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Mes réponses

 

 

 

Les anges et moi

Poèmes de l’avent

 

 

 

 

La dame 

 

tout aurait pu arriver

heureusement tout s’est bien passé

 

la dame aurait pu refuser

l’ange aurait pu se tromper

la dame aurait pu perdre sa chaussure

elle aurait pu avoir mal et s’en aller

et l’ange aurait pu se vexer

il aurait pu se froisser

ses ailes se ternir ou se flétrir

même se faner

 

le temps qu’on retrouve cette chaussure tout aurait pu rater

on sait qu’une chaussure perdue ne peut pas repousser

il faut la retrouver aurait dit l’ange

la prochaine fois tâchez d’être moins maladroite

sans l’écouter la dame s’en serait allée

 

mais tout s’est bien passé et quand il est venu

la dame l’attendait pieds nus

 

 

 

L’erreur

 

l’ange s’était brutalement matérialisé sur la barre d’appui de ma fenêtre

il était assis les jambes au-dehors, la main gauche en appui sur mon bureau

celui-ci est placé sous la fenêtre, l’ange était tout près, juste devant moi

il m’a regardé, l’air d’abord un peu intrigué puis carrément désappointé

« Si je ne vous plais pas, vous n’avez qu’à vous en aller », je lui ai asséné

c’est vrai, c’était embêtant, il faisait froid et j’étais obligé de laisser ouvert

 

j’ai eu l’impression qu’il se demandait s’il ne s’était pas trompé d’adresse

je ne semblais pas correspondre à la personne qu’il s’attendait à rencontrer

« Vous ne vous appelleriez pas Marie, des fois ? » il me dit en bon français

« Pas du tout, je lui réponds, et nous sommes en 2012 après Jésus-Christ »

« Jésus-Christ, Jésus-Christ… » il me dit, l’air de chercher dans sa mémoire

je l’ai interrompu : « En plus je suis un homme et Marie est un nom de femme »

 

j’essayais de le mettre sur la voie, le pauvre emplumé, il avait l’air perdu

peut-être qu’il ne faisait pas partie des anges dont on parle en décembre 

celui-là cherchait bien une Marie, mais il n’avait pas l’air trop sûr de lui

« Je crois bien que je suis en retard, il me dit, l’autre a dû me doubler »

je me suis demandé de quel autre il parlait, mais je commençais à me lasser

un ange, bon d’accord, mais ce n’est pas une raison pour déranger les gens

 

« En fait, il ajoute, je cherche une Marie mais j’ai perdu ses coordonnées 

c’est embêtant parce que je fais la course avec un autre et je risque de perdre 

nous avons tous les deux un message à porter mais ce n’est pas le même »

on ne se refait pas, quoique agacé je lui ai demandé quelle était la différence

« Sexuelle, la différence, il m’a dit, lui il annonce un homme, moi une femme

et je crois bien que j’ai perdu la course, c’est bête ! » il paraissait désolé

 

« C’est vrai c’est ballot, je lui ai répondu, vous auriez pu faire attention ! 

maintenant, là-haut, vos services vont êtres obligés de tout recommencer… »

il a secoué la tête et les ailes et il a dit « Ben oui… surtout que voyez-vous,

j’ai quand même eu l’impression que le patron aurait préféré avoir une fille

oh làlà làlà, ce qu’il va être déçu… et moi, qu’est-ce que je vais prendre ! »

mais j’ai vu qu’il souriait et j’ai compris qu’il avait fait exprès de perdre…

 

 

 

La rencontre

 

en mon esprit de nuit pleuraient des souvenirs trop lourds 

je marchais sur les pavés glissants d’une rue du faubourg

 

elle remontait hors du séjour des morts et je la connaissais

abandonné, ne sachant où mes pas me portaient, j’avançais

 

issu de ces pavés, visage dans la nuit, un ange m’apparut

on le sait, il arrive aussi aux anges perdus de finir à la rue

 

montait-il de mes caves, ou bien, perdu, s’en venait-il du ciel

ne se sachant, ne se voulant, ne se croyant messager officiel

 

j’ai failli marcher sur sa face de pluie mais je fis un écart

les anges m’indiffèrent, je les évite, qu’ils parlent aux jobards

 

mais il a ri, il semblait sûr de lui et des mots qu’il m’a jetés

j’ai couru, couru, de tout ce qu’il a dit rien n’a pu m’arrêter

 

on craint bien moins, au faubourg, le couteaux des apaches

ou bien les dégueulis des bienheureux amis du gros qui tache

 

et comme je fuyais, cet ange a reparu, son visage à mes pieds

j’ai tremblé, effrayé, apeuré, puis j’ai su qu’il voulait m’éveiller

 

j’avais erré en cette nuit de brume où j’arpentais mes rêves

le visage de cet ange m’a fait croire en un jour qui se lève

 

 

 

La nièce 

 

– Tu ne crois quand même pas aux anges ? me demande ma nièce,

– Non, bien sûr, je réponds, quand même pas ! Je ne suis pas idiot.

Pas vraiment !

 

– C’est que tu en serais bien capable ! dit-elle en me scrutant.

L’ennui, avec les nièces perspicaces, c’est qu’elles vous devinent.

À l’instant.

 

Avec elles, on ne peut plus croire à ce qu’on veut sans le dire.

Je crois aux anges, ça me plaît de croire aux anges, et alors ?

Je suis grand !

 

Mais bien sûr, quand je dis ça, ce n’est pas sérieux, c’est pour rire,

– C’est pareil pour moi, me dit mon ange gardien, je n’y crois pas.

Pas vraiment !

 

 

 

La surprise

 

des anges, j’en ai vu beaucoup, mais celui-là était différent

il avait pris l’apparence de mon dernier petit-fils, Jonathan

on dira qu’en réalité il s’agissait bien de celui-ci mais non

j’ai le coup d’œil, je sais distinguer un ange d’un petit-fils

on ne peut s’y tromper, Jonathan est beaucoup plus pertinent

cet ange-là était pertinent comme un pape devenu calviniste

il tenait des propos que mon petit-fils n’aurait jamais tenus

Jonathan s’est toujours appliqué à des propos incontestables

de ceux dont on perçoit immédiatement l’intérêt et la validité

s’il s’exprime, c’est pour signifier des souhaits respectables  

comme le besoin d’un bisou maternel ou le désir d’un bonbon

rien que de bien circonscrit et de facilement compréhensible

l’ange, lui, discourait, parlant sans retenue de choses vagues

comme le feraient, tenez, des théologiens, c’est dire la nullité

comment, me disait-il, peux-tu continuer à croire aux anges

au bon dieu et à toutes ces histoires, même à la sainte vierge

alors je me suis dit que pour un ange il manquait de bon sens

je me suis même demandé s’il ne s’était pas trompé de camp

ou pire, s’il ne venait pas du camp adverse, déguisé et grimé

eh bien non, c’en était un, de ceux auxquels on ne croit plus

et vous avez raison, m’assura-t-il, ce n’est pas ce qu’on croit

vous allez voir, celui qui vient à vous… va vous surprendre 

 

 

 

La raison

 

Je ne sais qui m’avait envoyé tous ces anges,

drôle de cadeau de fin d’année.

Cela partait d’une démarche fort étrange,

j’en suis encore tout étonné,

et plus, la visite inopinée d’un archange

survenue à la fin du dîner

m’ayant déplu, me laissant coi et sans louange,

à raison je l’ai abandonné.

Me faut-il accepter pourtant qu’il me dérange, 

m’annonce qu’un enfant nous est né ?

Cet enfant m’indiffère, serait-il dans ses langes,

et l’archange aussi, tout empenné.

Attendez ! On voit bien que l’ange se mélange

quant à ce fils qui nous est donné !

Le fils de Dieu se prélassant dans une grange…

qui croirait un ange halluciné ?     

 

 

 

Le halo

 

qu’un monsieur tout ordinaire prenne le visage de l’ange

cela peut arriver 

ou l’inverse, l’ange se présentant comme un monsieur

jamais auparavant vous ne l’aviez vu, vous ne le connaissiez pas

jamais plus vous ne le verriez 

entre ces deux jamais, parole fut dite

un soir peut-être, un peu tard sous la pluie

dans une rue étroite, dans une ville inconnue 

sous le halo tremblant, tenez, d’un réverbère

et la vérité qui toujours vous accompagne

vous fut dite, qui sait, sans que vous la saisissiez

 

 

 

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