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Vos remarques et mes réponses

 

 

 

 

 

ENTENDRE

 

La lecture de la Bible comme rencontre entre sujets

 

 

 

Quand j’aborde la question du rapport à la Bible, ce qui me tient à cœur c’est que, entre le temps

de la lecture du texte et celui de son interprétation, de l’appropriation et de la communication de

son sens présumé  – ou mieux : avant –, puisse se tenir le temps de l’énoncé d’une écriture dite,

ou de la profération d’un discours, ou de son énonciation, comme on voudra. Bref, une lecture.

 

Là se tient la valeur, la force, de l’écriture en tant que lue par un corps, un sujet, une histoire –

toutes réalités que les Écritures bibliques nomment chair.

 

Telles sont ces Écritures, que leur valeur (le tout vécu de leur réelle énonciation), et non plus

seulement leur sens, ne se livre qu’ainsi – d’où d’ailleurs l’inscription massorétique d’un rythme,

modulation d’un souffle humain.

 

C’est alors que l’écriture est dans le temps réel, irréversible comme lui, allant toujours vers sa fin,

alors qu’un texte est par nature celui que l’on retourne voir, instrument qui nie la mort. Et la vie, par

conséquent. Celle-ci et l’autre.

 

C’est ce que nos dignes théologiens et exégètes n’entendent pas – pour la raison qu’ils ne se

soucient pas d’entendre les écritures, sauf à user de ce verbe comme image, mais de les lire

comme textes. Et ce dernier terme suppose la pratique silencieuse de l’érudit en son cabinet. Ils

passent incontinent de cette lecture-là à la chaire – quelle que soit la forme, l’institution et

l’occasion de cette chose.

 

Mais qui profère les Lectures, quel sujet, quelle chair exposée, avant de se les expliquer, de se les

approprier, de les appliquer à autrui en ces détours qui les fixent en objet, qui les nient comme

sujet ? Personne.

 

Quels sujets, dans cette rencontre ? Aucun.

 

Aussi, point non plus de peuple sujet. Là est le secret indicible, et d’ailleurs ignoré des meilleurs

apôtres : un peuple, ne faut-il pas toujours le faire taire pour qu’il nous écoute, celui-là, ce multiple

incontrôlable, toujours susceptible d’être : bête, obtus, dissolu, pervers, méchant ? Pécheur.

Humain.

 

Saint Herméneute, priez pour nous, pauvres pécheurs.