écrivant que je recommence à penser, mais juste un peu, à Ségolène…

 

Viva Italia !

Ici, nous parlons souvent de notre sœur latine à propos de l’Italie. Cela avec parfois, sous-entendue, l’impression qu’il s’agit plutôt d’une petite sœur… À certains égards, et sans remonter jusqu’aux Romains, elle serait plutôt notre mère, je pense, cela depuis la Renaissance. La mort d’Ettore Scola le rappelle. Ou plutôt son œuvre, capable de faire rire, d’émouvoir et aussi de faire comprendre, parfois en une seule séquence, le sens de notre histoire. 

 

Cadeaux 

La direction de Smart ayant obtenu l’accord des employés pour travailler plus en étant payé moins de l’heure, un expert déclare que dans la conjoncture présente il faut bien accepter de perdre quelques avantages. Le salaire, un avantage : toute la droite est là. Cela me rappelle Chirac qui, lui, parlait de récompense…

 

Un concile ?

Je ne sais si cela a un rapport avec la fondation du mouvement des Attestants au sein de l’Église protestante unie, mais j’aime cette remarque du théologien sud-africain David J. Bosch selon laquelle il y a eu d’innombrables conciles consacrés à la vraie doctrine chrétienne, alors qu’aucun concile n’a jamais été convoqué pour préciser les implications du plus grand des commandements : s’aimer les uns les autres…

 

Attestants 

Pour une Église protestante, s’en tenir au principe du Sola Scriptura (l’Écriture seule), comme l’exigent les protestants qui se nomment désormais Attestants, me paraît un minimum. Mais qu’en sera-t-il alors pour eux d’un Solum Verbum (la Parole seule) ? Car si l’Écriture ne devient pas Parole, elle reste enfermée dans le Livre : à quoi sert-elle alors ? Or la simple expérience montre que le passage d’une écriture à une parole adressée suppose une interprétation… Ceux-là diront-ils que seule la leur est la bonne ? 

 

Raté !

Hier, ciel bleu clair et pur, terre gelée sous le pied, champs blancs de givre, on respire, enfin le bel hiver ! Heureusement, les piafs peuvent picorer dans le crottin à eux laissé par Daisy, ma copine alezane. Elle a mis sa pelisse et son souffle fait buée. Et tout est bien.

Aujourd’hui, il pleut. 

 

Bruno Latour

Je livre ici quelques notes de lecture d’un livre de Bruno Latour, Face à Gaïa (La Découverte), que je trouve propre à faire réfléchir quand on se préoccupe du Nouveau Régime Climatique. Je ne comprends pas tout de ce qu’il expose, mais ça me fait des clics dans la tête. Du coup, je le tire vers mes obsessions.

Fin du monde

Cette citation de lui, « L’Apocalypse est un appel à être enfin rationnel », me parle pour plusieurs raisons dont celle-ci : parce qu’elle correspond à certaines de mes recherches personnelles à propos de la forme de pensée des Prophètes bibliques. On ignore trop à quel point elle est actuelle.

Je pense par exemple à la fin du livre d’Amos, que la plupart des commentateurs modernes estiment une partie ajoutée ultérieurement pour la raison qu’elle annonce un avenir positif au Royaume d’Israël alors que tout le livre prédit des catastrophes écologiques et militaires à celui-ci en conséquence de ses mauvaises pratiques.

En réalité, il convient de comprendre ce paradoxe apparent que manient les prophètes, et Jésus à leur suite, et selon lequel la fin – de toi, de la nation, du pays, du monde – est assurée mais n’a de sens qu’avec un « sauf si… ». Tout s’écroule, puisque nous faisons tout pour cela, sauf si nous changeons de sens, nous disent-ils, à la dernière minute. Ou sauf si survient l’impondérable…

Nous sommes donc pour eux dans le temps de la fin, le temps de cet écart entre la fin annoncée et la fin réalisée. Un temps où les deux sont vrais en même temps de la chute et du relèvement.

Et ils ne rigolent pas, eux, car ils croient ce qu’ils savent, ce qu’ils voient, à la différence de nous qui savons tant de choses que nous ne voulons pourtant ni voir ni croire, à savoir que la fin de notre monde est bel et bien là. D’où l’usage du mot apocalypse, qui signifie dévoilement. 

Que nous soyons toujours dans ce temps de la fin, c’est aussi le sens de la parabole du Jugement dernier. C’est à partir de l’image prégnante de celui-ci que nous pouvons tenter d’éviter les effets de notre universelle condamnation à la disparition.

Foi et religion

J’adresse cette citation du même auteur à ceux de mes collègues pasteurs qui passent si facilement de la foi à la religion : « S’il est vrai qu’être chrétien exige de vivre dans la crainte et le tremblement [à la suite de Kierkegaard, NDLR], alors vous comprendrez aisément que la tentation sera forte de se précipiter sur toute occasion de cesser de craindre et de trembler. »

Et paraphrasant aussi Éric Voegelin (La Nouvelle Science du politique, Le Seuil), je précise mon vocabulaire : alors que la foi est incertitude – vibration de la présence et de l’absence – la religion est gnosticisme, connaissance assurée censée nous sauver. La foi est ce qui vous saisit ; la connaissance, ce que vous saisissez.

De profundis…

Je réagis maintenant, toujours en fonction de mes intérêts, à la lecture des pages de Bruno Latour qui évoquent l’année 1610 comme tournant majeur dans l’histoire européenne :

Cette époque a marqué en Europe, selon lui, la fin des avancées de l’humanisme, cet esprit de recherche et de tolérance. Au diable, désormais, les Érasme, les Montaigne et les Rabelais, trop incertains parce que trop tolérants, c’est le recteur Descartes qui s’annonce.

La conversion de Henri IV et sa mort violente en 1610 me paraissent avoir signé aussi, les deux choses étant liées, la fin d’un protestantisme français, non seulement productif et démocratique comme ailleurs, mais de plus léger et joyeux, et j’ajouterai charnel, tout cela vécu malgré les constantes remontrances du sinistre Calvin.

C’est une façon courtoise, cordiale ou délurée de vivre la foi chrétienne qui va s’éteindre alors, héritière à sa façon des poètes du gai saber ou des Rutebeuf et des Villon, Marot m’en soit témoin.

Ravaillac a donc signé l’assassinat et, par suite, l’échec de cet autre "gai savoir", et annonce en conséquence Louis XIV et la création du monstre étatique absolu qui dérivera plus tard en État-Nation jacobin. Fin de la pluralité et de l’indéfini créatif qui régnaient en Europe.

 

In-certain

« Quand on parle de Dieu, on ne peut dire que des bêtises. » Je tiens qu’il faut s’en tenir à ce principe fort simple. Autrement, Dieu ne serait plus Dieu.

Au passage, c’est quand vous acceptez ce principe que la critique principale faite à votre monothéisme va tomber. Je fais allusion à cette remarque selon laquelle le monothéisme serait nécessairement violent puisque prétendant représenter la seule et ultime vérité.

Croire en un dieu unique dont vous ne pouvez parler vraiment – c’est-à-dire selon la vérité – ne peut aboutir à la violence. Sauf si vous tenez absolument à exercer la violence de toute façon, mais alors il ne s’agit plus du monothéisme mais de votre propre stupidité.

Selon ce principe, vous reconnaissez que croire n’est pas savoir mais se fonder sur un Inconnu qui rend toutes choses in-certaines. Donc non-contondantes.

Le paradoxe de toute Révélation, c’est alors que, dans son principe, elle doit parler l’indicible. Cela revient à tenir les Écritures comme des efforts multiples et in-certains à nous consentis pour qu’approche le grand et principiel Inconnu.

C’est pourquoi, en pratique, ce sont les verbes, pas le nom, qui conviennent pour parler de Dieu. Les verbes sont multiples en leur principe, divers, mobiles et mutables, puisqu’ils se conjuguent. Alors que le nom tend à dire la chose en son être, ce qui ne se peut.

Bref, se fonder en toute chose sur un Inconnu à aimer, donc à raconter, peut sembler paradoxal, pour le moins. Pourtant, croire, avoir foi, n’est pas autre chose.

Il convient de souligner que ce paradoxe, devenu une histoire vécue, représente aussi une tragédie, au sens propre : une histoire dans laquelle les personnages sont pris dans une contradiction fatale. Croire est donc mortel*.

Mais pour qui ? Ces mots du Psaume 22 le disent, qui profèrent À quoi m’as-tu abandonné ? alors que Tu m’as répondu ! en est l’écho**.

Car le paradoxe dont il est question ici se trouve particulièrement mis en acte, accompli, dans la crucifixion, ce moment où le Croyant, cet humain achevé, meurt, in-certain et se fiant.

* C’est d’ailleurs pourquoi j’ai illustré mon caté in-certain intitulé